​Charte du 11 janvier 2026 : vers un nouveau contrat de confiance avec la jeunesse marocaine ?


Rédigé par La rédaction le Mercredi 18 Février 2026



Cette Rencontres thématique régionale 2026 de l’Alliance des Économistes Istiqlaliens (AEI) n’ont pas seulement dressé un diagnostic du système éducatif et de formation. Elles ont aussi posé une ambition politique plus large : refonder le lien de confiance entre l’État et la jeunesse marocaine. Au cœur de cette ambition figure la Charte du 11 janvier, présentée comme l’ossature d’un nouveau contrat social, élaboré à partir d’une large consultation nationale.

Lors de son intervention à Casablanca, Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, a insisté sur la portée de cette Charte, en soulignant qu’elle ne se voulait ni un document de circonstance ni une déclaration d’intention supplémentaire. Elle se veut, selon ses promoteurs, une réponse structurée à une crise silencieuse mais profonde : celle de la défiance croissante des jeunes vis-à-vis des institutions.

La Charte du 11 janvier est le fruit d’un processus qui a mobilisé plus de 15 000 jeunes, issus de toutes les régions du Royaume. Ce chiffre, rappelé lors de cette Rencontre AEI, marque une rupture avec les approches descendantes souvent reprochées aux politiques publiques de jeunesse. Ici, l’ambition affichée est claire : partir des attentes, des frustrations et des aspirations exprimées par les jeunes eux-mêmes.

Ce processus participatif a permis de faire émerger un constat largement partagé : la jeunesse marocaine ne se reconnaît plus pleinement dans les promesses institutionnelles, non par rejet idéologique, mais par écart entre discours et vécu quotidien. Éducation perçue comme peu émancipatrice, accès à l’emploi incertain, participation politique limitée : autant de facteurs qui alimentent une forme de décrochage civique.

En effet, la Charte repose sur une exigence fondatrice : renouveler le contrat de confiance entre générations. Une formulation lourde de sens dans un pays où la jeunesse représente à la fois un potentiel démographique majeur et une source d’inquiétude sociale si elle est mal accompagnée.

Pour Nizar Baraka, la confiance ne se décrète pas. Elle se construit par des engagements clairs, mesurables et durables. « Donner aux jeunes des droits sans leur garantir les moyens, c’est créer de la frustration. Leur donner des moyens sans leur ouvrir l’espace de décision, c’est produire de la défiance », a-t-il rappelé lors de son intervention.

Cette approche vise à rompre avec une vision segmentée des politiques de jeunesse, en liant étroitement droits, compétences et participation.

La Charte du 11 janvier s’articule autour de trois grands axes :

Le premier concerne les droits économiques et sociaux. Il s’agit de garantir une école publique de qualité uniforme, une formation professionnelle valorisée, un accompagnement spécifique des jeunes NEET, ainsi qu’un accès effectif à la santé physique et mentale. La dignité économique et l’accès à la culture, aux arts et aux sports y sont également affirmés comme des droits fondamentaux, et non comme des privilèges.

Le deuxième axe porte sur les compétences du XXIe siècle. Esprit critique, esprit d’initiative, citoyenneté numérique, responsabilité climatique et ouverture interculturelle sont identifiés comme des compétences clés. L’objectif affiché est de former des jeunes capables non seulement de s’insérer dans l’économie, mais aussi de comprendre le monde, de s’y adapter et d’y agir.

Enfin, le troisième axe concerne la participation à la décision. Il s’agit sans doute du volet le plus sensible. Démocratie participative, autonomisation politique, transparence, reddition des comptes et moralisation de la vie publique sont explicitement mentionnées. La Charte reconnaît implicitement que former des jeunes sans leur ouvrir d’espaces réels de participation produit frustration et désengagement.

L’un des enjeux majeurs soulevés lors de cette Rencontre AEI concerne la mise en œuvre de cette Charte. Car le risque est connu : voir un texte ambitieux rejoindre la longue liste des documents stratégiques sans traduction concrète.

Pour éviter cet écueil, les promoteurs de la Charte insistent sur la nécessité d’adosser les engagements à des indicateurs mesurables, des mécanismes de suivi et une territorialisation des politiques publiques. Budgets participatifs ouverts aux jeunes, tableaux de bord accessibles, simplification des procédures administratives : autant d’outils évoqués pour donner corps à la participation annoncée.

La question de la crédibilité est centrale. Pour beaucoup de jeunes, la confiance ne reviendra que si les engagements se traduisent par des changements visibles dans leur quotidien : orientation scolaire plus efficace, accès réel à la formation, opportunités d’emploi décent, et reconnaissance de leur voix dans les décisions locales.

Une réponse à une crise de confiance profonde

Au fil des échanges, un constat s’impose : la Charte du 11 janvier répond à une crise qui dépasse la seule jeunesse. Elle interroge le fonctionnement global des institutions et leur capacité à intégrer les nouvelles générations dans le projet collectif.

En ce sens, elle apparaît comme un test politique majeur. Soit elle ouvre réellement un nouveau cycle de confiance et de participation, soit elle risque d’alimenter davantage le scepticisme si elle reste lettre morte.

À l’issue de cette Rencontres , une certitude se dégage : la question de la jeunesse est désormais indissociable de celle de la gouvernance, de l’éducation et de la dignité. La Charte du 11 janvier pose un cadre. Reste à savoir si elle saura franchir le pas décisif entre promesse et transformation réelle.


Débat - Podcast des chroniqueurs de la web radio R212 sur le sujet


Une charte comme réponse à une crise de confiance profonde Charte du 11 janvier, une initiative politique majeure visant à restaurer le lien de confiance entre l'État marocain et sa jeunesse. I

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Mercredi 18 Février 2026
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