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Alerte générale : la Physical AI annonce-t-elle la fin programmée des avantages comparatifs ?

Quand le coût du travail cesse d’être le moteur de la compétitivité mondiale


Rédigé par le Mercredi 7 Janvier 2026

De la mondialisation par les salaires à la mondialisation par la technologie



Physical AI : l’automatisation intelligente comme nouveau facteur de localisation industrielle et relocaliser sans réindustrialiser l’emploi : le grand paradoxe à venir

Pendant des décennies, l’économie mondiale a reposé sur un principe simple, presque mécanique : produire là où le travail est abondant, moins cher, plus flexible. Les pays en développement, Maroc en tête, ont bâti leur industrialisation sur ces avantages comparatifs classiques : coûts salariaux maîtrisés, charges sociales plus faibles, main-d’œuvre jeune, proximité logistique avec l’Europe. Ce modèle, déjà fragilisé par les crises successives, pourrait entrer dans une zone de turbulence durable avec l’irruption de la Physical AI.

L’annonce de NVIDIA au CES 2026 n’est pas un simple jalon technologique. Elle agit comme un signal faible devenu soudain très fort : l’automatisation intelligente n’est plus théorique, elle devient industrialisable à grande échelle. Et quand l’IA ne se contente plus d’assister mais remplace, exécute, apprend et optimise dans le monde réel, toute la géographie économique mondiale est remise en question.

Quand le coût du travail cesse d’être central

La promesse de la Physical AI est radicale : des robots, des usines et des systèmes autonomes capables de fonctionner vingt-quatre heures sur vingt-quatre, avec une précision constante, sans fatigue, sans revendications sociales et avec des coûts marginaux décroissants. Dans ce contexte, le coût du travail humain perd progressivement son rôle structurant.

Ce basculement est majeur. Si produire avec des robots intelligents devient économiquement plus rationnel que produire avec une main-d’œuvre bon marché, alors la logique des délocalisations change de nature. On ne délocalise plus vers le Sud pour réduire les coûts. On relocalise près des marchés, des centres de décision et des hubs technologiques, là où l’énergie, les données et le capital sont disponibles.

Autrement dit, la Physical AI ne menace pas seulement certains emplois. Elle menace un modèle entier de compétitivité fondé sur le différentiel salarial.

La fin de la “mondialisation par les salaires” ?

Depuis les années 1990, la mondialisation industrielle a été largement tirée par la recherche d’arbitrages sociaux. Aujourd’hui, une nouvelle variable s’impose : la capacité d’automatisation intelligente. À très moyen terme, ce sont les pays capables d’intégrer rapidement la robotique avancée, la simulation physique et l’IA embarquée qui capteront la valeur.

Dans ce scénario, la question n’est plus : “où le travail est-il le moins cher ?” mais “où l’écosystème technologique est-il le plus robuste ?”. Cela inclut l’accès à des plateformes comme celles de NVIDIA, la disponibilité de talents hybrides (ingénieurs, data scientists, automaticiens), la stabilité énergétique et la capacité réglementaire à absorber ces transformations.

Les pays développés y voient une opportunité stratégique : réindustrialiser sans recréer les contraintes sociales du passé. Les pays en développement, eux, font face à un dilemme inédit.

Maroc : entre opportunité tardive et risque de décrochage

Le cas du Maroc est emblématique. Le Royaume a réussi, en vingt ans, à s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales de l’automobile, de l’aéronautique, de l’électronique ou du textile technique. Cette réussite repose sur un équilibre fragile : compétitivité des coûts, stabilité politique, infrastructures modernes et proximité géographique avec l’Europe.

Mais que se passe-t-il si les usines de demain n’ont plus besoin de milliers d’opérateurs, mais de quelques dizaines d’ingénieurs et de robots humanoïdes standardisés ? Que devient l’argument de la main-d’œuvre abondante ? Que devient la promesse d’emplois industriels massifs ?

À très moyen terme, le risque est clair : une industrialisation sans emploi, ou pire, une désindustrialisation par obsolescence du modèle actuel. Les investissements pourraient se déplacer vers des pays déjà technologiquement matures, non pas pour des raisons sociales, mais pour des raisons d’efficacité systémique.

La relocalisation… sans retour de l’emploi

La Physical AI introduit une nuance souvent ignorée dans le débat public : la relocalisation n’implique pas nécessairement la recréation d’emplois industriels. Une usine automatisée en Europe ou en Amérique du Nord peut produire plus, plus vite, avec moins de personnel qu’une usine classique délocalisée.

Ce scénario est redoutable pour les économies émergentes. Il signifie que le jeu n’est plus à somme positive. Les gains de productivité ne se traduisent pas automatiquement par des gains d’emploi ou de revenus locaux. Ils se concentrent là où se trouvent la propriété intellectuelle, les plateformes et les standards.

Vers un nouvel avantage comparatif ?

Faut-il pour autant céder au fatalisme ? Non, mais l’urgence est réelle. La Physical AI impose de repenser la notion même d’avantage comparatif. Demain, les pays qui tireront leur épingle du jeu ne seront pas ceux où le travail est le moins cher, mais ceux où l’IA est la mieux intégrée au tissu productif.

Pour le Maroc, cela suppose un changement de logiciel stratégique : investir massivement dans la formation technologique, l’ingénierie, la maintenance robotique, la simulation industrielle, la cybersécurité des systèmes autonomes. Il s’agit moins de “produire à bas coût” que de “co-produire intelligemment” avec les grandes plateformes mondiales.

Une bataille de souveraineté économique

Derrière la Physical AI se joue aussi une bataille de souveraineté. NVIDIA, et quelques autres acteurs globaux, deviennent les architectes de l’économie automatisée. Dépendre entièrement de ces infrastructures sans capacité locale d’adaptation, c’est accepter une nouvelle forme de dépendance, plus silencieuse mais plus structurante.

L’alerte est donc générale. La Physical AI ne signe pas la fin de l’industrie dans les pays en développement, mais la fin d’un certain type d’industrialisation. À très moyen terme, ceux qui n’auront pas anticipé ce basculement risquent de découvrir que leurs avantages comparatifs… ne comparent plus rien du tout.

La révolution de la Physical AI n’est ni abstraite ni lointaine. Elle est déjà en marche, silencieuse, méthodique, implacable. Elle ne supprime pas seulement des emplois, elle rebat les cartes de la compétitivité mondiale et rend caducs des modèles économiques entiers. Face à ce basculement, l’ignorance n’est plus une excuse, et l’attentisme devient une faute stratégique. La vraie ligne de fracture n’oppose plus pays riches et pays pauvres, mais économies qui anticipent et économies qui subissent. La question n’est donc plus de savoir si le monde change, mais qui a compris et qui préfère encore ne pas comprendre.

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Mercredi 7 Janvier 2026


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