Ces deux villes ne sont pas des territoires européens égarés sur la rive africaine de la Méditerranée.
Elles se trouvent sur le territoire marocain. La géographie interdit de les présenter comme les prolongements naturels de la péninsule Ibérique.
Sebta ne fut conquise par le Portugal qu’en 1415, avant de passer sous la couronne espagnole dans le contexte de l’union des couronnes ibériques. Après la séparation du Portugal, elle choisit de rester sous Philippe IV ; le traité de Lisbonne de 1668 consacra ensuite son appartenance à l’Espagne.
Melilia ne fut conquise par la Castille qu’en 1497. Dans les deux cas, la présence espagnole n’a donc rien d’immémorial : elle résulte d’une histoire d’expansion portugaise puis espagnole.
A partir du XIXe siècle, dans le cadre de la compétition coloniale européenne. L’Espagne occupa les îles Chafarinas en 1848, puis agressa le Maroc en 1859-1860.
Le traité de Tétouan imposera à celui-ci l’extension du territoire autour de Sebta et une compensation de guerre qui allait ruiner le pays et le mener droit vers le protectorat.
L’histoire des enclaves n’est donc pas celle d’une frontière européenne naturelle mais celle d’une puissance coloniale ayant progressivement consolidé des positions militaires et territoriales sur le territoire marocain.
Pour une question de mémoire, de dignité et de responsabilité historique, il faut également regarder du côté du Rif. Entre 1921 et 1927, il y eu l'épisode de guerre chimique au Rif impliquant l’Espagne.
Cette page reste largement absente du débat politique espagnol. Il est plus confortable de présenter le Maroc comme un voisin agressif que de reconnaître les violences de sa propre histoire impériale.
Sebta ne fut conquise par le Portugal qu’en 1415, avant de passer sous la couronne espagnole dans le contexte de l’union des couronnes ibériques. Après la séparation du Portugal, elle choisit de rester sous Philippe IV ; le traité de Lisbonne de 1668 consacra ensuite son appartenance à l’Espagne.
Melilia ne fut conquise par la Castille qu’en 1497. Dans les deux cas, la présence espagnole n’a donc rien d’immémorial : elle résulte d’une histoire d’expansion portugaise puis espagnole.
A partir du XIXe siècle, dans le cadre de la compétition coloniale européenne. L’Espagne occupa les îles Chafarinas en 1848, puis agressa le Maroc en 1859-1860.
Le traité de Tétouan imposera à celui-ci l’extension du territoire autour de Sebta et une compensation de guerre qui allait ruiner le pays et le mener droit vers le protectorat.
L’histoire des enclaves n’est donc pas celle d’une frontière européenne naturelle mais celle d’une puissance coloniale ayant progressivement consolidé des positions militaires et territoriales sur le territoire marocain.
Pour une question de mémoire, de dignité et de responsabilité historique, il faut également regarder du côté du Rif. Entre 1921 et 1927, il y eu l'épisode de guerre chimique au Rif impliquant l’Espagne.
Cette page reste largement absente du débat politique espagnol. Il est plus confortable de présenter le Maroc comme un voisin agressif que de reconnaître les violences de sa propre histoire impériale.
Autre paradoxe : en 1936, le soulèvement militaire contre la République espagnole commença notamment dans le nord du Maroc.
Les Regulares marocains par dizaines de milliers participèrent à la guerre civile espagnole au service de l’Espagne franquiste.
Cette réalité suffit à démentir les récits selon lesquels les Marocains auraient toujours été des étrangers menaçants pour l’Espagne. Ils ont versé leur sang sur le sol espagnol dans une guerre qui allait déterminer l’avenir politique du pays, une histoire que ceux qui insultent aujourd’hui le Maroc et les Marocains préfèrent oublier.
L’histoire dérange précisément parce qu’elle détruit les récits trop simples. L’autre mémoire oubliée est celle des milliers de républicains espagnols qui gagnèrent Tanger, Casablanca et d’autres villes marocaines.
