Le rendez-vous avait valeur de séquence institutionnelle et le bilan présenté comme celui de la résistance et de la méthode
En présentant devant le Parlement la synthèse de l’action gouvernementale 2021-2026, le chef du gouvernement n’a pas seulement aligné des indicateurs, des budgets et des pourcentages. Il a cherché à imposer un récit : celui d’un exécutif qui aurait gouverné dans la tempête, tenu le cap, absorbé les crises, accéléré les réformes et préparé le terrain d’un Maroc plus solide, plus social et plus attractif.
Le ton du discours était clair dès les premières minutes. Il ne s’agissait pas d’un simple inventaire administratif, mais d’une tentative de donner un sens politique à cinq années marquées par l’inflation mondiale, les sécheresses successives, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement, les secousses géopolitiques et les fortes attentes sociales. En substance, le message est le suivant : oui, la période fut rude ; oui, certaines décisions ont été coûteuses politiquement ; mais elles étaient, selon le chef du gouvernement, nécessaires pour préserver l’essentiel et préparer l’avenir.
Au cœur du discours, un mot revient sans cesse, parfois explicitement, parfois en creux : la crédibilité. Crédibilité d’un État qui assume, crédibilité d’une majorité qui gouverne, crédibilité d’une politique publique qui se juge à ses effets et non à ses slogans. Le chef du gouvernement insiste sur un point : sa majorité aurait fait le choix de la décision plutôt que celui de la déclamation. Elle aurait gouverné “dans le dur”, sans céder, dit-il, ni à la facilité ni à la tentation populiste.
Cette ligne n’est pas anodine. Elle vise à répondre à une critique récurrente : celle d’un pouvoir accusé par ses adversaires d’avoir trop parlé chiffres et pas assez vécu quotidien. En retour, le chef du gouvernement oppose une idée simple : le citoyen, dit-il en substance, ne mesure pas une équipe à ses intentions, mais à ses résultats. C’est donc à travers les chiffres que le bilan cherche à convaincre, avec un effort visible pour montrer que l’action publique a produit du concret. L’argumentation s’appuie aussi sur une activité législative dense, avec plus de 847 textes juridiques et réglementaires évoqués, plus de 110 lois et 609 décrets d’application mis en avant, ainsi qu’une forte interaction avec l’initiative parlementaire.
C’est sur le terrain économique que l’exécutif veut apparaître le plus solide. Le discours déroule une série de marqueurs destinés à accréditer l’idée d’un redressement. Croissance remontée à 4,8 % en 2025 après 1,8 % en 2022, inflation ramenée à 0,8 % fin 2025 contre 6,6 % en 2022, déficit budgétaire réduit à 3,5 %, dette orientée à la baisse, recettes fiscales en nette hausse : la démonstration est conçue pour installer une image de maîtrise. À cela s’ajoute un plaidoyer pour l’investissement comme moteur central de la phase actuelle, avec un nouveau cadre, des dispositifs d’incitation renforcés et des montants engagés très élevés. Le gouvernement met en avant 381 projets validés pour 581 milliards de dirhams, avec à la clé 245.000 emplois directs et indirects annoncés.
Le discours insiste aussi sur la progression de l’investissement direct étranger, passé de 32,5 milliards de dirhams en 2021 à près de 56 milliards en 2025, ainsi que sur la montée de l’investissement public, de 230 à 380 milliards de dirhams entre 2021 et 2026. L’exécutif y voit une preuve de confiance, mais aussi un signal de repositionnement du Maroc dans une économie mondiale incertaine. Le chef du gouvernement tente ici de faire passer une idée politique forte : l’attractivité du pays ne serait plus seulement liée à sa stabilité, mais à sa capacité à devenir une base productive, industrielle, logistique et énergétique.
Mais c’est probablement sur le terrain social que le discours cherche à emporter l’adhésion la plus large. Car le gouvernement sait qu’en période de fin de mandat, la bataille des perceptions se joue moins sur les agrégats macroéconomiques que sur la question suivante : qu’est-ce qui a changé dans la vie des gens ?
Le chef du gouvernement répond par un triptyque : généralisation de la protection sociale, soutien social direct, revalorisations salariales. Il revendique l’extension de la couverture médicale à 15,5 millions de bénéficiaires supplémentaires, la prise en charge de plus de 27 milliards de dirhams de cotisations pour les populations vulnérables, ainsi qu’un dispositif de soutien social direct bénéficiant à près de 4 millions de familles, pour un total de 52 milliards de dirhams versés à fin janvier 2026. Le discours souligne aussi l’ampleur du soutien à l’enfance, aux veuves et aux personnes âgées.
À cela s’ajoutent les mesures de soutien au pouvoir d’achat : 135 milliards de dirhams mobilisés via la compensation pour contenir les prix des produits de base, accords de dialogue social touchant plus de 4,2 millions de salariés, hausse des salaires dans les secteurs public et privé, allègement de l’impôt sur le revenu, et mise en avant du programme d’aide directe au logement, qui aurait déjà permis à plus de 96.000 familles d’accéder à un logement. La logique du discours est nette : faire de l’État social non plus une promesse abstraite, mais le principal marqueur politique du quinquennat.
