​De l’incivisme 2026 au civisme 2030

Une feuille de route pour changer les comportements avant le Mondial


Rédigé par le Mardi 18 Aout 2026

Le Maroc sait construire vite. Il sait lancer de grands chantiers, mobiliser des budgets, transformer des villes, agrandir des aéroports, moderniser des gares, bâtir des stades et accélérer des infrastructures en quelques années.

Mais il existe un chantier beaucoup plus difficile à planifier, à financer et surtout à mesurer : celui du comportement collectif.



Le civisme ne se décrète pas. Mais il peut se préparer.

À quatre ans de 2030, la vraie question n’est donc plus seulement de savoir si les équipements seront prêts. Elle est de savoir si nous le serons, nous.

Car le Mondial ne sera pas seulement une compétition sportive. Il sera aussi une immense exposition à ciel ouvert du Maroc réel : celui des rues, des taxis, des cafés, des gares, des files d’attente, des supporters, des commerçants, des fonctionnaires, des policiers, des jeunes, des familles et des usages quotidiens.

Le civisme ne se décrète pas. Mais il peut se préparer.

2026 : établir le diagnostic sans hypocrisie

La première étape consiste à nommer le problème.

L’incivisme ne se limite pas aux déchets jetés dans la rue ou au non-respect du code de la route. Il englobe une multitude de comportements devenus presque ordinaires : insultes, agressivité, fraude, dégradation de l’espace public, harcèlement, violence verbale, refus des règles collectives, mépris des files d’attente, conduite dangereuse, bruit excessif, comportements hostiles dans les transports ou les administrations.

Le premier chantier de 2026 devrait donc être celui de la mesure.

Le Maroc gagnerait à créer un Baromètre national du civisme, publié chaque année, avec des indicateurs simples : propreté, respect de la circulation, comportements dans les transports, violence dans les espaces publics, vandalisme, incivilités dans les stades, qualité de l’accueil administratif, respect des personnes âgées, des femmes, des enfants et des personnes en situation de handicap.

Ce que l’on ne mesure pas finit souvent par être nié.

2027 : remettre le civisme à l’école

On ne peut pas demander à une génération de devenir civile à 25 ans si elle n’a jamais réellement appris le civisme à 8 ans.

L’école doit donc redevenir le cœur du chantier.

Non pas avec une nouvelle matière abstraite à apprendre pour réussir un examen, mais avec une pédagogie concrète du comportement.

Apprendre à attendre son tour.
Apprendre à respecter un espace commun.
Apprendre à ne pas jeter.
Apprendre à écouter.
Apprendre à débattre sans insulter.
Apprendre à respecter une règle même lorsqu’aucun policier n’est présent.

Le civisme devrait devenir une pratique quotidienne de l’école et non une leçon occasionnelle.

Chaque établissement pourrait disposer d’un programme annuel comprenant actions de propreté, médiation, bénévolat, sécurité routière, respect numérique et initiation aux droits et devoirs du citoyen.

L’objectif n’est pas de produire des élèves obéissants. Il est de former des citoyens responsables.

2027 : responsabiliser aussi la famille

L’école ne peut pas tout.

Une société qui délègue entièrement l’éducation à l’établissement scolaire fabrique mécaniquement de la frustration.

Le civisme commence aussi à la maison.

Dire bonjour.
Ne pas insulter.
Respecter les voisins.
Ne pas considérer l’espace public comme une propriété de personne.
Accepter une règle.
Accepter une frustration.
Savoir perdre.
Savoir s’excuser.

Ces apprentissages paraissent élémentaires. Ils sont pourtant au cœur du vivre-ensemble.

Une grande campagne nationale pourrait donc être lancée autour d’une idée simple : le premier professeur de civisme reste la famille.

2028 : transformer l’espace public

Un environnement dégradé produit souvent davantage de comportements dégradés.

Lorsque les trottoirs sont cassés, les poubelles absentes, les passages piétons invisibles, les transports désorganisés ou les administrations humiliantes, le discours sur le civisme perd naturellement une partie de sa crédibilité.

Le civisme doit donc fonctionner dans les deux sens.

Le citoyen doit respecter la ville. Mais la ville doit aussi respecter le citoyen.

