Wikipédia a 25 ans (15 janvier 2026) et, pour une fois, l’anniversaire ne se résume pas à un gâteau de pixels.
La Fondation Wikimedia assume un virage très “économie réelle” : faire payer des acteurs de l’IA pour un accès industriel, propre et stable à ses contenus via Wikimedia Enterprise, une offre lancée en 2021 pour fournir des flux et des API “prêts pour l’entreprise”. L’annonce rend explicites des contrats avec des géants (Microsoft, Meta, Amazon) et des pure players IA (Perplexity), mais aussi avec deux noms très observés en France : Mistral AI et Pleias.
L’objectif est double : convertir le “scraping” massif — qui coûte cher en bande passante et en opérations — en revenus prévisibles, et rappeler une idée simple : si Wikipédia sert d’infrastructure cognitive à l’IA, alors l’IA doit contribuer à l’entretien de l’infrastructure.
Ce pivot ne tombe pas du ciel : l’IA générative a transformé Wikipédia en “dataset par défaut” pour entraîner ou vérifier des modèles, tout en augmentant la pression sur les serveurs.
Dans la rhétorique de Wikimedia, Enterprise n’est pas un péage sur la connaissance libre, mais une industrialisation de la distribution : les contenus restent consultables gratuitement sur le web, tandis que les usages à très fort volume (produits commerciaux, assistants, indexation massive) basculent vers un canal payant et mieux formaté.
Les médias anglo-saxons décrivent un modèle “anti-parasitage” : on ne bloque pas, on facture un service robuste, et on réinjecte dans la mission. La question qui fâche, elle, est culturelle : jusqu’où monétiser sans donner l’impression d’une Wikipédia à deux vitesses ?
Et comment éviter que les exigences des clients (formats, fraîcheur, priorités linguistiques) ne deviennent une force gravitationnelle sur une encyclopédie gouvernée par des communautés bénévoles ?
Les dirigeants répondent par une ligne rouge : l’éditorial reste du ressort des contributeurs, les accords portent sur l’accès et la mise en forme, pas sur le contenu. Sur le papier, logique. Dans la vraie vie, la frontière mérite d’être surveillée comme un télescope sur un astéroïde un peu louche.
Pendant que l’IA découvre qu’une encyclopédie “gratuite” a en fait des coûts très concrets, Wikipédia continue de grandir là où elle est la plus stratégique : en Afrique, où l’enjeu n’est pas seulement le nombre d’articles, mais la présence de sources, de langues, et surtout d’images réutilisables.
C’est là qu’entre en scène Wiki Loves Africa, concours continental porté par Wiki In Africa : il alimente Wikimedia Commons en photos, vidéos et sons sous licence libre, donc directement mobilisables pour illustrer des pages, documenter des réalités locales, et corriger un biais historique — l’Afrique vue par d’autres.
Autre signal : en France, Wikimédia France annonce un partenariat inédit avec le CNES (Centre national d’études spatiales), officialisé lors des célébrations parisiennes : accompagner des scientifiques dans l’usage des outils wikimédiens, verser des ressources sous licence libre sur Commons, enrichir des articles liés au spatial et au climat, et organiser des actions de médiation.
Dit autrement : la bataille de la connaissance ne se joue pas seulement contre l’IA qui aspire tout, mais aussi pour que des institutions produisent et libèrent des contenus fiables, traçables, réutilisables.
L’objectif est double : convertir le “scraping” massif — qui coûte cher en bande passante et en opérations — en revenus prévisibles, et rappeler une idée simple : si Wikipédia sert d’infrastructure cognitive à l’IA, alors l’IA doit contribuer à l’entretien de l’infrastructure.
Ce pivot ne tombe pas du ciel : l’IA générative a transformé Wikipédia en “dataset par défaut” pour entraîner ou vérifier des modèles, tout en augmentant la pression sur les serveurs.
Dans la rhétorique de Wikimedia, Enterprise n’est pas un péage sur la connaissance libre, mais une industrialisation de la distribution : les contenus restent consultables gratuitement sur le web, tandis que les usages à très fort volume (produits commerciaux, assistants, indexation massive) basculent vers un canal payant et mieux formaté.
Les médias anglo-saxons décrivent un modèle “anti-parasitage” : on ne bloque pas, on facture un service robuste, et on réinjecte dans la mission. La question qui fâche, elle, est culturelle : jusqu’où monétiser sans donner l’impression d’une Wikipédia à deux vitesses ?
Et comment éviter que les exigences des clients (formats, fraîcheur, priorités linguistiques) ne deviennent une force gravitationnelle sur une encyclopédie gouvernée par des communautés bénévoles ?
Les dirigeants répondent par une ligne rouge : l’éditorial reste du ressort des contributeurs, les accords portent sur l’accès et la mise en forme, pas sur le contenu. Sur le papier, logique. Dans la vraie vie, la frontière mérite d’être surveillée comme un télescope sur un astéroïde un peu louche.
Pendant que l’IA découvre qu’une encyclopédie “gratuite” a en fait des coûts très concrets, Wikipédia continue de grandir là où elle est la plus stratégique : en Afrique, où l’enjeu n’est pas seulement le nombre d’articles, mais la présence de sources, de langues, et surtout d’images réutilisables.
C’est là qu’entre en scène Wiki Loves Africa, concours continental porté par Wiki In Africa : il alimente Wikimedia Commons en photos, vidéos et sons sous licence libre, donc directement mobilisables pour illustrer des pages, documenter des réalités locales, et corriger un biais historique — l’Afrique vue par d’autres.
Autre signal : en France, Wikimédia France annonce un partenariat inédit avec le CNES (Centre national d’études spatiales), officialisé lors des célébrations parisiennes : accompagner des scientifiques dans l’usage des outils wikimédiens, verser des ressources sous licence libre sur Commons, enrichir des articles liés au spatial et au climat, et organiser des actions de médiation.
Dit autrement : la bataille de la connaissance ne se joue pas seulement contre l’IA qui aspire tout, mais aussi pour que des institutions produisent et libèrent des contenus fiables, traçables, réutilisables.