Le pays n’a plus seulement besoin d’un gouvernement de gestion. Il a besoin d’un gouvernement de passage
Depuis des années, le Maroc a bâti une trajectoire cohérente. Il a investi dans les infrastructures, structuré des filières, attiré des industriels, développé ses zones d’accélération, consolidé son attractivité. Cette politique de l’offre a eu ses mérites. Elle a permis des avancées tangibles, notamment dans l’automobile, l’aéronautique, la logistique ou encore certaines chaînes exportatrices. Mais cette réussite partielle cache aussi une fragilité stratégique : le pays produit souvent avec les technologies des autres, exporte davantage qu’il n’invente, assemble plus qu’il ne conçoit. En clair, il s’intègre au monde sans encore peser suffisamment sur sa transformation.
C’est pourquoi le prochain gouvernement ne pourra pas se contenter d’un programme de continuité habillé de nouveaux slogans. Sa mission devra être plus exigeante : organiser la sortie d’un modèle fondé principalement sur l’imitation, la sous-traitance et la dépendance technologique. Il lui faudra faire émerger un État moins obsédé par le visible et davantage tourné vers l’essentiel : le savoir, la recherche, la créativité, l’innovation, le capital humain. Autrement dit, un État stratège au sens fort, capable d’investir dans l’intelligence nationale comme on a investi hier dans les ports, les routes ou les zones industrielles.
Mais cette mission économique est aussi, et peut-être d’abord, une mission politique. Car ce qui freine le Maroc n’est pas seulement un déficit d’innovation ; c’est aussi une difficulté à accepter la rupture. Le pays parle volontiers de modernisation, mais supporte mal la remise en cause des rentes, des équilibres installés, des positions acquises. Il veut le changement, à condition qu’il n’abîme aucun confort établi. Il célèbre l’innovation, mais la subordonne souvent à des hiérarchies anciennes. Or aucune grande mutation ne se fait sans frottement. Il n’y a pas de nouveauté réelle sans déplacement d’intérêts, sans disparition de certains privilèges, sans réforme de bureaucraties devenues contre-productives. Le prochain gouvernement devra donc avoir une colonne vertébrale politique claire : réformer pour libérer, non pour habiller l’immobilisme.
C’est là qu’intervient la notion décisive de destruction créatrice. Trop souvent perçue comme un concept d’économistes, elle dit pourtant quelque chose de profondément politique : un pays n’avance vraiment que lorsqu’il accepte de laisser mourir ce qui l’empêche de naître autrement. Le Maroc post-2026 devra choisir.
Veut-il prolonger un modèle honorable mais déjà plafonnant ? Ou veut-il entrer dans une phase plus risquée, plus nerveuse, mais potentiellement plus féconde ? Le prochain gouvernement sera jugé sur cette réponse. Non sur sa capacité à produire des discours sur l’émergence, mais sur son courage à organiser le passage vers une économie qui invente, brevète, conçoit, expérimente et ose.
Encore faut-il éviter le piège d’une modernisation brutale, socialement aveugle. Toute transformation crée des gagnants et des perdants. Là encore, la mission du futur exécutif sera d’ordre stratégique : faire en sorte que la réforme ne soit pas vécue comme une punition par ceux qui se sentent déjà fragiles. Le vrai test sera social. Former tout au long de la vie, faciliter les reconversions, soutenir la mobilité, requalifier les compétences, protéger sans figer : voilà l’architecture d’un pacte nouveau. Le Maroc n’a pas besoin d’un État qui amortit éternellement les inefficacités ; il a besoin d’un État qui sécurise le mouvement. La productivité, dans cette logique, ne doit plus être perçue comme une menace pour les plus faibles, mais comme une promesse de dignité partagée.
Le prochain gouvernement disposera pourtant d’atouts rares. Le Maroc a une jeunesse instruite, connectée, ambitieuse, parfois frustrée mais loin d’être résignée. Il bénéficie d’infrastructures solides, d’une stabilité politique précieuse, d’un positionnement exceptionnel entre l’Europe et l’Afrique. Ce capital existe. La vision Royale existe. Le projet du nouveau modéle de développement reste valable.Ce qui manque encore, c’est une orchestration au niveau de la primature. Une alliance cohérente entre l’État, l’université, l’entreprise et la société. Une vision capable de transformer l’énergie dispersée en puissance collective. La mission stratégique du gouvernement post-élection 2026 sera précisément de fabriquer cette cohérence, de relier les pièces du puzzle national au lieu de les juxtaposer.
Au fond, la grande bataille politique de 2026 ne devrait pas opposer seulement des partis, des bilans ou des promesses. Elle devrait opposer deux imaginaires du Maroc. Le premier veut continuer à avancer sans trop déranger, améliorer sans rompre, moderniser sans déplacer les lignes de pouvoir. Le second assume qu’un nouveau cycle exige davantage qu’une gestion prudente : il suppose une réinvention. C’est ce second imaginaire qui devrait inspirer le prochain gouvernement. Non par goût du choc, mais par lucidité. Car la plus grande imprudence, aujourd’hui, serait peut-être de croire qu’on peut entrer dans le futur avec les protections mentales du passé.
La mission stratégique du prochain gouvernement est donc simple à formuler, mais difficile à conduire : aider le Maroc à sortir du réflexe de rattrapage pour entrer dans la culture de création. Cela suppose du courage politique, une pédagogie sociale, une vision industrielle renouvelée et un vrai pari sur l’intelligence marocaine.