Sur les secteurs structurants (Santé, école, territoires), l’exécutif veut montrer qu’il n’a pas seulement géré l’urgence. Il prétend avoir investi dans la durée. Dans la santé, le budget passe selon le discours de 19,7 milliards de dirhams en 2021 à 42,4 milliards en 2026. Le gouvernement affirme avoir rénové ou lancé des centaines de structures, revalorisé les ressources humaines, engagé la numérisation et renforcé l’offre hospitalière. Dans l’éducation, il met en avant l’extension du préscolaire, le développement des “écoles pionnières”, la hausse des capacités universitaires, la réforme du statut des enseignants et des accords sociaux coûteux mais politiquement assumés.
Le discours accorde aussi une place importante à la justice territoriale. C’est un point politiquement sensible. En rappelant la hausse des transferts aux collectivités, l’élargissement de l’accès aux services essentiels dans les communes, la relance de la régionalisation, la simplification des procédures administratives et la stratégie “Maroc Digital 2030”, le chef du gouvernement veut montrer que la réforme ne se limite ni à Rabat ni aux grands centres urbains. C’est aussi une façon de répondre à une critique persistante : celle d’un développement marocain trop concentré, trop inégal, trop lent à corriger les fractures territoriales.
Un discours de bilan, mais aussi un plaidoyer contre le “takhssir” politique
La fin de l’intervention est sans doute la plus révélatrice. Le ton s’y fait plus personnel, plus politique, parfois presque confessionnel. Le chef du gouvernement reconnaît implicitement que tout n’est pas réglé, que les attentes restent fortes, que cinq ans ne suffisent pas à réparer des décennies d’inégalités ou d’inerties. Mais il refuse frontalement ce qu’il considère comme une entreprise de dénigrement. Son message est limpide :
C’est là que le discours bascule clairement du bilan à la bataille narrative. Le gouvernement cherche à se présenter comme une équipe qui a choisi la retenue face aux attaques, la responsabilité face aux surenchères, et l’action face aux postures. Reste une question, plus décisive que toutes les autres : les Marocains retiennent-ils les mêmes marqueurs que ceux brandis à la tribune ? Car en politique, un bilan n’existe jamais seulement par les chiffres qu’il expose. Il existe aussi, et surtout, par la manière dont il est vécu, perçu et comparé. Et c’est précisément sur ce terrain-là que se jouera la vraie lecture de cette séquence parlementaire.
En présentant son bilan, le chef du gouvernement n’a pas seulement défendu une gestion. Il a défendu une méthode, un cap et déjà, en filigrane, une demande de prolongation politique. Les prochains mois diront si cette démonstration de force statistique se transforme en force de conviction dans le pays réel.
Le ton du discours était clair dès les premières minutes. Il ne s’agissait pas d’un simple inventaire administratif, mais d’une tentative de donner un sens politique à cinq années marquées par l’inflation mondiale, les sécheresses successives, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement, les secousses géopolitiques et les fortes attentes sociales. En substance, le message est le suivant : oui, la période fut rude ; oui, certaines décisions ont été coûteuses politiquement ; mais elles étaient, selon le chef du gouvernement, nécessaires pour préserver l’essentiel et préparer l’avenir.
Au cœur du discours, un mot revient sans cesse, parfois explicitement, parfois en creux : la crédibilité. Crédibilité d’un État qui assume, crédibilité d’une majorité qui gouverne, crédibilité d’une politique publique qui se juge à ses effets et non à ses slogans. Le chef du gouvernement insiste sur un point : sa majorité aurait fait le choix de la décision plutôt que celui de la déclamation. Elle aurait gouverné “dans le dur”, sans céder, dit-il, ni à la facilité ni à la tentation populiste.
Cette ligne n’est pas anodine. Elle vise à répondre à une critique récurrente : celle d’un pouvoir accusé par ses adversaires d’avoir trop parlé chiffres et pas assez vécu quotidien. En retour, le chef du gouvernement oppose une idée simple : le citoyen, dit-il en substance, ne mesure pas une équipe à ses intentions, mais à ses résultats. C’est donc à travers les chiffres que le bilan cherche à convaincre, avec un effort visible pour montrer que l’action publique a produit du concret. L’argumentation s’appuie aussi sur une activité législative dense, avec plus de 847 textes juridiques et réglementaires évoqués, plus de 110 lois et 609 décrets d’application mis en avant, ainsi qu’une forte interaction avec l’initiative parlementaire.
C’est sur le terrain économique que l’exécutif veut apparaître le plus solide. Le discours déroule une série de marqueurs destinés à accréditer l’idée d’un redressement. Croissance remontée à 4,8 % en 2025 après 1,8 % en 2022, inflation ramenée à 0,8 % fin 2025 contre 6,6 % en 2022, déficit budgétaire réduit à 3,5 %, dette orientée à la baisse, recettes fiscales en nette hausse : la démonstration est conçue pour installer une image de maîtrise. À cela s’ajoute un plaidoyer pour l’investissement comme moteur central de la phase actuelle, avec un nouveau cadre, des dispositifs d’incitation renforcés et des montants engagés très élevés. Le gouvernement met en avant 381 projets validés pour 581 milliards de dirhams, avec à la clé 245.000 emplois directs et indirects annoncés.
