Risque suicidaire au Maroc
C’est ce que révèle une étude menée auprès de 1.191 étudiants de l’Université Abdelmalek Essaâdi à Tétouan et publiée dans la revue scientifique Discover Public Health.
Des résultats qui mettent en lumière une réalité souvent ignorée sur les campus : la fragilité psychologique d’une partie de la jeunesse universitaire.
Une étude qui brise le silence
On parle souvent des taux de réussite, des concours, des débouchés professionnels ou encore du nombre d’inscrits dans les universités marocaines. Mais la santé mentale des étudiants reste un sujet largement absent du débat public.
L’étude réalisée à Tétouan apporte ainsi un éclairage inédit. Les chercheurs ont interrogé 1.191 étudiants issus de plusieurs établissements de l’Université Abdelmalek Essaâdi.
Leur objectif : évaluer l’existence d’un risque suicidaire et identifier les facteurs susceptibles de fragiliser les jeunes.
Le constat est frappant. Parmi les étudiants interrogés, 27% ont été dépistés positifs à un risque suicidaire au cours du mois précédant l’enquête. Cela représente 322 étudiants sur l’ensemble de l’échantillon.
Dans le détail, la majorité des cas relèvent d’un risque faible. Cependant, certains présentent des situations plus préoccupantes. Sept étudiants ont ainsi été classés dans la catégorie du risque élevé et ont été orientés vers une prise en charge psychiatrique.
Pression académique, violences et addictions
Derrière ces chiffres se cache une réalité complexe. Les étudiants concernés sont âgés en moyenne de 21 ans, une période souvent marquée par de nombreuses transitions : pression des études, inquiétudes liées à l’avenir professionnel, difficultés financières ou encore éloignement familial.
Les chercheurs ont également cherché à comprendre quels éléments étaient les plus fréquemment associés à ce risque.
La consommation de cannabis apparaît comme le facteur le plus fortement corrélé aux tendances suicidaires observées. Les antécédents psychiatriques familiaux figurent également parmi les facteurs identifiés.
L’étude met aussi en évidence l’impact des violences physiques et sexuelles sur la santé psychologique des étudiants. Des expériences parfois vécues dans le silence, mais dont les conséquences peuvent être profondes et durables.
Autre élément relevé : les étudiants célibataires semblaient davantage exposés au risque suicidaire que ceux vivant dans une relation stable.
Des campus encore peu armés face à la détresse psychologique
Cette enquête relance une question sensible : les universités marocaines disposent-elles des moyens nécessaires pour accompagner les étudiants en difficulté ?
Les dernières données consolidées disponibles remontent à 2019. À cette période, le Maroc comptait 30 centres médico-universitaires et 27 infirmeries pour répondre aux besoins de centaines de milliers d’étudiants.
Selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), plusieurs villes universitaires ne disposaient même pas de centres médico-universitaires malgré l’importance de leurs effectifs.
Certes, des Espaces Santé Jeunes existent dans plusieurs provinces et un plan d’action conjoint entre les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur a été lancé pour la période 2022-2026.
Mais sur le terrain, les besoins semblent évoluer plus vite que les dispositifs disponibles.
Pour de nombreux observateurs, la question n’est plus seulement de proposer des structures, mais surtout de détecter rapidement les situations à risque avant qu’elles ne s’aggravent.
Vers une meilleure prévention sur les campus
Face à ces constats, les auteurs de l’étude plaident pour un renforcement des actions de prévention dans les établissements d’enseignement supérieur.
Ils recommandent notamment la mise en place de dépistages réguliers et confidentiels, un accès facilité aux services de santé mentale, un accompagnement renforcé des victimes de violences ainsi qu’une meilleure orientation vers les structures spécialisées.
Au-delà des statistiques, cette étude rappelle que la réussite universitaire ne se mesure pas uniquement aux diplômes obtenus.
Derrière les amphithéâtres bondés et les examens de fin d’année se trouvent aussi des jeunes confrontés à des défis psychologiques parfois invisibles.
Un sujet qui gagne aujourd’hui en visibilité et qui pourrait devenir l’un des grands enjeux de la vie universitaire marocaine dans les années à venir.