​Savoir partir en laissant un proxy politique à la tête du RNI


Rédigé par le Jeudi 29 Janvier 2026



Il y a des départs qui font du bruit, et d’autres qui s’organisent dans le silence. Celui d’Aziz Akhannouch à la direction du Rassemblement national des indépendants relève clairement de la seconde catégorie. Pas de crise, pas de fronde visible, pas de bataille d’ego exposée sur la place publique. Juste un retrait annoncé, cadré, presque clinique, et un congrès extraordinaire convoqué pour acter une succession sans suspense. En politique, ce calme apparent n’est jamais innocent.

Akhannouch part, mais ne disparaît pas. C’est là toute la subtilité de la manœuvre. En se retirant de la présidence du parti tout en restant au cœur du pouvoir exécutif et des équilibres économiques du pays, il redessine son rôle sans l’abandonner. Le message est clair : le RNI change de visage, pas de cerveau. Le futur président du parti, désigné comme candidat unique, n’incarne pas une rupture, mais une continuité fonctionnelle. Un relais. Un proxy politique, pour reprendre le vocabulaire des systèmes informatiques, où l’interface change pendant que le serveur central reste intact.

Cette stratégie n’est ni nouvelle ni propre au Maroc. Elle est même devenue un classique des formations arrivées au sommet de l’État : organiser la relève sans prendre le risque de l’inconnu. Le proxy rassure l’appareil, sécurise les alliances, apaise les partenaires et garantit que les lignes essentielles ne bougeront pas. Dans un contexte de fin de cycle gouvernemental et de préparation des législatives, le RNI ne pouvait se permettre une guerre de succession ouverte. Le consensus, même fabriqué, est ici un choix rationnel.

Mais ce consensus pose question. Un candidat unique n’est jamais seulement le fruit d’une adhésion collective ; il est aussi le résultat d’un filtrage. Qui aurait pu se présenter et ne l’a pas fait ? Qui a renoncé, et à quel prix ? Et surtout, quel est le véritable espace de manœuvre du futur président du parti ? Aura-t-il la capacité d’imprimer sa marque, ou se contentera-t-il de gérer l’héritage, sous l’œil attentif de celui qui est parti sans vraiment s’en aller ?

Le RNI se retrouve ainsi dans une configuration paradoxale : afficher le renouvellement tout en revendiquant la stabilité. Offrir un nouveau visage sans ouvrir un nouveau récit. C’est habile, mais risqué. Car à force de confondre continuité et immobilisme, un parti peut perdre ce qui fait sa vitalité politique : le débat interne, la confrontation des lignes, la production d’idées nouvelles. Un proxy efficace sur le court terme peut devenir, à moyen terme, un facteur de fragilisation si la base militante a le sentiment que tout est décidé ailleurs.

Reste que cette sortie maîtrisée d’Akhannouch révèle une chose essentielle : sa lecture très froide du champ politique. Il sait que le pouvoir ne se conserve pas uniquement par la visibilité, mais par le contrôle des mécanismes. En quittant la présidence du RNI sans provoquer de vide, il montre qu’il a institutionnalisé son influence. Le parti fonctionne désormais selon une architecture qu’il a lui-même dessinée, capable de tourner sans lui en façade, mais pas sans sa logique.

La vraie question n’est donc pas de savoir qui dirigera le RNI après le congrès, mais jusqu’où ira cette direction. Le futur président sera-t-il un simple gestionnaire de transition ou le début d’une émancipation progressive ? Le proxy restera-t-il un relais docile ou finira-t-il par devenir un acteur autonome ? L’histoire politique montre que les proxies, parfois, apprennent à marcher seuls.

Savoir partir est un art. Savoir partir en laissant le pouvoir fonctionner selon ses propres règles est une science politique à part entière. Akhannouch en fait la démonstration. Reste à savoir si le RNI, lui, saura un jour distinguer la stabilité de la dépendance.

Nous ne pouvons que souhaiter bonne chance politique au futur président du RNI, appelé à naviguer un paysage politique marocain en recomposition, exigeant autant de loyauté interne que de vision stratégique.




Jeudi 29 Janvier 2026
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