À partir de 2028, toutes les grandes villes concernées par 2030 pourraient être soumises à un programme Civisme 2030 : propreté renforcée, signalétique claire, sanitaires publics, trottoirs praticables, espaces piétons, accessibilité, médiateurs urbains et amélioration de la qualité d’accueil dans les services publics.

Le comportement individuel dépend aussi de la qualité de l’environnement collectif.

2028 : faire évoluer le rapport à l’autorité

Le civisme ne concerne pas seulement le citoyen. Il concerne également celui qui représente l’État.

Une administration agressive ne peut pas durablement demander à la population d’être respectueuse.

Un fonctionnaire qui humilie, un agent qui crie ou une procédure volontairement opaque fragilisent la confiance publique.

La feuille de route 2030 devrait donc intégrer une grande réforme de la relation entre administration et citoyen.

Formation à l’accueil.
Gestion des conflits.
Communication non violente.
Médiation.
Évaluation de la satisfaction des usagers.
Sanctions réelles contre les abus.
Le respect doit être réciproque.

Le civisme n’est pas l’obéissance du citoyen devant l’État. C’est une culture commune de la dignité.

2029 : préparer le grand test des supporters

Le football sera probablement le lieu où le défi apparaîtra le plus brutalement.

Le Maroc peut construire des stades magnifiques. Mais une enceinte moderne remplie de violences, d’insultes, de vandalisme ou de comportements dangereux restera un échec.

Dès 2029, chaque club professionnel pourrait disposer d’un programme supporters responsables.

Actions éducatives dans les écoles de supporters.
Sanctions ciblées contre les fauteurs de troubles.
Valorisation des meilleurs groupes de supporters.
Formation des stewards.
Campagnes contre les insultes, la violence et les discriminations.

Le supporter doit progressivement passer du statut de spectateur contrôlé à celui de coproducteur de l’ambiance collective.

2030 : accueillir le monde autrement

Lorsque les premiers visiteurs arriveront, ils ne jugeront pas seulement la qualité des stades.
Ils jugeront l’expérience globale.
Le taxi.
Le sourire.
La propreté.
La sécurité.
Le prix demandé.
La manière dont on les renseigne.
La façon dont une personne âgée est traitée dans une file d’attente.
La circulation.
Le service.
Le respect.

Un pays ne se découvre jamais uniquement à travers ses monuments. Il se découvre à travers ses habitants.

Le Mondial peut alors devenir un formidable accélérateur. Non pas parce qu’il faudrait devenir civil uniquement pour plaire aux visiteurs étrangers.

Mais parce que 2030 peut servir de date butoir pour améliorer durablement notre propre quotidien.

La vraie réussite commencera après la finale. Le danger serait de transformer le civisme en campagne publicitaire temporaire.

Quelques affiches.
Quelques spots télévisés.
Quelques slogans.

Puis tout oublier après 2030. Il faut exactement l’inverse.

Utiliser le Mondial comme déclencheur d’une politique publique durable.

Créer un Conseil national du civisme.
Publier chaque année des indicateurs.
Récompenser les communes exemplaires.
Former les enseignants, les fonctionnaires et les personnels de sécurité.
Associer les médias, les associations, les clubs sportifs et les entreprises.
Faire du civisme une politique nationale continue.

Car le Maroc de 2030 ne doit pas seulement être plus moderne que celui de 2026. Il doit être plus agréable à vivre.

Plus respectueux.
Plus discipliné sans devenir autoritaire.
Plus libre parce que chacun comprend que la liberté s’arrête là où commence la nuisance imposée aux autres.

Le chantier est immense.

Il faudra construire des routes, des stades, des hôtels et des aéroports. Mais le chantier le plus ambitieux restera invisible sur les photographies satellites.

Il se déroulera dans les comportements.
Dans les familles.
Dans les écoles.
Dans les administrations.
Dans les rues.
Dans les tribunes.

Passer de l’incivisme 2026 au civisme 2030 ne signifie pas fabriquer un citoyen parfait.

Cela signifie simplement reconstruire une règle essentielle : dans une société moderne, le respect de l’autre n’est pas une option. Et si le Maroc réussit ce chantier-là, alors le véritable héritage de 2030 ne sera peut-être pas un stade supplémentaire.

Ce sera une société un peu différente.




Mardi 18 Aout 2026
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