​Casablanca-Settat : un milliard de dirhams levé, la Région change d’échelle


Rédigé par La rédaction le Jeudi 16 Avril 2026

La Région Casablanca-Settat a officialisé, jeudi 16 avril 2026, une émission obligataire régionale de 1 milliard de dirhams sur le marché des capitaux marocain. Une opération inédite par son ampleur, qui ouvre une nouvelle phase dans le financement des territoires, entre crédibilité retrouvée, appui international et ambition verte.



Une opération financière qui marque un tournant

La Région Casablanca-Settat vient de franchir un seuil politique et financier important. En levant 1 milliard de dirhams à travers un emprunt obligataire régional, elle ne signe pas seulement une opération de trésorerie ou de refinancement. Elle pose un acte institutionnel. Celui d’une collectivité territoriale qui entend accéder à des mécanismes de financement plus sophistiqués, plus ambitieux aussi, pour accompagner ses projets structurants.

Dans le paysage marocain, cette émission n’est pas anodine. Elle traduit une évolution du rôle des Régions, appelées non plus seulement à gérer des enveloppes publiques dans un cadre classique, mais à construire une véritable ingénierie financière au service du développement territorial. Le signal est clair : Casablanca-Settat veut peser davantage, investir davantage, et surtout financer autrement son avenir.

L’opération a suscité l’intérêt de plusieurs investisseurs institutionnels de premier plan. Parmi les souscripteurs figurent la CDG, la Banque Centrale Populaire, BMCE Capital Gestion, CIH Capital Management, Wafa Gestion, Marogest et Upline Capital Gestion. À cette mobilisation nationale s’ajoute un soutien international particulièrement significatif : celui de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

La BERD a annoncé un investissement de 400 millions de dirhams dans cette émission. Ce montant représente à lui seul un signal de confiance. Mais l’appui de l’institution européenne ne s’arrête pas là. Une assistance technique de 2 millions d’euros accompagnera également la Région pour préparer et déployer un plan d’action orienté vers une Région verte.

Ce point mérite d’être souligné. Car au-delà de la levée de fonds, l’enjeu est aussi celui de la transformation du modèle régional : amélioration des performances financières, modernisation des outils de gestion, transformation numérique et préparation d’un cadre plus robuste de pilotage administratif et budgétaire.

Les fonds levés doivent servir à soutenir les projets inscrits dans le Plan de Développement Régional 2022-2027. Il s’agit donc d’un financement directement relié à des chantiers structurants, avec l’idée de donner à la Région des marges supplémentaires pour accélérer la mise en œuvre de ses priorités.

Dans le même mouvement, Casablanca-Settat ouvre la voie à son intégration dans le programme Green Cities de la BERD, dédié aux solutions urbaines durables et innovantes. Là encore, la portée du geste dépasse le simple financement. La Région cherche à se positionner dans une logique d’attractivité, de soutenabilité et de transformation des politiques publiques territoriales.

Autrement dit, l’emprunt obligataire n’est pas seulement une réponse à un besoin d’argent. C’est un outil de repositionnement stratégique. Une manière d’inscrire le développement régional dans une logique plus moderne, plus lisible, et potentiellement plus exigeante en matière de gouvernance.

Le communiqué insiste sur un élément essentiel : cette opération intervient après un travail d’assainissement en profondeur de la dette régionale. C’est un point décisif. Car aucune collectivité ne peut espérer convaincre les marchés si sa trajectoire financière demeure floue ou fragile. La Région affirme avoir réduit ses engagements de dette de 1 milliard 31 millions de dirhams depuis le 1er octobre 2021, avant de procéder à cette émission.

Dans le même temps, elle indique avoir engagé 10 milliards de dirhams d’investissements programmés, dont 7 milliards déjà payés sur la même période. Ces chiffres sont loin d’être secondaires. Ils servent à installer un récit de sérieux budgétaire, de continuité d’investissement et de montée en puissance institutionnelle.

Le message envoyé aux investisseurs est limpide : la Région ne vient pas chercher de l’argent pour combler une faille, mais pour appuyer une dynamique, après avoir restauré sa crédibilité. C’est cette séquence qui donne du poids à l’opération.

Cette émission s’inscrit aussi dans les orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’Assiste, notamment sur la diversification des sources de financement des Régions, rappelées lors des Assises de la Régionalisation avancée de Tanger. Le rappel n’est pas simplement protocolaire. Il inscrit l’opération dans une trajectoire politique nationale : celle d’une régionalisation qui ne soit pas seulement administrative, mais également financière.

En réalité, c’est sans doute là que réside la portée la plus intéressante de cette émission obligataire. Casablanca-Settat sert de laboratoire. Si l’expérience réussit, elle pourrait ouvrir un précédent pour d’autres Régions du Royaume. Si elle échoue ou si les résultats concrets tardent à apparaître, elle nourrira au contraire les réserves de ceux qui considèrent que l’accès direct des collectivités au marché des capitaux reste une voie risquée.

C’est donc une opération à la fois prometteuse et scrutée. Prometteuse, parce qu’elle montre qu’une Région peut élargir ses instruments de financement. Scrutée, parce qu’elle engage désormais la collectivité sur un terrain où la crédibilité ne se proclame pas, mais se mesure dans la durée.

Avec cette levée de 1 milliard de dirhams, Casablanca-Settat ne réalise pas seulement une performance financière. Elle tente un changement de statut. D’une Région gestionnaire, elle veut devenir une Région stratège, capable d’attirer les investisseurs, de structurer sa dette, de financer ses priorités et de verdir son modèle de développement. Reste désormais l’essentiel : transformer cette réussite financière en résultats visibles sur le terrain. Car sur les marchés comme dans les territoires, la confiance se gagne une première fois par les chiffres, mais elle ne dure que si elle se confirme par les faits.




Jeudi 16 Avril 2026
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