À Setti-Fadma, une école suspendue entre ciel et montagne accueille des enfants, des artistes et une étonnante leçon d’humanité.
Il existe des endroits qui semblent échapper aux lois ordinaires du monde. Des lieux où le temps ralentit, où les montagnes parlent encore aux hommes et où la solidarité prend la forme d’un toit, d’un sourire ou d’une marche d’escalier.
Le Complexe Pédagogique Rural d’Aghbalou, niché au cœur de Setti-Fadma dans le Haut Atlas, appartient à cette catégorie rare.
Pour y parvenir, il faut accepter de quitter les routes habituelles. La montagne se referme progressivement autour du visiteur. Les vallées s’étirent à perte de vue, les cultures en terrasses dessinent des géométries improbables et les torrents poursuivent leur course millénaire entre les rochers. Puis, soudain, apparaît le complexe.
Accroché à la pente comme s’il avait toujours fait partie du paysage, l’établissement semble avoir poussé naturellement entre les arbres et les falaises. Rien d’ostentatoire. Rien de spectaculaire au premier regard. Pourtant, quelques minutes suffisent pour comprendre que l’on pénètre dans un lieu hors du commun.
Ici, tout se joue dans les escaliers.
Des centaines de marches relient bâtiments, dortoirs, salles de classe et espaces de vie. Une véritable petite cité verticale où circulent chaque jour des enfants venus des villages les plus reculés de la région. Certains parcourent des distances qui, ailleurs, décourageraient les plus déterminés.
Mais à Aghbalou, l’effort semble se transformer en énergie.
À chaque rencontre, un sourire. À chaque détour, une attention délicate. Une phrase revient comme un refrain : « Puis-je vous aider ? »
Cette simplicité désarmante constitue sans doute le plus beau trésor du complexe.
L’histoire du lieu ressemble d’ailleurs à un conte moderne. Tout est parti d’une femme qui refusa d’accepter qu’une montagne puisse condamner des enfants à l’ignorance. Elle ouvrit sa maison. Puis une autre pièce. Puis davantage encore. Ce geste de solidarité est devenu au fil des années une institution éducative portée aujourd’hui par l’Association Avenir Toubkal, qui accueille, héberge et accompagne des centaines d’élèves.
Mais ce mois de juin, la montagne a connu une animation particulière.
Pendant trois jours, Aghbalou s’est transformé en véritable laboratoire de création à ciel ouvert. Une centaine d’artistes venus de différents horizons ont investi les lieux à l’occasion d’une résidence artistique internationale organisée sous l’impulsion d’Aziz Bouifraden. Peintres, photographes, plasticiens et créateurs de toutes sensibilités ont posé leurs chevalets et leurs rêves au milieu des sommets.
Les salles de classe sont devenues des ateliers. Les terrasses se sont transformées en galeries improvisées. Les couloirs ont accueilli des discussions passionnées sur la création, la beauté et l’imaginaire.
Face à eux, les enfants observaient.
Ils regardaient les gestes, interrogeaient les artistes, découvraient les couleurs et les techniques. Un dialogue discret s’est installé, sans programme officiel ni discours savant. Une rencontre authentique entre ceux qui créent et ceux qui apprennent.
L’événement possède également une dimension profondément humaine.
Le complexe porte encore les cicatrices du séisme d’Al Haouz de 2023. Certaines infrastructures attendent toujours d’être restaurées. Cette résidence artistique vise aussi à mobiliser des ressources et des soutiens pour poursuivre la reconstruction. Une manière élégante de transformer l’art en solidarité concrète.
Pourtant, réduire cette aventure à une simple opération de soutien serait passer à côté de l’essentiel.
Ce qui frappe à Aghbalou, ce n’est pas seulement la beauté du paysage ni même la générosité du projet. C’est cette impression rare de découvrir un endroit où les mots « éducation », « culture » et « partage » conservent leur sens le plus pur.
Dans un monde souvent dominé par la vitesse, le bruit et les écrans, Aghbalou offre une parenthèse inattendue. Un lieu où la montagne ne sépare plus mais rassemble. Un lieu où l’art ne sert pas à décorer les murs mais à ouvrir les horizons.
Et lorsqu’on redescend enfin les marches de ce village-école suspendu dans les hauteurs du Haut Atlas, on emporte avec soi une étrange certitude : le paradis n’est peut-être pas toujours là où l’on croit.
Parfois, il se cache simplement au détour d’un sentier de montagne, dans le sourire d’un enfant qui vous demande, avec une sincérité bouleversante :
« Puis-je vous aider ? »












L'accueil




Je proteste. Je me révolte.











