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Attention, les libertariens arrivent


Les temps sont durs pour le partenariat conservateur-libertarien qui a caractérisé la politique américaine de centre-droit dans la seconde moitié du XXe siècle. Il traverse actuellement des moments difficiles.



Par Gabriel Banon

Attention, les libertariens arrivent
On a suivi récemment en Amérique avec attention, la montée du post-libéralisme. C’est que les populistes de droite, les nationalistes et les intégristes catholiques ont adopté pleinement un gouvernement musclé, comme force du bien. Mais rien ne vient confirmer que la majorité des conservateurs américains partagent une telle affinité pour l’État.   En réalité, lorsque les conservateurs rejettent le libertarianisme, c’est du fait des associations culturelles que le mot a pour eux.

Mais qu’est-ce que le libertarianisme ?  C’est une philosophie politique appelée aussi libertarisme, qu’il ne faut pas confondre avec libertaire.

C’est un mouvement qui s’est développée aux États-Unis et dans quelques pays anglo-saxons.  Pour eux, une société juste est une société dont les institutions respectent et protègent la liberté de chaque individu d’exercer son plein droit de propriété sur lui-même ainsi que les droits de propriété qu’il a légitimement acquis. Ils prônent la liberté individuelle comme droit naturel, une valeur fondamentale des rapports sociaux, des échanges économiques et surtout du système politique.

Ces partisans sont favorables à une réduction, voire à la disparition de l’Etat, car ils lui reprochent d’être fondé sur la coercition. Ils priorisent la coopération libre et volontaire entre les individus, laissant à l’Etat uniquement les fonctions régaliennes.

Robert Nozick (1938-2002) et Murray Rothbard (1926-1995) sont parmi les principaux auteurs nourrissant cette doctrine.

Ces conservateurs croient ouvertement en Dieu et font étalage de leur foi, bien plus que beaucoup d’autres groupes idéologiques. C’est un élément important de leur vie que d’être fiers de la grandeur américaine. 

Le libertarianisme bien compris n’a pas d’engagements culturels, mais est disposé à en parler. Murray Rothbard sur ce sujet, écrit en 1981 que « le libertarianisme est strictement une philosophie politique, limitée à ce que devrait être l’usage de la violence dans la vie sociale ». En tant que tel, ajoutait-il, il n’est pas équipé pour prendre une position ou une autre, sur la moralité ou la vertu personnelles.

Mais le libertarianisme abrite de nombreux adhérents dont la compréhension de soi va bien au-delà de celle de Rothbard. La meute indisciplinée qui se trouve sous cette appellation, pose la question que Rothbard soulève : « la liberté individuelle est-elle simplement le principe politique le plus élevé, la raison d’être de l’État, ou est-elle une étoile polaire philosophique qui permet d’orienter tous les aspects de notre vie ? Appelons les deux groupes « libertariens politiques » et « libertariens complets ».

Mais que deviennent les « libertariens de style de vie » ? Ceux qui mettent au-dessus de tout, la liberté dans leurs vies privées, mais disent, en même temps que l’État peut donner la priorité à d’autres biens – l’égalité, par exemple, ou la sécurité – avant la liberté ? Ce sont alors en réalité des libertins. 

Dans un ouvrage de 2015 qui suscite la réflexion, le théoricien politique de l’Université McGill Jacob T. Levy, dans son ouvrage paru en 2015 qui appelle à la réflexion, a établi une distinction entre deux tendances de la tradition libérale. Le pluralisme exige la liberté des individus de former des associations qui vont ensuite façonner – voire contraindre – leurs vies de diverses manières.

Le rationalisme, quant à lui, se préoccupe de la protection de la liberté individuelle. John Stuart Mill pourrait être le saint patron du libéralisme rationaliste. Son ouvrage On Liberty, écrit Levy, « vise à défendre l’individualité, et non pas simplement – ni même principalement – la liberté formelle face à la réglementation de l’État ». 

Il n’est pas rare d’entendre dans les cercles libertariens que, même si une entité privée a légalement le droit de se comporter d’une certaine manière, nous avons l’obligation d’utiliser nos pouvoirs non étatiques pour nous y opposer. Pour les libertariens complets, il ne suffit pas que l’État autorise les drogues, le mariage homosexuel ou la musique aux paroles explicites ; nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour garantir que les nouvelles formes d’expression créative et les expériences de vie soient acceptées, voire célébrées, au niveau culturel. 

