​Mobilité verte : à Bouskoura, Stellantis teste une station solaire autonome pensée au Maroc


Rédigé par le Mardi 15 Septembre 2026

Opérationnelle au Motor Village de Bouskoura, une nouvelle solution de recharge solaire autonome conçue par un ingénieur de Stellantis basé au Maroc entend répondre à une faiblesse bien connue de la mobilité électrique : comment recharger un véhicule là où le réseau électrique ou les infrastructures de recharge sont insuffisants ? Le projet combine production photovoltaïque, stockage d’énergie et réemploi de batteries issues de la micromobilité. Une petite station qui pourrait annoncer une ambition beaucoup plus large.



À première vue, il ne s’agit que d’une station de recharge supplémentaire. Mais le dispositif installé à Bouskoura concentre plusieurs des enjeux qui conditionnent aujourd’hui le développement de la mobilité électrique au Maroc : disponibilité de l’énergie, maillage territorial des bornes, stockage, économie circulaire et capacité d’innovation locale.

Stellantis a mis en service au Motor Village de Bouskoura une station solaire autonome destinée à la recharge de véhicules électrifiés. Selon les éléments communiqués autour du projet, la solution a été imaginée par un ingénieur du groupe basé au Maroc. Elle fonctionnerait intégralement grâce à l’énergie solaire et utiliserait pour son stockage des batteries provenant de la micromobilité, auxquelles une nouvelle fonction est ainsi donnée.

Le dispositif serait capable d’assurer la recharge, de jour comme de nuit, de jusqu’à trois véhicules électriques ou huit véhicules hybrides rechargeables par journée. Ces capacités, communiquées pour cette installation pilote, devront naturellement être appréciées en fonction de la puissance délivrée, de l’ensoleillement et du niveau de charge initial des véhicules.

Mais l’intérêt du projet dépasse déjà la seule performance quotidienne.

Produire le jour, recharger la nuit

Le principal obstacle d’une borne solaire classique tient à une évidence : le véhicule n’est pas nécessairement disponible au moment où le soleil produit le plus d’électricité.

L’intégration de batteries de stockage change l’équation. L’électricité photovoltaïque produite durant la journée peut être conservée puis restituée lorsque le véhicule vient se brancher, y compris après le coucher du soleil.

C’est précisément cette association entre photovoltaïque et batteries qui tend aujourd’hui à devenir centrale dans les stratégies énergétiques des industriels. Stellantis déploie d’ailleurs des systèmes de stockage par batteries parallèlement à ses installations solaires sur plusieurs de ses sites européens. Le groupe indiquait en juin 2026 prévoir environ 200 MWh de stockage sur une vingtaine de sites industriels.

Bouskoura applique cette logique à une échelle beaucoup plus réduite, mais avec une particularité intéressante : le réemploi annoncé de batteries issues de la micromobilité.

Donner une seconde vie aux batteries

Cette dimension place le projet à la croisée de deux transformations : l’électrification des transports et l’économie circulaire.

Une batterie qui n'est plus optimale pour son premier usage peut parfois conserver des capacités suffisantes pour assurer du stockage stationnaire. Elle n'est alors plus soumise aux mêmes contraintes de poids, d'accélération ou d'autonomie qu'à bord d'un véhicule.

Cette logique de seconde vie rejoint directement la stratégie que Stellantis développe au Maroc. En mai dernier, le groupe a inauguré à Casablanca son troisième centre mondial de démantèlement de véhicules et son premier en Afrique et au Moyen-Orient. Le site, d’une superficie de 6.000 m², doit pouvoir traiter jusqu’à 10.000 véhicules par an et récupère notamment des batteries de véhicules électriques.

Le rapprochement entre ces deux initiatives est révélateur : il ne s'agit plus uniquement de vendre des véhicules électriques, mais progressivement d'organiser tout un écosystème autour de leur énergie, de leurs batteries et de leur fin de vie.

Le Maroc comme laboratoire industriel

L’autre enseignement de Bouskoura concerne l’origine du projet.

Le fait qu’une telle solution ait été conçue par un ingénieur du groupe installé au Maroc renforce une évolution déjà visible : le Royaume n'est plus seulement un site d'assemblage automobile.

Stellantis dispose notamment d'un centre technique en Afrique basé à Casablanca, qui participe aux activités d'ingénierie et de développement du groupe dans la région. L’écosystème marocain comprend également l’usine de Kénitra, où le constructeur développe fortement la production de véhicules et de solutions de micromobilité.

Le lancement du Fiat Tris en 2025 avait déjà illustré cette orientation. Ce tricycle électrique produit au Maroc est destiné notamment aux usages professionnels urbains, périurbains et ruraux. Stellantis a ensuite signé en 2026 un partenariat avec Attawfiq Microfinance afin d'en faciliter l'accès aux très petites entreprises et aux micro-entrepreneurs.

L’intérêt d’une station solaire autonome apparaît alors plus clairement.

Et si la vraie cible était hors des grandes villes ?

Dans les grands centres urbains, les bornes de recharge peuvent progressivement se connecter au réseau électrique existant. Le problème devient plus complexe dans les petites villes, les zones rurales, les destinations touristiques isolées, certains axes routiers ou des sites professionnels éloignés.

C'est précisément là qu'une infrastructure autonome peut prendre tout son sens.

Une station associant panneaux solaires et stockage pourrait théoriquement être installée sans attendre le renforcement lourd d'un réseau électrique local. Elle pourrait servir des hôtels, stations-service, exploitations agricoles, entreprises, collectivités ou infrastructures touristiques.

Il faut toutefois éviter d'aller trop vite en besogne. Un prototype fonctionnel ne constitue pas encore un modèle économique démontré à grande échelle. Plusieurs questions devront être documentées : coût d'installation, durée de vie des batteries réemployées, maintenance, puissance réelle de recharge, occupation du sol, performances en hiver et surtout coût du kilowattheure délivré.

La reproductibilité économique sera déterminante.

Une petite station, un enjeu beaucoup plus grand

Bouskoura doit donc être regardée pour ce qu’elle est : un démonstrateur technologique prometteur plutôt qu'une révolution déjà acquise.

Son intérêt tient néanmoins à l'association de trois principes relativement simples : produire localement une électricité renouvelable, la stocker et réutiliser des batteries existantes.

Si cette combinaison se révèle compétitive, elle pourrait répondre à l'une des contradictions actuelles de l'électromobilité : multiplier les véhicules électriques sans pouvoir installer partout, au même rythme, des infrastructures classiques de recharge.

Le symbole n'est pas négligeable non plus. Alors que le Maroc s’est imposé comme plateforme automobile industrielle, le prochain défi consiste précisément à augmenter la part de technologie, de conception et de propriété intellectuelle créée localement.

Avec cette station solaire autonome, le plus intéressant n'est donc peut-être pas seulement que des voitures puissent se recharger grâce au soleil de Bouskoura.

C'est qu'une partie de la solution ait été imaginée au Maroc.




Un ingénieur passionné par la technique, mordu de mécanique et avide d'une liberté que seuls… En savoir plus sur cet auteur
Mardi 15 Septembre 2026
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