Le discours insiste aussi sur la progression de l’investissement direct étranger, passé de 32,5 milliards de dirhams en 2021 à près de 56 milliards en 2025, ainsi que sur la montée de l’investissement public, de 230 à 380 milliards de dirhams entre 2021 et 2026. L’exécutif y voit une preuve de confiance, mais aussi un signal de repositionnement du Maroc dans une économie mondiale incertaine. Le chef du gouvernement tente ici de faire passer une idée politique forte : l’attractivité du pays ne serait plus seulement liée à sa stabilité, mais à sa capacité à devenir une base productive, industrielle, logistique et énergétique.
Mais c’est probablement sur le terrain social que le discours cherche à emporter l’adhésion la plus large. Car le gouvernement sait qu’en période de fin de mandat, la bataille des perceptions se joue moins sur les agrégats macroéconomiques que sur la question suivante : qu’est-ce qui a changé dans la vie des gens ?
Le chef du gouvernement répond par un triptyque : généralisation de la protection sociale, soutien social direct, revalorisations salariales. Il revendique l’extension de la couverture médicale à 15,5 millions de bénéficiaires supplémentaires, la prise en charge de plus de 27 milliards de dirhams de cotisations pour les populations vulnérables, ainsi qu’un dispositif de soutien social direct bénéficiant à près de 4 millions de familles, pour un total de 52 milliards de dirhams versés à fin janvier 2026. Le discours souligne aussi l’ampleur du soutien à l’enfance, aux veuves et aux personnes âgées.
À cela s’ajoutent les mesures de soutien au pouvoir d’achat : 135 milliards de dirhams mobilisés via la compensation pour contenir les prix des produits de base, accords de dialogue social touchant plus de 4,2 millions de salariés, hausse des salaires dans les secteurs public et privé, allègement de l’impôt sur le revenu, et mise en avant du programme d’aide directe au logement, qui aurait déjà permis à plus de 96.000 familles d’accéder à un logement. La logique du discours est nette : faire de l’État social non plus une promesse abstraite, mais le principal marqueur politique du quinquennat.
Sur les secteurs structurants (Santé, école, territoires), l’exécutif veut montrer qu’il n’a pas seulement géré l’urgence. Il prétend avoir investi dans la durée. Dans la santé, le budget passe selon le discours de 19,7 milliards de dirhams en 2021 à 42,4 milliards en 2026. Le gouvernement affirme avoir rénové ou lancé des centaines de structures, revalorisé les ressources humaines, engagé la numérisation et renforcé l’offre hospitalière. Dans l’éducation, il met en avant l’extension du préscolaire, le développement des “écoles pionnières”, la hausse des capacités universitaires, la réforme du statut des enseignants et des accords sociaux coûteux mais politiquement assumés.
Le discours accorde aussi une place importante à la justice territoriale. C’est un point politiquement sensible. En rappelant la hausse des transferts aux collectivités, l’élargissement de l’accès aux services essentiels dans les communes, la relance de la régionalisation, la simplification des procédures administratives et la stratégie “Maroc Digital 2030”, le chef du gouvernement veut montrer que la réforme ne se limite ni à Rabat ni aux grands centres urbains. C’est aussi une façon de répondre à une critique persistante : celle d’un développement marocain trop concentré, trop inégal, trop lent à corriger les fractures territoriales.
Un discours de bilan, mais aussi un plaidoyer contre le “takhssir” politique
La fin de l’intervention est sans doute la plus révélatrice. Le ton s’y fait plus personnel, plus politique, parfois presque confessionnel. Le chef du gouvernement reconnaît implicitement que tout n’est pas réglé, que les attentes restent fortes, que cinq ans ne suffisent pas à réparer des décennies d’inégalités ou d’inerties. Mais il refuse frontalement ce qu’il considère comme une entreprise de dénigrement. Son message est limpide :
On peut discuter, contester, nuancer ; on ne peut pas, dit-il en substance, nier l’ampleur de ce qui a été engagé.
C’est là que le discours bascule clairement du bilan à la bataille narrative. Le gouvernement cherche à se présenter comme une équipe qui a choisi la retenue face aux attaques, la responsabilité face aux surenchères, et l’action face aux postures. Reste une question, plus décisive que toutes les autres : les Marocains retiennent-ils les mêmes marqueurs que ceux brandis à la tribune ? Car en politique, un bilan n’existe jamais seulement par les chiffres qu’il expose. Il existe aussi, et surtout, par la manière dont il est vécu, perçu et comparé. Et c’est précisément sur ce terrain-là que se jouera la vraie lecture de cette séquence parlementaire.
En présentant son bilan, le chef du gouvernement n’a pas seulement défendu une gestion. Il a défendu une méthode, un cap et déjà, en filigrane, une demande de prolongation politique. Les prochains mois diront si cette démonstration de force statistique se transforme en force de conviction dans le pays réel.