Dans cette perspective, la liberté de style de vie est une composante du libertarianisme au même titre que la liberté politique. 

De nombreux libertariens considèrent que leur vision politique du monde s’inscrit dans une philosophie morale plus large que leurs collègues libertariens devraient partager, mais ils ne sont pas tous d’accord sur la nature de cette philosophie globale.

Le libertarianisme de vertu, reconnaît « le devoir de respecter notre propre nature morale et de promouvoir son développement chez les autres en proportion de la responsabilité que nous avons envers eux », selon un essai de 2016 des politologues William Ruger et Jason Sorens. « Dans certains cas, cela signifie fournir l’approbation et la désapprobation de certains choix afin de favoriser une culture compatible avec l’épanouissement humain et une société libre. »

Il est clair que les libertariens complets et les libertariens vertueux ont tous deux une vision du monde dans laquelle les engagements politiques et non politiques sont regroupés. 

Pour les libertariens complets, comme nous l’avons vu, une bonne société est une société dans laquelle chacun est libre au maximum d’être ce qu’il veut être, en poursuivant ce que la vie bonne signifie pour lui : vivre pleinement dans la dignité. Le fait que les femmes d’aujourd’hui puissent choisir parmi un éventail d’opportunités professionnelles bien plus large que celui auquel elles avaient accès autrefois, fait de cette société une société plus libre, et aussi une société meilleure.

Les bons libertariens, savent qu’il ne faut pas demander à l’État de résoudre les problèmes personnels. Une bonne société est simplement une société libre et une bonne vie est simplement une vie libre. Une plus grande liberté par rapport à la force et à la fraude est toujours une chose positive. Une plus grande liberté vis-à-vis des contraintes culturelles peut ne pas l’être.

 Pour les libertariens, la religion est sans doute l’archétype des atteintes douces à la liberté individuelle. Devrions-nous favoriser une culture dépourvue de foi et de ferveur religieuses ? Ou est-il possible que l’hostilité à l’égard de la religion éloigne les gens d’une source profonde de sens et d’appartenance dans leur vie. 

Le milliardaire libertarien Elon Musk est en train de mettre la main sur Twitter. Un instrument d’influence qui va être à la disposition du libertarianisme.

La définition de Rothbard du libertarianisme en tant que « philosophie strictement politique » est apparue en 1981 dans un essai contestant la position du rédacteur littéraire de la National Review, Frank S. Meyer, dont les idées, près d’une décennie après sa mort, continuaient à avoir une influence considérable sur la scène intellectuelle conservatrice en plein essor.

La position de Meyer était que les conservateurs américains devaient s’engager sur deux piliers non négociables :

Le gouvernement n’existe que pour protéger la vie, la liberté et la propriété – rien de plus.

Les gens existent pour mener une vie riche et droite, au sens traditionnel du terme, une tâche facilitée lorsque l’État fait bien son travail.

Rothbard n’était pas d’accord. Il écrit : « Au cœur de la dispute entre les traditionalistes et les libertariens se trouve la question de la liberté et de la vertu : l’action vertueuse (quelle que soit la définition qu’on lui donne) doit-elle être contrainte, ou doit-elle être laissée au choix libre et volontaire de l’individu ? Frank Meyer était, sur cette question cruciale, carrément dans le camp libertarien. »

Rothbard conclut donc que « la position fusionniste est simplement la position libertarienne », que Frank Meyer n’était pas un fusionniste mais tout simplement un individualiste et un libertarien tranchant, et que le fusionnisme n’est pas une troisième voie, mais simplement le libertarianisme.

En vérité, il existe une grande variété de libertarianismes. Pour le meilleur ou pour le pire, cette philosophie politique a toujours contenu un mélange désordonné d’opinions. Voilà ce que nous réserve cette nouvelle agitation aux États-Unis, agitation qui s’apprête à traverser l’Atlantique. Bienvenue dans le spectacle !

Rédigé par Gabriel Banon sur Gabriel Banon



Samedi 30 Avril 2022

Chroniqueurs invités | Coup de cœur



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