Le pays n’a plus seulement besoin d’un gouvernement de gestion. Il a besoin d’un gouvernement de passage. Un gouvernement capable d’assumer la fin d’un modèle, pour permettre enfin la naissance du suivant. Et dans un monde qui récompense les nations audacieuses plus que les nations prudentes, cette mission n’a rien d’abstrait. Elle s’appelle tout simplement : préparer le Maroc à inventer son propre avenir.
C’est pourquoi le prochain gouvernement ne pourra pas se contenter d’un programme de continuité habillé de nouveaux slogans. Sa mission devra être plus exigeante : organiser la sortie d’un modèle fondé principalement sur l’imitation, la sous-traitance et la dépendance technologique. Il lui faudra faire émerger un État moins obsédé par le visible et davantage tourné vers l’essentiel : le savoir, la recherche, la créativité, l’innovation, le capital humain. Autrement dit, un État stratège au sens fort, capable d’investir dans l’intelligence nationale comme on a investi hier dans les ports, les routes ou les zones industrielles.
Mais cette mission économique est aussi, et peut-être d’abord, une mission politique. Car ce qui freine le Maroc n’est pas seulement un déficit d’innovation ; c’est aussi une difficulté à accepter la rupture. Le pays parle volontiers de modernisation, mais supporte mal la remise en cause des rentes, des équilibres installés, des positions acquises. Il veut le changement, à condition qu’il n’abîme aucun confort établi. Il célèbre l’innovation, mais la subordonne souvent à des hiérarchies anciennes. Or aucune grande mutation ne se fait sans frottement. Il n’y a pas de nouveauté réelle sans déplacement d’intérêts, sans disparition de certains privilèges, sans réforme de bureaucraties devenues contre-productives. Le prochain gouvernement devra donc avoir une colonne vertébrale politique claire : réformer pour libérer, non pour habiller l’immobilisme.
C’est là qu’intervient la notion décisive de destruction créatrice. Trop souvent perçue comme un concept d’économistes, elle dit pourtant quelque chose de profondément politique : un pays n’avance vraiment que lorsqu’il accepte de laisser mourir ce qui l’empêche de naître autrement. Le Maroc post-2026 devra choisir.
Veut-il prolonger un modèle honorable mais déjà plafonnant ? Ou veut-il entrer dans une phase plus risquée, plus nerveuse, mais potentiellement plus féconde ? Le prochain gouvernement sera jugé sur cette réponse. Non sur sa capacité à produire des discours sur l’émergence, mais sur son courage à organiser le passage vers une économie qui invente, brevète, conçoit, expérimente et ose.
Encore faut-il éviter le piège d’une modernisation brutale, socialement aveugle. Toute transformation crée des gagnants et des perdants. Là encore, la mission du futur exécutif sera d’ordre stratégique : faire en sorte que la réforme ne soit pas vécue comme une punition par ceux qui se sentent déjà fragiles. Le vrai test sera social. Former tout au long de la vie, faciliter les reconversions, soutenir la mobilité, requalifier les compétences, protéger sans figer : voilà l’architecture d’un pacte nouveau. Le Maroc n’a pas besoin d’un État qui amortit éternellement les inefficacités ; il a besoin d’un État qui sécurise le mouvement. La productivité, dans cette logique, ne doit plus être perçue comme une menace pour les plus faibles, mais comme une promesse de dignité partagée.
Le prochain gouvernement disposera pourtant d’atouts rares. Le Maroc a une jeunesse instruite, connectée, ambitieuse, parfois frustrée mais loin d’être résignée. Il bénéficie d’infrastructures solides, d’une stabilité politique précieuse, d’un positionnement exceptionnel entre l’Europe et l’Afrique. Ce capital existe. La vision Royale existe. Le projet du nouveau modéle de développement reste valable.Ce qui manque encore, c’est une orchestration au niveau de la primature. Une alliance cohérente entre l’État, l’université, l’entreprise et la société. Une vision capable de transformer l’énergie dispersée en puissance collective. La mission stratégique du gouvernement post-élection 2026 sera précisément de fabriquer cette cohérence, de relier les pièces du puzzle national au lieu de les juxtaposer.
Au fond, la grande bataille politique de 2026 ne devrait pas opposer seulement des partis, des bilans ou des promesses. Elle devrait opposer deux imaginaires du Maroc. Le premier veut continuer à avancer sans trop déranger, améliorer sans rompre, moderniser sans déplacer les lignes de pouvoir. Le second assume qu’un nouveau cycle exige davantage qu’une gestion prudente : il suppose une réinvention. C’est ce second imaginaire qui devrait inspirer le prochain gouvernement. Non par goût du choc, mais par lucidité. Car la plus grande imprudence, aujourd’hui, serait peut-être de croire qu’on peut entrer dans le futur avec les protections mentales du passé.
La mission stratégique du prochain gouvernement est donc simple à formuler, mais difficile à conduire : aider le Maroc à sortir du réflexe de rattrapage pour entrer dans la culture de création. Cela suppose du courage politique, une pédagogie sociale, une vision industrielle renouvelée et un vrai pari sur l’intelligence marocaine.
Le pays n’a plus seulement besoin d’un gouvernement de gestion. Il a besoin d’un gouvernement de passage. Un gouvernement capable d’assumer la fin d’un modèle, pour permettre enfin la naissance du suivant. Et dans un monde qui récompense les nations audacieuses plus que les nations prudentes, cette mission n’a rien d’abstrait. Elle s’appelle tout simplement : préparer le Maroc à inventer son propre avenir.