​Ce que JPMorgan voit venir dans la guerre USA-Iran : trois scénarios, un seul vrai danger


Rédigé par La rédaction le Vendredi 20 Mars 2026

À mesure que la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran s’installe dans la durée, JPMorgan affine une lecture qui mérite attention. Non parce que la banque aurait réponse à tout, mais parce qu’elle regarde froidement ce que beaucoup préfèrent encore traiter comme un simple épisode géopolitique. Son diagnostic est net : le conflit n’est pas seulement militaire, il est en train de devenir un problème énergétique global, donc un problème économique, inflationniste et potentiellement politique pour le reste du monde.



Dans une note de J.P. Morgan Asset Management consacrée à l’évolution de la guerre, les analystes décrivent trois scénarios plausibles pour les jours et semaines à venir.

Le premier, auquel ils accordent la probabilité la plus élevée, est celui d’un affaiblissement décisif du régime iranien, voire d’un effondrement fonctionnel. Le deuxième est celui d’un régime qui survit, s’accroche au pouvoir et continue de menacer son environnement régional avec ses capacités de missiles et de drones. Le troisième, moins probable selon eux mais de loin le plus dangereux pour l’économie mondiale, est celui d’une escalade régionale par l’énergie, via des attaques contre les infrastructures pétrolières, les terminaux d’exportation ou les routes maritimes du Golfe.

C’est là que la grille de lecture de JPMorgan devient particulièrement intéressante. Pour la banque, le vrai danger n’est pas d’abord la prolongation de la guerre en soi. Un conflit dur mais relativement contenu peut rester absorbable par les marchés, au moins pendant un temps. Le point de rupture se situe ailleurs : dans le moment où Téhéran, ou d’autres acteurs liés au conflit, décident de faire de l’énergie une arme stratégique à grande échelle. À partir de là, le théâtre militaire cesse d’être local. Il devient un multiplicateur mondial de prix, de pénuries, de tensions budgétaires et de nervosité politique.

Le scénario numéro un, celui d’un régime iranien durablement neutralisé, apparaît comme le plus “gérable” vu de Wall Street. JPMorgan estime qu’une campagne militaire prolongée de quelques jours à quelques semaines pourrait laisser un Iran moins capable de projeter sa puissance régionale, même si le pays basculait ensuite dans une phase d’instabilité intérieure. L’idée, côté américain et israélien, serait alors de déclarer l’objectif stratégique atteint, puis de laisser la dynamique interne iranienne faire le reste. Mais la banque prend soin d’ajouter que ce type de trajectoire n’a rien d’ordonné : l’affaiblissement d’un régime n’ouvre pas mécaniquement sur une transition propre. Il peut aussi produire du chaos.

Le deuxième scénario est plus inconfortable pour Washington. Il repose sur l’hypothèse d’un régime iranien affaibli mais toujours debout, capable de survivre grâce à la redondance de ses structures de pouvoir, à la dispersion de ses moyens et à la profondeur de ses stocks. JPMorgan rappelle que l’Iran a déjà démontré sa capacité à reconstituer une partie de son arsenal et à prolonger la pression régionale. Dans cette hypothèse, les États-Unis et Israël pourraient revendiquer un succès tactique, mais sans obtenir le basculement stratégique espéré. Autrement dit : une guerre coûteuse, sans victoire politique nette.

Mais c’est bien le troisième scénario qui concentre l’angoisse des marchés. JPMorgan le formule sans détour : l’Iran pourrait choisir de viser directement les infrastructures pétrolières du Golfe ou de perturber la circulation des tankers dans le détroit d’Ormuz, notamment par des mines navales, des drones ou des embarcations d’attaque rapide. Ce scénario n’est pas présenté comme le plus probable à ce stade, mais comme le plus plausible dès lors que Téhéran chercherait à internationaliser le coût de la guerre. Et surtout comme le plus susceptible d’entraîner l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et d’autres acteurs régionaux dans une spirale d’implication directe.

Pourquoi ce scénario change-t-il tout ? Parce que le détroit d’Ormuz n’est pas un simple passage maritime parmi d’autres. Selon J.P. Morgan Asset Management, il concentre environ 30 % du commerce maritime mondial de pétrole et 20 % des flux mondiaux de GNL. La même analyse souligne qu’un élargissement du conflit aux grands producteurs du Golfe pourrait affecter jusqu’à un tiers de la production pétrolière mondiale. Dès lors, même sans destruction totale, la simple menace de perturbation suffit à renchérir le brut, les assurances, le fret, puis à contaminer le reste de l’économie.

JPMorgan observe d’ailleurs que les marchés n’ont pas encore totalement intégré ce risque extrême. Dans sa note économique, la banque indiquait un Brent autour de 73,5 dollars, avec une prime géopolitique estimée (il y a 10 jours) à 7,5 dollars par rapport à une valeur jugée plus “équilibrée” de 66 dollars. Mais elle ajoute qu’en cas d’escalade sur les infrastructures ou sur Ormuz, le prix du pétrole pourrait dépasser rapidement les 100 dollars. (C'est le cas ce 20 Mars) .Cette phrase, à elle seule, résume le cœur du problème : ce n’est pas la guerre abstraite qui terrifie les marchés, c’est la guerre qui coupe, ralentit ou renchérit l’énergie.

Les répercussions seraient ensuite très inégales. JPMorgan juge l’Asie particulièrement exposée, parce qu’une large part des flux énergétiques du Golfe lui est destinée. L’Europe, moins dépendante qu’en 2022 du gaz régional, reste malgré tout extrêmement sensible à toute flambée des prix. Quant aux États-Unis, leur statut d’exportateur net d’énergie leur offre un matelas plus épais qu’au temps des grands chocs pétroliers, sans pour autant les mettre à l’abri. Avec un Brent revenu autour de 107 à 109 dollars ce 20 mars 2026, le risque n’est plus théorique : selon l’estimation reprise par JPMorgan, chaque hausse supplémentaire de 10 dollars du baril pourrait ajouter entre 0,3 et 0,4 point d’inflation, au moment même où la Réserve fédérale tente déjà de contenir la pression sur les prix.

Au fond, ce que dit JPMorgan est assez simple. Le marché peut encore encaisser une guerre régionale. Il peut même, un temps, s’accommoder de l’idée qu’un régime s’effondre ou survive. Mais il ne sait pas digérer sereinement une guerre qui transforme le Golfe en goulot d’étranglement énergétique durable. Voilà le seul vrai danger : le moment où la logique militaire se mue en choc pétrolier global. À partir de là, la guerre USA-Iran ne serait plus seulement une crise du Moyen-Orient. Elle deviendrait une crise de pouvoir d’achat, de croissance et de stabilité politique bien au-delà du front.




Vendredi 20 Mars 2026
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