La chronique plaide pour une stratégie lucide, tournée vers une solution politique durable et la relance du dialogue maghrébin.
Son idée centrale est claire : le Maroc doit transformer ses acquis en une perspective de paix durable. La disparition du dispositif onusien, telle qu’évoquée dans cette analyse, ne suffirait ni à résoudre le conflit ni à clore ses dimensions juridiques et internationales.
Le texte examine plusieurs choix stratégiques. Il recommande la prudence militaire à l’est du mur de défense, où le départ des observateurs pourrait accroître les risques d’incident. Il défend également le maintien d’une présence marocaine active dans les enceintes diplomatiques, notamment à la quatrième commission des Nations unies, afin d’expliquer le projet d’autonomie et d’en préciser les garanties.
L’auteur écarte aussi la tentation de relancer des revendications sur le Sahara oriental. Une telle démarche risquerait, selon lui, d’ouvrir un nouveau contentieux avec l’Algérie et d’affaiblir la cohérence de l’argumentation marocaine.
Enfin, cette chronique appelle à passer d’une diplomatie de défense à une diplomatie d’initiative, fondée sur un projet politique concret, la participation des populations concernées et le dialogue régional. Elle souligne que la rivalité entre Rabat et Alger pénalise les peuples du Maghreb. Son message privilégie ainsi la retenue, la crédibilité institutionnelle et la coopération pour inscrire les avancées diplomatiques dans un avenir régional plus stable et partagé.
La fin d’une mission ouvre une nouvelle séquence. Quel cap pour le Maroc ?
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Chronique — Regard sur le Monde
La fin de la mission des Nations unies ouvre une nouvelle séquence. Pour le Maroc, l’enjeu n’est plus seulement de défendre une position diplomatique, mais de transformer une évolution favorable en perspective politique durable.
La fin d’une mission des Nations unies ne signifie pas nécessairement la fin d’un conflit. Elle peut même ouvrir une période plus incertaine que celle qui l’a précédée.
La décision de ne pas renouveler le mandat de la MINURSO marque incontestablement un tournant dans le dossier du Sahara. Mais un tournant n’est pas une ligne d’arrivée. Il serait prématuré d’y voir le règlement définitif d’une question qui, depuis des décennies, mobilise les diplomaties, nourrit les tensions régionales et pèse sur les relations entre le Maroc et l’Algérie.
Je voudrais aborder ce moment avec le regard d’un citoyen marocain préoccupé par l’avenir de son pays et de sa région. Je ne prétends pas parler en géopoliticien. Je souhaite simplement poser quelques questions, examiner les choix qui s’offrent au Maroc et défendre une conviction : la prochaine étape exigera moins de réflexes que de vision, moins de démonstrations de force que d’intelligence stratégique.
Un tournant diplomatique, mais pas un règlement définitifRevenons d’abord aux faits. Le 30 octobre 2026, le Conseil de sécurité n’est pas parvenu à adopter les deux projets de résolution qui lui étaient soumis. Le texte américain a été bloqué par le veto russe. Le projet alternatif présenté par la Russie n’a pas obtenu les neuf voix nécessaires à son adoption, les États-Unis ayant voté contre. Il ne s’agit donc pas de deux vetos qui se seraient neutralisés, mais de deux textes successivement rejetés.
Le mandat de la MINURSO est arrivé à échéance le 31 octobre. La mission, présente depuis trente-cinq ans, entre désormais dans une phase de liquidation et de retrait de ses moyens. C’est un événement considérable. Mais il faut en mesurer exactement la portée : la fin du dispositif de maintien de la paix ne vaut pas, à elle seule, règlement politique du conflit ni reconnaissance juridique définitive de la souveraineté marocaine.
Il faut également éviter une autre confusion. Le dossier du Sahara n’a pas été formellement retiré de l’ordre du jour du Conseil de sécurité. La résolution 2797, adoptée en 2025, prévoyait que le Conseil demeure saisi de la question. La non-adoption d’un nouveau texte ne suffit pas à effacer cette disposition.
Le Maroc peut légitimement considérer cette évolution comme une étape importante. Il aurait tort, cependant, de la confondre avec une victoire définitive. La diplomatie ne se juge pas seulement à ce qu’elle obtient un jour, mais à ce qu’elle est capable de construire le lendemain.
À l’est du mur, la prudence doit rester de miseUne question mérite une attention particulière : que va-t-il se passer à l’est du mur de défense ?
La MINURSO y disposait de cinq sites d’observation, notamment à Bir Lahlou, Tifariti, Mehaires, Mijek et Agwanit. Leur rôle était de surveiller la situation sécuritaire et de contribuer à prévenir une escalade. Ils ne constituaient ni une administration territoriale ni une autorité exerçant une souveraineté.
Leur départ crée néanmoins une difficulté réelle : celle de la surveillance et de la prévention des incidents dans une zone déjà sensible, où les tensions n’ont pas disparu depuis la rupture du cessez-le-feu en 2020.
Le Maroc doit-il profiter de cette nouvelle configuration pour étendre sa présence militaire à l’est du mur ? Je ne le crois pas. Une initiative précipitée pourrait provoquer des affrontements, offrir à ses adversaires un nouvel argument diplomatique et fragiliser la position que le Royaume a patiemment construite. L’absence d’observateurs des Nations unies ne transforme pas un territoire en espace sans règles ni conséquences.
La priorité devrait être de préserver la sécurité, d’éviter les incidents et de maintenir les moyens nécessaires à la défense du territoire. Si un dispositif international de vérification ou d'observation adapté devait être envisagé, le Maroc aurait intérêt à participer à sa définition plutôt qu'à laisser d'autres en fixer seuls les contours.
