​80 millions de dollars seulement : pourquoi le Maroc et le Chili veulent quand même bâtir un pont commercial entre deux continents ?


Rédigé par le Mardi 8 Septembre 2026

Le Maroc et le Chili n’échangent aujourd’hui qu’environ 80 millions de dollars par an. À l’échelle du commerce international, c’est presque rien. Et pourtant, les deux pays préparent un accord commercial qui serait historique : le premier du Chili avec un pays africain et le premier du Maroc avec un pays latino-américain. Cela paraît disproportionné. Sauf si l’accord vise moins le commerce d’aujourd’hui que celui de demain.



Le chiffre est modeste

Les échanges commerciaux entre le Maroc et le Chili ont atteint environ 80,3 millions de dollars en 2025.

Pour comparaison, certaines grandes entreprises marocaines réalisent davantage en quelques semaines.

Pourquoi donc mobiliser des diplomates, des experts et des négociateurs autour d’un marché aussi petit ?

Parce que le dossier dépasse probablement le simple montant des échanges actuels.

Deux pays qui cherchent des portes

Le Chili regarde vers l’Afrique.

Le Maroc regarde depuis longtemps vers l’Amérique latine.

Chacun possède quelque chose que l’autre recherche : une position géographique stratégique.

Pour Santiago, le Maroc constitue une porte d’entrée vers l’Afrique, mais aussi vers l’Europe et la Méditerranée.

Pour Rabat, le Chili peut devenir un accès supplémentaire à la façade pacifique de l’Amérique latine.

Le Sous-secrétariat chilien aux Relations économiques internationales a confirmé que les discussions avaient commencé pour préparer un futur accord. 

S’il aboutit, il serait le premier accord commercial chilien avec un pays africain.

L’agroalimentaire en première ligne

Le contenu du commerce donne déjà quelques indications.

En 2025, 77 % des exportations chiliennes vers le Maroc étaient constituées de produits alimentaires. Noix. Raisins secs. Produits de la mer. Produits laitiers. Le potentiel serait encore largement sous-exploité.

Les autorités chiliennes estiment que leurs exportations vers le Maroc pourraient augmenter sensiblement d’ici 2030, notamment dans l’agroalimentaire.

Le protocole sanitaire signé récemment entre le SAG chilien et l’ONSSA marocaine constitue déjà une étape pratique dans cette direction. 

Mais le Maroc doit aussi regarder ce qu’il peut vendre

La relation ne doit évidemment pas devenir un simple nouveau canal d’importation.

Le Maroc possède lui aussi des cartes.
Engrais. Industrie agroalimentaire. Services. Technologies liées à l’eau. Énergies renouvelables. Logistique.

Et surtout une présence économique croissante en Afrique qui peut intéresser des entreprises latino-américaines.

Le vrai intérêt de l’accord peut donc être géoéconomique.

Créer un corridor entre deux économies intermédiaires qui cherchent à réduire leur dépendance aux mêmes grands marchés traditionnels.

Aujourd’hui, Maroc et Chili n’échangent que 80 millions de dollars.

Justement. Un accord commercial n’a pas toujours vocation à accompagner un commerce déjà énorme. Il peut aussi servir à fabriquer celui qui n’existe pas encore.
 




Mardi 8 Septembre 2026
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