Le Maroc n’était alors ni riche ni puissant, mais il les a accueillis avec générosité et humanisme.
Cette mémoire devrait empêcher toute lecture méprisante des relations entre les deux peuples. A cela s’ajoutent les expulsions de 1492 et de 1609-1614.
De nombreux Juifs séfarades et Morisques trouvèrent refuge au Maroc. L’histoire de l’Espagne est aussi celle d’un pays qui a expulsé une partie de ses populations juives et musulmanes vers l’autre rive de la Méditerranée, vers le Maroc.
Les relations hispano-marocaines ne se résument donc pas à l’histoire d’un peuple européen civilisé face à un voisin maure éternellement menaçant.
Elles sont faites de conflits, d’occupations, d’influences, d’exils, d’accueil et de brassage. La crise de Sebta est réelle et tragique. Elle doit être abordée avec sérieux, en examinant la migration, la sécurité, les réseaux de passeurs et les responsabilités de tous les acteurs.
Mais il faut aussi refuser son instrumentalisation politique. Transformer des migrants en preuve d’une prétendue volonté marocaine d’« envahir l’Espagne » relève davantage du fantasme identitaire que de l’analyse stratégique.
Cette obsession renvoie peut-être au souvenir des huit siècles de présence maure dans la péninsule, mais ce passé commun a aussi donné naissance à l’une des grandes civilisations de l’histoire dont l'Espagne et le monde profite au quotidien.
Cette réalité suffit à démentir les récits selon lesquels les Marocains auraient toujours été des étrangers menaçants pour l’Espagne. Ils ont versé leur sang sur le sol espagnol dans une guerre qui allait déterminer l’avenir politique du pays, une histoire que ceux qui insultent aujourd’hui le Maroc et les Marocains préfèrent oublier.
L’histoire dérange précisément parce qu’elle détruit les récits trop simples. L’autre mémoire oubliée est celle des milliers de républicains espagnols qui gagnèrent Tanger, Casablanca et d’autres villes marocaines.
Le Maroc n’était alors ni riche ni puissant, mais il les a accueillis avec générosité et humanisme.
Cette mémoire devrait empêcher toute lecture méprisante des relations entre les deux peuples. A cela s’ajoutent les expulsions de 1492 et de 1609-1614.
De nombreux Juifs séfarades et Morisques trouvèrent refuge au Maroc. L’histoire de l’Espagne est aussi celle d’un pays qui a expulsé une partie de ses populations juives et musulmanes vers l’autre rive de la Méditerranée, vers le Maroc.
Les relations hispano-marocaines ne se résument donc pas à l’histoire d’un peuple européen civilisé face à un voisin maure éternellement menaçant.
Elles sont faites de conflits, d’occupations, d’influences, d’exils, d’accueil et de brassage. La crise de Sebta est réelle et tragique. Elle doit être abordée avec sérieux, en examinant la migration, la sécurité, les réseaux de passeurs et les responsabilités de tous les acteurs.
Mais il faut aussi refuser son instrumentalisation politique. Transformer des migrants en preuve d’une prétendue volonté marocaine d’« envahir l’Espagne » relève davantage du fantasme identitaire que de l’analyse stratégique.
Cette obsession renvoie peut-être au souvenir des huit siècles de présence maure dans la péninsule, mais ce passé commun a aussi donné naissance à l’une des grandes civilisations de l’histoire dont l'Espagne et le monde profite au quotidien.
Un État est en droit de protéger ses frontières.
Lorsqu’il coopère avec son voisin à ce sujet, il doit également reconnaître cette coopération. Or l’Espagne ne peut pas entretenir avec le Maroc des relations économiques, sécuritaires et diplomatiques étroites tout en présentant ce même pays comme une menace existentielle.
C'est le paradoxe de Madrid : protéger Sebta et Melilia, maintenir une coopération maximale avec Rabat et continuer à considérer la question des enclaves comme définitivement réglée.
