Une terrible crise de confiance !




Par Aziz Boucetta

A lire ou à écouter en podcast :  (4.87 Mo)

Maintenant que la Commission Benmoussa a fait son rendu et alors que nous en sommes plus qu’à une poignée de mois d’élections générales supposées assurer le tournant de cette décennie, il est effarant de voir les commentaires des uns et des autres. Cela a été dit dans les écoutes et auditions de la CSMD, et cela se confirme au sein de la société : il existe au Maroc un effroyable manque de confiance, et cela risque fort de s’exprimer à grand bruit lors des élections à venir… Que faire alors ?

 Le pessimiste dira qu’il n’y a justement rien à faire et l’optimiste soutiendra qu’il faut donner du temps au temps. Mais la confiance est cet indispensable ingrédient que requiert toute politique publique, dans une société démocratique du moins, ou qui prétend l’être. Il n’est certainement pas fortuit que le rapport général mentionne en titre cette phrase : « Libérer les énergies et restaurer la confiance pour accélérer la marche vers le progrès et la prospérité pour tous ». Le terme confiance revient pas moins de 48 fois dans le rapport général, contre 13 pour la jeunesse, 10 pour éducation et 49 pour la croissance…
 

Or, la doctrine principale de ce modèle de développement est de construire (ou co-construire, le joli mot fréquemment employé) « un Etat fort et une société forte ». Mais comment une société peut-elle être forte alors qu’elle doute, suspecte, se méfie et se défie ? Qu’elle doute de l’Etat et redoute bien des éléments et des composantes de cet Etat ? Le Marocain a certes moins peur qu’avant, quand les murs avaient des oreilles. Ils les ont toujours mais aujourd’hui, elles butent contre les bouches grandes ouvertes sur le cri des populations marginalisées, ostracisées, paupérisées.
 

Le Marocain n’a pas confiance. Il suffit de lire les commentaires qui foisonnent sur les réseaux sociaux et à bas bruit dans les chaumières, en attendant qu’ils fleurissent haut et fort dans les médias, pour prendre la mesure de cet effarant écart entre le politique et le populaire. Les membres de la commission sur le modèle de développement déploient aujourd’hui un intense travail de communication, de sensibilisation, d’explication, pédagogique et didactique… Mais cela semble ne pas suffire à taire les critiques, et ces critiques, agrégées, accentuent le déficit de confiance. Et sans confiance, on le sait, aucune politique publique ne saurait aboutir.
 

La balle est aujourd’hui dans le camp des partis politiques, et cela contribue à exacerber la défiance. Nous en avons trois douzaines, de formations politiques, mais seule une demi-dizaine émerge. C’est entre ces formations que les élections se joueront et c’est du vainqueur que le sort du Maroc dépendra (entre autres, quand même, et même heureusement…), mais c’est précisément pour cela aussi que les gens manquent de confiance.
 

On a établi un modèle de développement, sur commande directe et précise du chef de l’Etat. Le travail a été rendu, et même si on y trouvera toujours matière à critique sur ce qui manque ou sur ce qui n’a pas été suffisamment développé, le travail est là, la base de débat et de discussion aussi. Mais l’une de nos tares les plus consistantes est cette classe politique atone, peu audacieuse, pas imaginative, unanime à être pusillanime.
 

Sont-ce donc ces gens-là qui auront en charge de mettre en place les recommandations et mesures de ce modèle ? Devrions-nous revoir affichées à l’infini ces mêmes figures qui ont si singulièrement enlaidi la politique dans ce pays, et qui se reconnaîtront ? Les gens ne veulent pas voter, et n’iront certainement pas voter pour des politiques toujours taiseux, sauf à applaudir bruyamment une décision royale ou à se déplacer en meute à Guergarate… mais jamais pour faire ce pour quoi ils disent travailler : la politique.
 

Les électeurs en ont assez d’aller voter et d’être ignorés juste après, leurs suffrages dilués dans les éternels et incertains équilibres partisans. La politique, c’est l’audace et le panache, le bruit et le vacarme, l’empathie et la volonté de faire.
 

Maintenant que l’équipe Benmoussa a fait son travail, il appartient aux politiques de prendre la relève, en ayant à l’esprit que l’électeur a changé, qu’il veut y croire, mais qu’il ne croit toujours pas en eux. Que l’on connaisse préalablement à l’élection communale les noms des cadres pressentis pour être maires, dans chaque grande ville ! Que les chefs politiques promettent l’ouverture sur la société civile, cette société futurement forte ! Que les « ripoux » des états-majors politiques soient évacués, et ô comme nous savons le nombre de ces indésirables qui hantent les murs de leurs partis et qui arpentent leurs couloirs à la recherche de ce qui, précisément, contribue à annuler toute forme de confiance des Marocains.
 

Oui, la balle est dans le camp des partis, mais alors qu’ils se départissent de leurs règles anté-modèle de développement. Dans le cas contraire, on peut se montrer raisonnablement pessimiste quant au taux de participation au scrutin du 8 septembre. Or, sans adhésion populaire, le modèle fera pshiiiit.
 

Et ce serait bien dommage !
 

Rédigé par Aziz Boucetta sur https://panorapost.com



Mardi 1 Juin 2021

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