La fermeté n'exclut pas la retenue. Elle peut même en être la condition.
Ne désertons pas les enceintes diplomatiquesFaut-il, dans ces circonstances, continuer à participer aux travaux de la quatrième commission de l’Assemblée générale des Nations unies, chargée notamment des questions de décolonisation ?
Ma réponse est oui.
Certains pourraient considérer que cette instance ne présente plus d’intérêt au regard des évolutions enregistrées au Conseil de sécurité. Ce serait, à mon sens, une erreur. La quatrième commission demeure un lieu où le dossier du Sahara est débattu, où les délégations exposent leurs arguments et où se construit une partie de la perception internationale du conflit.
Certes, elle ne peut ni imposer un règlement ni se substituer au Conseil de sécurité. Mais la diplomatie ne se résume pas aux décisions contraignantes. Elle se joue aussi dans les espaces où se forment les opinions, où se nouent les alliances et où se gagnent, parfois patiemment, les soutiens.
Le Maroc ne doit pas y être seulement présent pour répondre aux interventions de ses adversaires. Il doit y porter une proposition lisible et convaincante. Expliquer le contenu de son plan d’autonomie, préciser les garanties institutionnelles envisagées, montrer comment les populations concernées pourraient participer à la gestion de leurs affaires et rendre compte des réalités économiques et sociales du territoire.
Il ne suffit plus d’affirmer que le plan d’autonomie constitue une solution crédible. Il faut en démontrer la faisabilité, les garanties et les perspectives. Une proposition politique gagne en force lorsqu’elle peut être examinée, discutée et comprise.
Le Sahara oriental : une réponse qui serait une erreurReste une idée que l’on entend parfois surgir dans le débat : le Maroc ne pourrait-il pas, en réaction aux positions algériennes, remettre sur la table la question du Sahara oriental, notamment les territoires de Tindouf et de Béchar ?
Je comprends la tentation de cette posture. Elle s'appuie sur une mémoire historique, sur des blessures anciennes et sur le sentiment que le Maroc devrait, lui aussi, disposer de moyens de pression. Mais une politique étrangère ne peut se construire sur le seul registre de la revanche.
Il existe aujourd’hui une réalité juridique qu’on ne peut ignorer : le Maroc et l’Algérie ont signé, le 15 juin 1972, une convention relative au tracé de leur frontière d’État, entrée en vigueur en 1989. Réouvrir unilatéralement la question territoriale sur cette base serait une initiative lourde de conséquences.
Surtout, elle risquerait de desservir les intérêts marocains. Comment défendre avec force le principe de l’intégrité territoriale tout en donnant le sentiment de vouloir ouvrir un nouveau contentieux frontalier ? L’Algérie disposerait alors d’un argument pour présenter le Maroc comme une puissance revendicatrice, tandis que le débat sur le Sahara occidental serait déplacé vers une confrontation territoriale plus vaste.
Il est possible de rappeler l’histoire sans en faire un programme de revendications. Le Maroc n’a aucun intérêt à ouvrir un deuxième front territorial. Sa priorité doit rester la recherche d’une solution durable au dossier du Sahara.
Passer de la défense à l’initiativeAu fond, la question qui se pose aujourd’hui au Maroc dépasse le seul avenir de la MINURSO. Elle concerne la manière dont le Royaume entend conduire la prochaine étape.
Pendant des années, notre diplomatie a dû défendre une position, répondre aux contestations et chercher à faire évoluer les rapports de force. Cette stratégie a produit des résultats qu’il serait injuste de minimiser. Mais les circonstances changent. Il faut désormais passer d’une diplomatie essentiellement défensive à une diplomatie de proposition.
Cela suppose de donner davantage de substance au projet d’autonomie, de renforcer sa crédibilité institutionnelle, d'associer les populations concernées à la réflexion sur leur avenir et de rendre plus visibles les bénéfices d'une solution politique. Cela suppose aussi de maintenir un dialogue avec les partenaires internationaux, même lorsque leurs positions ne coïncident pas avec les nôtres.
Enfin, il serait difficile d’imaginer un avenir serein pour cette région sans une évolution des relations entre Rabat et Alger. Les désaccords sont profonds, les blessures nombreuses et les discours souvent irréconciliables. Pourtant, le Maroc n’a jamais fermé la porte au dialogue. SM le Roi Mohammed VI n’a cessé de tendre la main aux dirigeants algériens, multipliant les appels à dépasser les différends, à renouer le dialogue et à ouvrir une nouvelle page dans les relations entre les deux pays. À plusieurs reprises, le Souverain a exprimé la volonté du Maroc de construire des relations fondées sur la confiance, le bon voisinage et la coopération, allant jusqu’à proposer un dialogue direct et sans conditions préalables. Cette main tendue, qui n’a pas toujours reçu l’écho espéré, demeure pourtant une invitation à sortir d’une impasse qui ne profite à personne.
Car les deux pays partagent une géographie, une histoire et des intérêts qui ne disparaîtront pas avec les crises politiques. Le Maghreb ne peut rester indéfiniment prisonnier d’une rivalité qui pénalise ses peuples, entrave les échanges et compromet ses perspectives de développement.
La fin de la MINURSO ne nous dispense donc pas de penser l’après. Elle nous y oblige.
Je crois que le Maroc a aujourd’hui l’occasion de franchir une nouvelle étape : ne pas se contenter de consolider les acquis diplomatiques, mais montrer sa capacité à construire une solution politique, à rassurer ses partenaires et à inscrire son action dans une perspective régionale.
Une victoire diplomatique n’a de véritable valeur que si elle prépare une paix durable. C’est peut-être là que se jouera le véritable enjeu du jour d’après.