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L’Atelier de l’écrivain : Nos écrivains ont-ils leur place à l’université ?



Rida Lamrini plaide dans cette Chronique n° 6 pour une présence plus visible des œuvres marocaines contemporaines dans la recherche et l’enseignement supérieur.

À partir de l’étude qu’Abdelhalim Ziti a consacrée à son roman Aux portes des étoiles, il montre comment le dialogue entre création littéraire et recherche peut prolonger la vie d’un livre, sans renoncer à la liberté critique.

Chronique n° 6 — Nos écrivains ont-ils leur place à l’université ?
L’Atelier de l’écrivain · L’ODJ.ma · Chronique n° 6

Nos écrivains ont-ils leur place à l’université ?

La littérature marocaine contemporaine à l’épreuve de la transmission

Un écrivain et une étudiante échangent autour d’un livre dans une bibliothèque marocaine

Un roman paraît, trouve ses lecteurs, rejoint les librairies. Parfois, il poursuit sa route dans une salle de cours, entre les mains d’un étudiant ou sous le regard d’un chercheur. Il devient alors autre chose qu’un livre à lire : un objet de réflexion et de débat.

Cette rencontre entre littérature et université m’inspire une question qui dépasse le parcours d’un écrivain ou le destin d’un roman : quelle place faisons-nous, dans nos établissements d’enseignement supérieur, aux œuvres marocaines contemporaines ?

Faire entrer notre époque dans les salles de cours

Un roman ne remplace ni un ouvrage d’histoire ni une enquête sociologique. Il possède pourtant une force singulière : donner chair aux réalités humaines. Là où les statistiques décrivent des phénomènes, la fiction fait entendre des voix, révèle des contradictions et donne un visage aux espoirs comme aux blessures d’une société.

Nos écrivains racontent un Maroc qui change : ses villes et ses campagnes, ses fractures, ses promesses, ses héritages et ses aspirations. Leurs œuvres constituent autant de traces de notre époque. Les lire à l’université, c’est offrir aux étudiants d’autres clés pour comprendre leur société, exercer leur esprit critique et confronter des points de vue.

Une société qui ne lit que son passé risque de ne pas entendre les voix qui racontent son présent.

Il serait injuste d’affirmer que nos universités ignorent la littérature marocaine. Des enseignants et des chercheurs étudient nos auteurs ; des revues publient leurs analyses ; des formations proposent des enseignements littéraires. Ces passerelles existent, mais elles gagneraient à être plus visibles et à s’ouvrir davantage aux créations de notre temps.

Pourquoi faudrait-il attendre qu’un écrivain contemporain soit consacré par le temps pour que son œuvre retienne l’attention de la recherche ? Étudier un roman récent ne revient pas à lui attribuer une valeur définitive. L’université n’a pas à distribuer des certificats de postérité : elle a pour mission de questionner, comparer, discuter et parfois contester. C’est précisément cette liberté qui rend l’étude d’une œuvre féconde.

Quand le chercheur ouvre une autre porte

J’en ai fait l’expérience avec Abdelhalim Ziti, chercheur à l’Université Hassan II de Casablanca, qui a consacré une étude à mon roman Aux portes des étoiles . Publiée dans la Revue Internationale du Chercheur , son analyse examine notamment les représentations du drame individuel et les rapports entre mythe et réalité.

Lire l’étude dans son intégralité

L’étude d’Abdelhalim Ziti consacrée à Aux portes des étoiles est consultable en PDF depuis mon site officiel.

Télécharger l’étude (PDF) depuis mon site

Le chercheur ne se contente pas de résumer l’intrigue ou de reprendre les intentions de l’auteur. Il interroge la construction du récit, les personnages et les symboles ; il propose une lecture qui lui appartient. L’écrivain peut alors découvrir son propre texte sous un jour nouveau, éclairé par des correspondances ou des significations qu’il n’avait pas envisagées.

Le roman échappe ainsi à son créateur pour entrer dans un espace partagé. Il devient matière à interprétation et à connaissance. C’est une manière de prolonger sa vie au-delà de sa dernière page.

Il ne s’agit pas de demander à l’université de consacrer les écrivains, mais de regarder davantage ce qui se crée sous ses yeux.

Un dialogue, pas une opération de promotion

Ces rencontres pourraient être plus fréquentes : travaux d’étudiants sur des romans marocains contemporains, échanges avec leurs auteurs, conférences ouvertes, circulation des recherches universitaires au-delà des revues spécialisées. Chacun aurait à y gagner. L’écrivain partagerait son expérience de création ; le chercheur approfondirait les lectures ; l’enseignant accompagnerait la réflexion ; l’étudiant confronterait le texte à sa propre expérience.

Cette ouverture ne doit jamais devenir une opération de promotion. Un écrivain invité doit pouvoir être questionné, un roman étudié doit pouvoir être critiqué. L’indépendance de l’université et la liberté du débat sont essentielles. Il ne s’agit pas non plus d’inscrire tous les livres aux programmes, mais de permettre aux œuvres qui le méritent, quelles que soient leur langue et leur date de publication, de nourrir la recherche, l’enseignement et le débat culturel.

Transmettre aussi le présent

Le patrimoine littéraire ne se limite pas aux œuvres que le temps a consacrées. Il se construit aussi par la lecture attentive des créations d’aujourd’hui. Préserver les textes du passé est indispensable ; faire connaître ceux qui racontent notre présent l’est tout autant.

Je remercie Abdelhalim Ziti pour le travail consacré à Aux portes des étoiles . Son étude me touche comme écrivain, mais elle rappelle surtout ce que peut produire le dialogue entre création et recherche. Je souhaite que ces expériences se multiplient et que les étudiants puissent lire, discuter et contester davantage les œuvres marocaines de leur temps — non pour célébrer leurs auteurs, mais pour mieux comprendre la société dans laquelle ils vivent.

Car un livre ne s’arrête pas à sa dernière page. Il continue de vivre chaque fois qu’un lecteur s’en empare, qu’un enseignant le transmet ou qu’un chercheur lui pose de nouvelles questions.

Et si l’université était aussi l’un des lieux où notre littérature apprend à devenir mémoire ?

Rida Lamrini

Pour prolonger la réflexion

Lire l’article consacré à cette question sur le blog de Rida Lamrini : Nos écrivains ont-ils leur place à l’université ?

Consulter l’étude d’Abdelhalim Ziti : publication originale dans la Revue Internationale du Chercheur .


Vendredi 30 Octobre 2026


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