Ces trois positions deviennent de plus en plus difficiles à concilier voire logiquement intenables. Le Maroc n’est plus celui des premières années de l’indépendance. C’est un partenaire économique et sécuritaire majeur de l’Europe et, surtout, un voisin qui restera là. L’Espagne aussi.
La question n’est donc pas de savoir qui « gagnera » une confrontation, mais combien de temps Madrid pourra gérer une question historique du XXIe siècle avec les réflexes politiques du XIXe.
La question de Sebta et Melilia ne disparaîtra pas parce que l’Espagne refuse de la poser. Le Maroc les considère comme une question nationale ; l’Espagne les considère comme espagnoles.
Ces deux positions existent, et aucune polémique médiatique ne les effacera. La véritable question est celle du temps. Les frontières que l’on présente comme éternelles ne le sont jamais tout à fait.
L’histoire a connu la disparition d’empires, la décolonisation, la restitution de territoires et la transformation pacifique de frontières que l’on croyait immuables.
Madrid doit donc choisir entre une relation durablement fondée sur la méfiance, les crises migratoires et l’instrumentalisation électorale, et une relation stratégique avec le voisin immédiat dont dépend une partie de la sécurité de la frontière sud de l’Europe.
C'est le paradoxe de Madrid : protéger Sebta et Melilia, maintenir une coopération maximale avec Rabat et continuer à considérer la question des enclaves comme définitivement réglée.
Ces trois positions deviennent de plus en plus difficiles à concilier voire logiquement intenables. Le Maroc n’est plus celui des premières années de l’indépendance. C’est un partenaire économique et sécuritaire majeur de l’Europe et, surtout, un voisin qui restera là. L’Espagne aussi.
La question n’est donc pas de savoir qui « gagnera » une confrontation, mais combien de temps Madrid pourra gérer une question historique du XXIe siècle avec les réflexes politiques du XIXe.
La question de Sebta et Melilia ne disparaîtra pas parce que l’Espagne refuse de la poser. Le Maroc les considère comme une question nationale ; l’Espagne les considère comme espagnoles.
Ces deux positions existent, et aucune polémique médiatique ne les effacera. La véritable question est celle du temps. Les frontières que l’on présente comme éternelles ne le sont jamais tout à fait.
L’histoire a connu la disparition d’empires, la décolonisation, la restitution de territoires et la transformation pacifique de frontières que l’on croyait immuables.
Madrid doit donc choisir entre une relation durablement fondée sur la méfiance, les crises migratoires et l’instrumentalisation électorale, et une relation stratégique avec le voisin immédiat dont dépend une partie de la sécurité de la frontière sud de l’Europe.
Le pragmatisme devrait conduire l’Espagne à sortir de la nostalgie impériale.
Sebta et Melilia peuvent être espagnoles aujourd’hui ; cela ne signifie pas que leur statut soit soustrait à l’histoire. L’Espagne du XXIe siècle devrait être assez sûre d’elle-même pour ne pas transformer deux enclaves marocaines en symboles d’une grandeur impériale révolue.
Elle pourrait au contraire ouvrir avec le Maroc une réflexion historique et politique sur leur avenir, sans menace, sans insulte ni nationalisme exacerbé. Car Sebta et Melilia ne sont pas seulement deux villes espagnoles.
Ce sont aussi deux questions marocaines, sur le sol marocain. Les questions historiques que l’on refuse de traiter ne disparaissent jamais. Elles attendent simplement.
Par Aziz Daouda/Bluwr.com
Elle pourrait au contraire ouvrir avec le Maroc une réflexion historique et politique sur leur avenir, sans menace, sans insulte ni nationalisme exacerbé. Car Sebta et Melilia ne sont pas seulement deux villes espagnoles.
Ce sont aussi deux questions marocaines, sur le sol marocain. Les questions historiques que l’on refuse de traiter ne disparaissent jamais. Elles attendent simplement.
Par Aziz Daouda/Bluwr.com