Chronique « La contrée des livres », par Ghita BERRADA FATHI
Une galerie hétéroclite gorgée de surprises et incrustée de pépites. Des personnages -tantôt anonymes tantôt célèbres- appartenant à des univers bien différents s’y côtoient. L’auteur leur consacre des textes courts et percutants écrits entre 1974 et 2025.
À côté de portraits proprement dits, trônent des poèmes (« Moi la dactylo »), des allégories (« À la place du bébé, une fève »), des madeleines de Proust (« J.P Koffel en Marocain dans le texte »), de vibrants hommages (« Notre Paul Pascon manque à nos jeunes ruraux ») et des analyses sans concession (« Les mille mensonges de notre cinéma »). Le tout servi par une plume généreuse, friande d’envolées lyriques et extrêmement érudite.
La variété des portraits brossés nourrit la singularité et l’universalité de cette galerie qui fait voyager le lecteur dans le temps et dans l’espace, lui fait explorer un univers puis un autre, une année puis la suivante... Autant d’escales parfois inattendues. Souvent poignantes. Jamais anodines.
Le kaléidoscope de Jamal Eddine Naji abrite ainsi les entrailles interlopes de Casanegra (« Hep’Barmaid ! ») peuplées de personnages aussi attachants que hauts en couleur. L’escale casablancaise trahit d’ailleurs l’attachement profond de l’auteur à Casablanca, une ville dont il affectionne autant la splendeur que la noirceur.
Ce même kaléidoscope donne à voir des Sisyphes écrasés par la misère, condamnés à ferrailler, chaque jour que Dieu fait, pour quêter leur maigre pitance. Des « damnés de la terre » (sic) victimes éternelles de la lutte des classes, dont le dénuement absolu révolte l’auteur.
On croise aussi, dans cette foisonnante galerie, des enseignants extraordinaires (Jean-Pierre Koffel, Guy Martinet), dévoués corps et âme à leur sacerdoce (parler de « métier » relèverait de l’outrage). Des esprits brillants qui évitaient soigneusement les sentiers battus et qui aimaient inculquer les exigences de l’esprit critique à leurs élèves marocains.
La « Galerie marocaine » de Jamal Eddine Naji nous fait aussi aller à la rencontre de grands militants marocains des droits de l’homme, dont certains (Mohammed Serifi-Villar, Driss Benzekri) ont payé un lourd tribut à leurs idéaux durant les terribles années de plomb marocaines.
Le monde marocain des arts et des lettres n’est pas en reste : l’auteur évoque longuement des hommes de théâtre, des cinéastes, des peintres, des sculpteurs mais aussi des intellectuels et des figures marquantes du journalisme.
C’est à contrecœur qu’on finit par quitter cette galerie atypique. Jamal Eddine Naji nous aura fait vivre, en quelques cent cinquante pages, un demi-siècle d’émotions, d’expériences et de rencontres.
À côté de portraits proprement dits, trônent des poèmes (« Moi la dactylo »), des allégories (« À la place du bébé, une fève »), des madeleines de Proust (« J.P Koffel en Marocain dans le texte »), de vibrants hommages (« Notre Paul Pascon manque à nos jeunes ruraux ») et des analyses sans concession (« Les mille mensonges de notre cinéma »). Le tout servi par une plume généreuse, friande d’envolées lyriques et extrêmement érudite.
La variété des portraits brossés nourrit la singularité et l’universalité de cette galerie qui fait voyager le lecteur dans le temps et dans l’espace, lui fait explorer un univers puis un autre, une année puis la suivante... Autant d’escales parfois inattendues. Souvent poignantes. Jamais anodines.
Le kaléidoscope de Jamal Eddine Naji abrite ainsi les entrailles interlopes de Casanegra (« Hep’Barmaid ! ») peuplées de personnages aussi attachants que hauts en couleur. L’escale casablancaise trahit d’ailleurs l’attachement profond de l’auteur à Casablanca, une ville dont il affectionne autant la splendeur que la noirceur.
Ce même kaléidoscope donne à voir des Sisyphes écrasés par la misère, condamnés à ferrailler, chaque jour que Dieu fait, pour quêter leur maigre pitance. Des « damnés de la terre » (sic) victimes éternelles de la lutte des classes, dont le dénuement absolu révolte l’auteur.
On croise aussi, dans cette foisonnante galerie, des enseignants extraordinaires (Jean-Pierre Koffel, Guy Martinet), dévoués corps et âme à leur sacerdoce (parler de « métier » relèverait de l’outrage). Des esprits brillants qui évitaient soigneusement les sentiers battus et qui aimaient inculquer les exigences de l’esprit critique à leurs élèves marocains.
La « Galerie marocaine » de Jamal Eddine Naji nous fait aussi aller à la rencontre de grands militants marocains des droits de l’homme, dont certains (Mohammed Serifi-Villar, Driss Benzekri) ont payé un lourd tribut à leurs idéaux durant les terribles années de plomb marocaines.
Le monde marocain des arts et des lettres n’est pas en reste : l’auteur évoque longuement des hommes de théâtre, des cinéastes, des peintres, des sculpteurs mais aussi des intellectuels et des figures marquantes du journalisme.
C’est à contrecœur qu’on finit par quitter cette galerie atypique. Jamal Eddine Naji nous aura fait vivre, en quelques cent cinquante pages, un demi-siècle d’émotions, d’expériences et de rencontres.
Extrait (page 7) :
« Moul Taieb-ou-hari (vendeur de fèves et de pois chiches bien bouillis et bien moelleux) sait très bien qu’il n’a pu acheter ce « véhicule » (ndlr : un landau) que parce-que d’autres s’en sont débarrassés...Jamais il n’ose imaginer son bébé à lui dedans tant ce rêve est absurde puisque toute l’existence de la famille dépend de ce véhicule d’enfants. [...] Et quand les masses déshéritées des douars viennent se réfugier dans les villes et les bidonvilles, elles se retrouvent avec le même rôle [...] : celui d’endosser le costume des damnés de la terre, poussant un landau déglingué, détourné de la vie et du futur (ce qu’est un bébé)