S’il ne vient pas, on l’accuse d’abandon. S’il se déplace, on parle aussitôt de récupération.
À Larache, après les inondations, Nizar Baraka, ministre de l'Équipement et de l'Eau et Secrétaire Général du Parti de l'Istiqlal depuis n’a pas échappé à ce vieux réflexe pavlovien : au lieu de saluer une présence politique sur le terrain, certains ont préféré y voir une campagne électorale avant l’heure. Rien que cela.
Pourtant, il faut garder un minimum de sérieux. Quand une région est frappée par des intempéries, que des familles souffrent, que des habitants attendent écoute, relais et accompagnement, que doit faire un responsable politique, surtout lorsqu’il représente la région ? Rester à Rabat pour ne pas être accusé de “mise en scène” ? Publier un communiqué tiède et se réfugier derrière la prudence protocolaire ? Ce serait, cette fois, la preuve d’un cynisme glacial. Aller à Larache, rencontrer les habitants, constater l’ampleur des dégâts, écouter la colère et les attentes : voilà précisément ce que l’on est en droit d’attendre d’un élu.
Mais non. Pour les critiques automatiques, le terrain semble devenu suspect. Une visite serait forcément calculée. Une rencontre serait forcément scénarisée. Une mobilisation serait forcément orchestrée. À ce compte-là, autant interdire aux responsables de sortir de leurs bureaux. Cette vision est absurde. En démocratie, la politique ne se fait pas uniquement dans les institutions ; elle se fait aussi sur le terrain, au contact direct des citoyens, surtout dans les moments de crise.
Il est d’ailleurs assez cocasse de voir certains dénoncer la présence de sympathisants ou de militants autour d’un responsable politique comme s’il s’agissait d’un crime inédit. Depuis quand un parti n’aurait-il plus le droit de mobiliser ses relais locaux lors d’une visite ? Depuis quand la proximité militante serait-elle plus choquante que l’indifférence technocratique ? Ce procès d’intention permanent confond tout : l’engagement partisan, qui est normal en démocratie, et l’exploitation cynique, qu’il faudrait encore démontrer au lieu de la brandir comme une évidence paresseuse.
Autre procès commode : celui de la fameuse “double posture” du Parti de l’Istiqlal, à la fois dans la majorité et critique sur certains sujets. Là encore, les pourfendeurs de la nuance jouent les étonnés. Faudrait-il donc qu’un parti membre d’une coalition gouvernementale renonce à toute liberté de ton ? Qu’il se transforme en simple machine à applaudir, sans regard critique, sans capacité d’alerte, sans expression politique propre ? Ce serait non seulement contraire à l’esprit démocratique, mais dangereux pour la vitalité même du débat public. Être dans une majorité ne signifie pas devenir muet, ni se dissoudre dans le silence.
Au contraire, dans un contexte marqué par la pression sur le pouvoir d’achat, la montée des inquiétudes sociales et la fatigue croissante des citoyens face aux promesses creuses, il est plutôt sain que des responsables viennent au contact de la population. Le vrai scandale ne serait pas qu’un chef de parti se rende sur place. Le vrai scandale serait qu’il se désintéresse du terrain au nom d’une prudence de communication dictée par les polémistes de service.
Quant au timing de cette visite, présenté comme suspect par certains, il révèle surtout la mauvaise foi de ceux qui commentent la politique comme on commente une série télévisée. Si un élu vient, c’est trop tôt et c’est électoral. S’il tarde, c’est trop tard et c’est du mépris. Si la foule est présente, on parle de mise en scène. Si elle ne l’est pas, on parle d’isolement. En réalité, pour certains esprits, la condamnation précède les faits.
La vérité est plus simple. À Larache, des habitants ont subi une épreuve difficile. Dans ces moments-là, la présence compte. Elle ne remplace ni les indemnisations, ni les réparations, ni les politiques publiques, bien sûr. Mais elle reste un acte politique légitime, utile et même nécessaire. Car la démocratie ne consiste pas seulement à gérer depuis les bureaux ; elle suppose aussi d’aller voir, entendre, répondre et assumer.
Ceux qui tournent systématiquement en dérision toute initiative de terrain ne défendent pas les sinistrés. Ils entretiennent surtout une culture du soupçon qui finit par délégitimer toute action publique. À force de vouloir voir de la comédie partout, ils finissent par préférer le vide. Or, entre une présence critiquée et une absence totale, les citoyens savent généralement ce qu’ils préfèrent.
À Larache, Nizar Baraka a été là. Et c’est déjà plus respectable que le confort facile de ceux qui jugent de loin.
Pourtant, il faut garder un minimum de sérieux. Quand une région est frappée par des intempéries, que des familles souffrent, que des habitants attendent écoute, relais et accompagnement, que doit faire un responsable politique, surtout lorsqu’il représente la région ? Rester à Rabat pour ne pas être accusé de “mise en scène” ? Publier un communiqué tiède et se réfugier derrière la prudence protocolaire ? Ce serait, cette fois, la preuve d’un cynisme glacial. Aller à Larache, rencontrer les habitants, constater l’ampleur des dégâts, écouter la colère et les attentes : voilà précisément ce que l’on est en droit d’attendre d’un élu.
