Istiqlal : sortir le milieu rural du sous-emploi silencieux


Bonne nouvelle : le chômage baisse dans les campagnes marocaines. Mauvaise nouvelle : c'est surtout parce que les jeunes ruraux arrêtent de chercher du travail. L'Istiqlal veut inverser la tendance, sans faire du village un point de passage vers la ville.



Le sous-emploi, la face cachée des statistiques

Un chiffre bas peut mentir. Le taux de chômage rural ? 6,6 % en 2025, deux fois moins qu'en ville, selon le HCP. De quoi se réjouir ? Pas vraiment.

Dans le même temps, 13,2 % des actifs ruraux sont en sous-emploi,  contre 9,6 % en milieu urbain.

Traduction : moins de gens cherchent du travail au village, pas parce qu'ils en trouvent, mais parce qu'ils arrêtent de chercher, ou se contentent de miettes. C'est ce trou noir statistique que le programme de l'Istiqlal vise droit dans les yeux.

Entreprendre sans faire ses valises

Coopératives, auto-entrepreneuriat, économie sociale et solidaire : le programme mise sur des dispositifs territoriaux taillés pour les jeunes et les femmes du monde rural, l'artisanat traditionnel et les produits agricoles locaux.

Financement simplifié, formation, encadrement technique, l'objectif est clair : que monter un projet ne soit plus réservé à ceux qui ont déjà quitté leur région.

Un plan national de développement des coopératives et des groupements d'intérêt économique viendrait épauler la démarche, avec des partenariats entre universités, État, région et secteur privé, région par région.

Vendre au juste prix, pas au prix du gros anonyme

À quoi bon produire de l'huile d'argan ou du safran si c'est pour le vendre à perte, sans nom, sans étiquette ?

L'Istiqlal veut lancer des marques commerciales régionales pour chaque territoire, avec un vrai soutien marketing, ici comme à l'international.

Une manière de faire remonter la valeur vers ceux qui produisent, plutôt que de la laisser filer aux intermédiaires.

Construire chez soi, sans naviguer dans le flou juridique

C'est le nerf de la guerre pour des milliers de familles rurales : bâtir sa maison, légalement, sans que ça devienne un parcours d'obstacles.

Une loi spécifique à l'urbanisme rural est promise, avec des documents d'urbanisme simplifiés pour tous les douars, une procédure permanente pour régulariser les constructions déjà debout, et un accompagnement pour les propriétaires de terres collectives ou non immatriculées, un vrai casse-tête administratif aujourd'hui.

Le soutien financier au logement s'étendrait à l'auto-construction, avec des plans-types gratuits pensés pour résister aux séismes et aux aléas climatiques, et un guichet unique communal où le silence de l'administration vaudrait accord, passé un délai fixé.

Partir, oui, mais pas pour de bon

Formation, concours, recherche d'un poste : parfois, il faut quitter sa région, ne serait-ce qu'un temps.

Le programme « Bidaya » prévoit une prise en charge partielle du transport et de l'hébergement temporaire pour ces jeunes-là, avec une plateforme nationale pour suivre les demandes.

L'idée n'est pas d'empêcher de bouger, mais d'éviter que la mobilité forcée ne se transforme en exil définitif faute de moyens.

Une école qui ne laisse personne au bord de la route

Rien ne tient sans une école à niveau. Le programme prévoit une mise à niveau exceptionnelle des établissements du monde rural, des zones montagneuses et des oasis : infrastructures, connexion internet, logement pour les enseignants, transport scolaire, avec une priorité donnée aux villages où l'abandon scolaire frappe le plus fort.

Pour attirer les enseignants dans ces zones, une prime dédiée et une progression de carrière accélérée sont mises sur la table.

Rester au village ne devrait pas rimer avec renoncer. C'est le pari, assumé, de ce volet du programme de l'Istiqlal.



Samedi 12 Septembre 2026

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