​Parti de l’Istiqlal : au-delà des procès faciles ​


Rédigé par le Lundi 4 Mai 2026

À la veille des élections, rien de vraiment nouveau. Les attaques reviennent, les « dossiers » refont surface, les mêmes refrains sont recyclés. Spontanément ? Pas toujours. Souvent sur commande, au rythme d’un calendrier politique où l’image compte parfois plus que le fond.



On reproche au Parti de l’Istiqlal de ne plus être ce qu’il fut. C’est vrai, et c’est peut-être précisément ce qui le rend encore intéressant.

Un parti politique n’est pas un musée. Il ne peut pas vivre éternellement dans les portraits de ses fondateurs, les slogans de l’indépendance et les grandes batailles constitutionnelles du siècle dernier. S’il a survécu là où d’autres formations se sont effondrées, c’est parce qu’il a changé.

Réduire aujourd’hui l’Istiqlal à une simple machine électorale est une lecture paresseuse. Elle arrange ceux qui préfèrent découper une phrase, isoler une séquence, fabriquer une intention, puis vendre le montage comme une vérité politique. Le fond du message porté par Nizar Baraka est pourtant plus nuancé : l’enjeu n’est pas de savoir si le parti est dans la majorité ou dans l’opposition, mais s’il reste utile au pays.

Le siège n’est pas une fin. C’est un moyen. Sans traduction sociale, sans impact sur le citoyen, sans réponse aux fragilités du quotidien, la représentation politique devient vide. Un parti uniquement obsédé par les urnes ne commence pas par reconnaître que les ambitions étaient plus grandes que le bilan. Il vendrait du rêve, maquillerait les faiblesses, promettrait tout. Assumer une part d’insatisfaction, c’est déjà refuser le confort du populisme.

L’ADN de l’Istiqlal demeure la défense de la classe moyenne, des salariés, des retraités, des petits entrepreneurs et de tous ceux qui portent l’économie réelle sans toujours bénéficier de ses fruits. C’est précisément cela qui dérange : parler d’équité sociale, de probité publique, de lutte contre les conflits d’intérêts et de justice fiscale bouscule mécaniquement les défenseurs de la rente et des positions acquises.

L'« égalitarisme économique » revisité et contextualisé n’est donc pas un slogan décoratif. Elle renvoie à une ligne politique : protéger le pouvoir d’achat, élargir la justice fiscale, défendre l’effort productif et rappeler que l’économie ne peut pas être abandonnée aux seuls rapports de force. Dans un pays où la classe moyenne se sent prise entre inflation, logement, éducation, santé et fiscalité, cette ligne garde une actualité évidente.

Cette cohérence se retrouve dans la défense des PME et des TPE. Soutenir ces entreprises, ce n’est pas seulement parler d’économie. C’est remettre en cause certains équilibres établis, parfois dominés par la concentration, la rente et l’accès privilégié aux marchés. Plaider pour un meilleur financement, des délais de paiement respectés, une fiscalité plus équitable et une concurrence moins asymétrique, c’est toucher à des intérêts bien installés.

Voilà pourquoi cette ligne énerve un certain capitalisme de confort : celui qui préfère les marchés verrouillés à l’initiative, les positions acquises à l’innovation, les marges garanties au risque productif. Défendre les PME/TPE, c’est défendre l’emploi, les territoires, les familles, les entrepreneurs de proximité et une économie moins dépendante des grands circuits fermés.

On reproche aussi à l’Istiqlal d’être devenu un parti d’élus, de territoires, parfois de notables. Mais quel parti marocain peut sérieusement prétendre gouverner sans ancrage local, sans relais sociaux, sans présence dans les communes, les régions, les chambres professionnelles et les réseaux de proximité ? La politique ne se fait pas seulement dans les congrès. Elle se fait dans les villages, les marchés, les administrations et les dossiers concrets.

Quant à son SG Nizar Baraka, on lui reproche son calme, son profil sérieux, la mesure dans les propos et la nuance dans la complexité des problèmes. Mais dans une époque saturée de bruit politique, est-ce vraiment un défaut ? Certainement, non, c'est un homme d'état. Le Maroc n’a pas forcément besoin d’un tribun supplémentaire. Il a besoin de responsables capables de gérer l’eau, les infrastructures, l’industrie, les équilibres sociaux et les dossiers lourds sans transformer chaque décision en spectacle.

L’Istiqlal reste aussi un parti ouvert à la jeunesse. À travers son Académie et ses dispositifs de formation, des centaines de jeunes sont initiés au débat public, aux politiques territoriales et à la responsabilité citoyenne. Dans un paysage partisan souvent accusé de vieillissement, cet effort de transmission n’est pas anecdotique. Il montre qu’un héritage ne vaut que s’il est confié à une génération capable de le réinventer.

Le vrai sujet n’est donc pas de savoir si l’Istiqlal est identique à celui d’hier. Il ne l’est pas. Le vrai sujet est de savoir s’il peut transformer son héritage en projet utile pour demain. Chercher des sièges est normal pour un parti. Chercher des solutions est plus rare. C’est sur ce terrain que l’Istiqlal veut être jugé : justice sociale, probité publique, défense de la classe moyenne, soutien aux PME/TPE, souveraineté économique et ouverture à la jeunesse.




Lundi 4 Mai 2026
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