Mais non. Pour les critiques automatiques, le terrain semble devenu suspect. Une visite serait forcément calculée. Une rencontre serait forcément scénarisée. Une mobilisation serait forcément orchestrée. À ce compte-là, autant interdire aux responsables de sortir de leurs bureaux. Cette vision est absurde. En démocratie, la politique ne se fait pas uniquement dans les institutions ; elle se fait aussi sur le terrain, au contact direct des citoyens, surtout dans les moments de crise.
Il est d’ailleurs assez cocasse de voir certains dénoncer la présence de sympathisants ou de militants autour d’un responsable politique comme s’il s’agissait d’un crime inédit. Depuis quand un parti n’aurait-il plus le droit de mobiliser ses relais locaux lors d’une visite ? Depuis quand la proximité militante serait-elle plus choquante que l’indifférence technocratique ? Ce procès d’intention permanent confond tout : l’engagement partisan, qui est normal en démocratie, et l’exploitation cynique, qu’il faudrait encore démontrer au lieu de la brandir comme une évidence paresseuse.
Autre procès commode : celui de la fameuse “double posture” du Parti de l’Istiqlal, à la fois dans la majorité et critique sur certains sujets. Là encore, les pourfendeurs de la nuance jouent les étonnés. Faudrait-il donc qu’un parti membre d’une coalition gouvernementale renonce à toute liberté de ton ? Qu’il se transforme en simple machine à applaudir, sans regard critique, sans capacité d’alerte, sans expression politique propre ? Ce serait non seulement contraire à l’esprit démocratique, mais dangereux pour la vitalité même du débat public. Être dans une majorité ne signifie pas devenir muet, ni se dissoudre dans le silence.
Au contraire, dans un contexte marqué par la pression sur le pouvoir d’achat, la montée des inquiétudes sociales et la fatigue croissante des citoyens face aux promesses creuses, il est plutôt sain que des responsables viennent au contact de la population. Le vrai scandale ne serait pas qu’un chef de parti se rende sur place. Le vrai scandale serait qu’il se désintéresse du terrain au nom d’une prudence de communication dictée par les polémistes de service.
Quant au timing de cette visite, présenté comme suspect par certains, il révèle surtout la mauvaise foi de ceux qui commentent la politique comme on commente une série télévisée. Si un élu vient, c’est trop tôt et c’est électoral. S’il tarde, c’est trop tard et c’est du mépris. Si la foule est présente, on parle de mise en scène. Si elle ne l’est pas, on parle d’isolement. En réalité, pour certains esprits, la condamnation précède les faits.
La vérité est plus simple. À Larache, des habitants ont subi une épreuve difficile. Dans ces moments-là, la présence compte. Elle ne remplace ni les indemnisations, ni les réparations, ni les politiques publiques, bien sûr. Mais elle reste un acte politique légitime, utile et même nécessaire. Car la démocratie ne consiste pas seulement à gérer depuis les bureaux ; elle suppose aussi d’aller voir, entendre, répondre et assumer.
Ceux qui tournent systématiquement en dérision toute initiative de terrain ne défendent pas les sinistrés. Ils entretiennent surtout une culture du soupçon qui finit par délégitimer toute action publique. À force de vouloir voir de la comédie partout, ils finissent par préférer le vide. Or, entre une présence critiquée et une absence totale, les citoyens savent généralement ce qu’ils préfèrent.
À Larache, Nizar Baraka a été là. Et c’est déjà plus respectable que le confort facile de ceux qui jugent de loin.
Non, Nizar Baraka, n’est pas venu les mains vides. Il est venu avec des annonces concrètes, des engagements chiffrés et une vision qui dépasse l’émotion du moment.
Entre l’intégration de Larache au dispositif du Fonds des catastrophes naturelles, rehaussé à 3 milliards de dirhams sous la Haute Sollicitude Royale, les aides directes aux familles sinistrées, le soutien aux agriculteurs, la réhabilitation des logements et des infrastructures, mais aussi les projets structurants pour prévenir de nouveaux drames — du futur barrage de Tfer à la sécurisation de l’approvisionnement en eau, jusqu’aux routes appelées à désenclaver le territoire — c’est une réponse d’action qui a été posée sur la table.
On peut toujours discuter le style, contester le moment, soupçonner l’intention : c'est le droit des professionnels du soupçon
Mais on ne peut pas honnêtement parler de visite vide quand elle s’accompagne de mesures, de moyens et d’une feuille de route. En politique, les procès d’intention font du bruit. Les décisions, elles, laissent des traces.
On peut toujours discuter le style, contester le moment, soupçonner l’intention : c'est le droit des professionnels du soupçon
Mais on ne peut pas honnêtement parler de visite vide quand elle s’accompagne de mesures, de moyens et d’une feuille de route. En politique, les procès d’intention font du bruit. Les décisions, elles, laissent des traces.