​Enseignement privé : Rabat reprend la main


Rédigé par VSD le Samedi 2 Mai 2026



Les autorités marocaines renforcent la régulation de l'enseignement privé, dans une démarche qui traduit une prise de conscience tardive mais bienvenue. Le secteur, qui s'est développé de manière exponentielle ces dernières décennies, fait désormais l'objet d'un encadrement renforcé en matière de qualité pédagogique, de pratiques tarifaires et de normes d'accueil.

L'enseignement privé scolarise environ 18 % des élèves marocains, avec une concentration particulièrement forte dans les grandes villes et les classes moyennes urbaines. Sa croissance s'explique par plusieurs facteurs convergents. Insatisfaction d'une partie des familles vis-à-vis de l'école publique, recherche d'un environnement éducatif perçu comme plus exigeant, attractivité des filières en langues étrangères, prestige social associé à certains établissements. Le secteur représente aujourd'hui un marché économique considérable, drainant des frais de scolarité parfois équivalents à plusieurs mois de salaire moyen.

Les dérives ont accompagné cette expansion. Certains établissements pratiquent des hausses tarifaires régulières sans justification pédagogique claire. La qualité des enseignants varie considérablement, avec des situations parfois précaires sur le plan contractuel. Les locaux ne respectent pas toujours les normes de sécurité ou d'hygiène. Les programmes officiels sont diversement appliqués selon les références revendiquées par chaque école. Les associations de parents d'élèves alertent depuis des années sur ces dysfonctionnements.

Le tour de vis annoncé vise à corriger plusieurs de ces écueils. Contrôle accru des qualifications enseignantes, cadrage des augmentations tarifaires, vérification des infrastructures, alignement des programmes — autant de leviers que le ministère de l'Éducation nationale entend désormais activer. Le défi réside dans la mise en œuvre, traditionnel point faible des politiques marocaines en matière éducative.

Une question demeure largement absente du débat public. La régulation du privé ne doit pas occulter la nécessité urgente de réformer l'école publique, qui scolarise 82 % des élèves marocains et dont les résultats aux évaluations internationales restent préoccupants. Le redressement éducatif global du pays passe par les deux chantiers menés en parallèle. L'un sans l'autre ne suffira pas à inverser des dynamiques profondes que toute la société marocaine constate, sans toujours oser nommer les responsabilités.




Samedi 2 Mai 2026
Dans la même rubrique :