Et si le Maroc cherchait ses prochaines médailles olympiques là où personne ne les attend ?


Rédigé par le Vendredi 7 Aout 2026

Par Adnane Benchakroun.

Au-delà du football, le Royaume pourrait investir méthodiquement dans quelques disciplines olympiques émergentes, spectaculaires et encore relativement peu saturées. Non pour faire dans l’exotisme, mais pour transformer de petits sports en grands instruments de visibilité internationale.

Le Maroc aime le football. Et le football le lui rend plutôt bien. Demi-finale historique au Mondial 2022, médaille de bronze aux Jeux olympiques de Paris 2024, investissements massifs dans les infrastructures, montée en puissance des sélections de jeunes et perspective de la Coupe du monde 2030 : difficile de contester la pertinence du pari.

Mais précisément parce que le football occupe une place aussi considérable, une autre question mérite d’être posée : le Maroc ne gagnerait-il pas à consacrer une petite partie de sa stratégie sportive à des disciplines olympiques beaucoup moins encombrées ?



Pas nécessairement les sports les plus populaires. Peut-être même les plus insolites.

Car aux Jeux olympiques, une médaille de squash, de skateboard, d’escalade ou de surf vaut exactement la même médaille d’or dans le tableau des nations qu’un titre dans une discipline suivie par des milliards de téléspectateurs.

Et en matière d’image, l’effet peut parfois être spectaculaire.

Chercher les médailles là où la concurrence est moins dense

La stratégie n’aurait rien de révolutionnaire. Plusieurs petites ou moyennes puissances sportives ont compris depuis longtemps qu’elles ne pouvaient pas concurrencer les États-Unis, la Chine ou les grandes nations européennes sur l’ensemble du programme olympique.

Elles ont donc choisi des niches.

Le raisonnement est presque économique :
identifier les disciplines où le coût d’entrée demeure raisonnable, où le nombre de pays disposant de structures de très haut niveau reste limité et où les caractéristiques physiques, géographiques ou culturelles du pays offrent un avantage comparatif.

Le Maroc pourrait faire exactement cela.

Il ne s’agirait surtout pas d’abandonner l’athlétisme, la boxe ou les disciplines qui ont construit son histoire olympique. Il s’agirait d’ajouter quelques paris asymétriques.

Et le calendrier est intéressant.

Los Angeles 2028 accueillera notamment cinq sports additionnels : le cricket T20, le baseball-softball, le lacrosse à six, le flag football et le squash. Le flag football et le squash feront même leurs débuts olympiques. (IOC Newsroom)

Autrement dit, le programme olympique bouge.

Le surf : probablement le pari marocain le plus évident

S’il fallait sélectionner une discipline prioritaire, le surf arriverait très haut dans la liste.

Le Maroc possède quelque chose qu’aucun programme gouvernemental ne peut fabriquer : un littoral exceptionnel.

Taghazout, Imsouane, Safi, Agadir et plusieurs spots de la façade atlantique sont déjà connus dans le monde du surf. Une fédération et un écosystème national existent, avec des championnats et une activité régulière.

En juin 2026 encore, la Fédération Royale Marocaine de Surf organisait plusieurs compétitions nationales. (Fede Surf Maroc)

La matière première est donc là.

Mais posséder des vagues ne produit évidemment pas automatiquement des champions olympiques.

Il faudrait passer d’une culture du surf à une véritable filière de haute performance : détection très jeune, préparation physique, compétition internationale permanente, analyse vidéo, médecine sportive et accompagnement scientifique.

Une poignée d’athlètes extrêmement bien accompagnés coûterait probablement beaucoup moins cher qu’une infrastructure footballistique lourde.

Et quelle vitrine pour le pays si un Marocain montait un jour sur un podium olympique de surf.

Skateboard et BMX : parler directement à la jeunesse

Deuxième piste : les sports urbains.

À première vue, voir le Maroc investir dans le skateboard pourrait sembler anecdotique. Pourtant, quelque chose est déjà en train de se structurer.

En avril 2026, la Fédération Royale Marocaine des Sports Urbains et Sports Similaires, en collaboration avec le Comité national olympique marocain, a organisé à Mohammedia une formation certifiante pour entraîneurs de skateboard. Vingt et un participants venus de plusieurs villes marocaines y ont participé, dans le cadre du système international de World Skate. (CNOM)

Le BMX, lui, figure déjà parmi les disciplines encadrées par la Fédération Royale Marocaine de Cyclisme. (CNOM)

Voilà deux sports particulièrement intéressants.

Ils nécessitent des infrastructures relativement compactes, peuvent se développer dans les grandes villes et parlent directement aux adolescents et aux jeunes adultes.

Le CIO lui-même pousse ces disciplines. Pour la route vers Los Angeles 2028, les nouvelles Olympic Q-Series doivent notamment intégrer skateboard, BMX freestyle, escalade et flag football. (IOC Newsroom)

Ce ne sont donc plus des curiosités périphériques. Ce sont des composantes de la nouvelle culture olympique.

L’escalade : un outsider particulièrement séduisant

Il existe ensuite une discipline qui correspond étonnamment bien à la géographie marocaine : l’escalade sportive.

Atlas, Rif, Todra : le Maroc possède déjà une culture de la montagne et des sites connus des grimpeurs.

Mais l’avantage le plus intéressant vient peut-être de l’épreuve de vitesse.

L’escalade de vitesse olympique est extrêmement standardisée : les concurrents gravissent un mur de 15 mètres suivant un parcours identique. (arXiv)

Cela change complètement l’équation.

Pour fabriquer un champion international, nul besoin de reproduire une montagne. Quelques centres très performants, des entraîneurs internationaux et une politique méthodique de détection pourraient suffire à constituer une école marocaine.

Ce serait un pari à dix ans, pas à deux ans.

Et pourquoi pas le squash ?

Le cas du squash est encore plus intéressant.

La discipline fera ses débuts olympiques à Los Angeles 2028. (IOC Newsroom)

Or les premières années d’une discipline olympique créent parfois une fenêtre stratégique : toutes les nations n’ont pas encore construit leurs programmes de détection et de haute performance.

Le Maroc pourrait profiter de cette période pour observer les catégories juniors, identifier quelques dizaines de jeunes prometteurs et leur donner accès très tôt au circuit international.

Cela ne garantit évidemment aucune médaille.

Mais c’est précisément ainsi que devrait fonctionner une politique sportive intelligente : multiplier les options plutôt que prédire les champions.

Le flag football - le vrai pari insolite :

Et puis il y a le pari presque expérimental : le flag football.

Cousin sans plaquage du football américain, il fera également ses débuts olympiques à Los Angeles.

Le Maroc n’a évidemment aucune tradition majeure dans cette discipline.

Mais c’est justement ce qui rend la question intéressante.

Lorsqu’un sport international est jeune, l’écart entre les nations peut parfois être construit beaucoup plus rapidement que dans le football, le tennis ou la natation, où un siècle d’infrastructures sépare certains pays.

On pourrait donc imaginer un programme pilote dans quelques établissements scolaires et universitaires, sans prétendre immédiatement fabriquer des médaillés.

Si cela fonctionne, on accélère. Sinon, on arrête.

La politique sportive devrait aussi savoir expérimenter.

Créer un « laboratoire olympique marocain ». C’est peut-être là que devrait se situer la véritable innovation.

Plutôt que de choisir arbitrairement dix nouvelles fédérations auxquelles distribuer des budgets, le Maroc pourrait créer un programme national de conquête olympique des disciplines émergentes.

Une structure légère sélectionnerait quatre ou cinq sports selon des critères précis : coût de développement, densité de la concurrence mondiale, potentiel marocain, nombre de médailles disponibles, âge moyen des champions, infrastructures nécessaires et compatibilité avec la jeunesse marocaine.

Chaque discipline recevrait un financement expérimental pendant quatre ans.

Avec des objectifs mesurables.

Nombre de licenciés. Résultats africains. Classements mondiaux juniors. Qualifications olympiques.

Les disciplines qui progressent seraient davantage financées. Les autres laisseraient leur place à de nouveaux paris.

Autrement dit : appliquer au sport une logique de portefeuille d’investissement.

Une médaille olympique produit beaucoup plus qu’une médaille

L’enjeu dépasse d’ailleurs largement le classement olympique.

Imaginez un instant un champion marocain de skateboard, une championne d’escalade, un médaillé de surf ou une équipe nationale de flag football atteignant les Jeux.

Les images circuleraient partout. Elles raconteraient un Maroc différent : jeune, inattendu, urbain, maritime, créatif.

La diplomatie sportive fonctionne aussi ainsi.

Le football restera naturellement la locomotive du sport marocain. Personne ne suggère de lui retirer ce rôle.

Mais une locomotive n’interdit pas d’accrocher quelques wagons audacieux.

Le Maroc a beaucoup investi pour devenir une puissance footballistique. Il pourrait maintenant consacrer une fraction de cette énergie à devenir la nation africaine qui repère avant les autres les sports olympiques de demain.

Dans la compétition internationale comme dans l’économie, les meilleures opportunités ne se trouvent pas toujours sur les marchés où tout le monde se précipite.

Parfois, il suffit simplement d’arriver avant les autres.

Par Adnane Benchakroun.




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