Il y a des révolutions qui ne font pas de bruit. Elles ne descendent pas dans la rue, ne brandissent pas de pancartes et ne réclament pas nécessairement de nouvelles lois. Elles commencent parfois autour d'une table familiale, lorsqu'un père accepte de ne plus avoir systématiquement le dernier mot. Ou lorsqu'un homme reconnaît, sans avoir l'impression de perdre sa virilité, qu'une femme peut diriger aussi bien que lui.
Le dernier Baromètre arabe consacré au Maroc nous raconte peut-être cette révolution silencieuse.
Et, comme souvent au Maroc, elle avance avec un pied sur l'accélérateur et l'autre sur le frein.
Premier chiffre, première surprise : 44 % des Marocains considèrent encore que l'homme doit avoir le dernier mot dans les décisions familiales.
C'est beaucoup. Mais c'est aussi 17 points de moins que lors de l'enquête précédente.
Autrement dit, le chef de famille incontestable commence à perdre son monopole symbolique.
Attention, cela ne signifie pas que les foyers marocains seraient devenus des modèles de démocratie conjugale. Entre ce que l'on déclare à un enquêteur et ce que l'on pratique dans son salon, il existe parfois un gouffre que les statistiques ne savent pas mesurer.
Mais quelque chose bouge.
Et ce quelque chose mérite mieux que les éternelles querelles entre modernistes autoproclamés et conservateurs caricaturés.
Le dernier Baromètre arabe consacré au Maroc nous raconte peut-être cette révolution silencieuse.
Et, comme souvent au Maroc, elle avance avec un pied sur l'accélérateur et l'autre sur le frein.
Premier chiffre, première surprise : 44 % des Marocains considèrent encore que l'homme doit avoir le dernier mot dans les décisions familiales.
C'est beaucoup. Mais c'est aussi 17 points de moins que lors de l'enquête précédente.
Autrement dit, le chef de famille incontestable commence à perdre son monopole symbolique.
Attention, cela ne signifie pas que les foyers marocains seraient devenus des modèles de démocratie conjugale. Entre ce que l'on déclare à un enquêteur et ce que l'on pratique dans son salon, il existe parfois un gouffre que les statistiques ne savent pas mesurer.
Mais quelque chose bouge.
Et ce quelque chose mérite mieux que les éternelles querelles entre modernistes autoproclamés et conservateurs caricaturés.
Le Marocain accepte l'égalité, mais se méfie des quotas
Autre résultat révélateur : 47 % des personnes interrogées considèrent que les hommes font de meilleurs dirigeants politiques que les femmes. Cette proportion a reculé de dix points.
Voilà qui pourrait rassurer celles et ceux qui défendent la féminisation de la vie politique.
Sauf que, simultanément, le soutien aux quotas parlementaires féminins est passé de 71 % à 51 %.
Curieux paradoxe.
Les Marocains seraient-ils davantage disposés à accepter une femme au pouvoir, mais moins favorables aux dispositifs destinés à lui faciliter l'accès aux responsabilités ?
Plusieurs lectures sont possibles.
Certains peuvent considérer que les quotas ont rempli une partie de leur mission historique. D'autres peuvent préférer la compétition individuelle à la représentation garantie. D'autres encore peuvent adhérer au principe de l'égalité sans vouloir en accélérer la traduction politique.
L'enquête ne permet pas de trancher entre ces hypothèses.
Mais elle nous oblige à poser une question dérangeante : voulons-nous réellement davantage de femmes aux responsabilités ou simplement pouvoir affirmer que nous sommes favorables à leur présence ?
Voilà qui pourrait rassurer celles et ceux qui défendent la féminisation de la vie politique.
Sauf que, simultanément, le soutien aux quotas parlementaires féminins est passé de 71 % à 51 %.
Curieux paradoxe.
Les Marocains seraient-ils davantage disposés à accepter une femme au pouvoir, mais moins favorables aux dispositifs destinés à lui faciliter l'accès aux responsabilités ?
Plusieurs lectures sont possibles.
Certains peuvent considérer que les quotas ont rempli une partie de leur mission historique. D'autres peuvent préférer la compétition individuelle à la représentation garantie. D'autres encore peuvent adhérer au principe de l'égalité sans vouloir en accélérer la traduction politique.
L'enquête ne permet pas de trancher entre ces hypothèses.
Mais elle nous oblige à poser une question dérangeante : voulons-nous réellement davantage de femmes aux responsabilités ou simplement pouvoir affirmer que nous sommes favorables à leur présence ?
L'égalité professionnelle, oui. Mais qui garde les enfants ?
Dans le monde du travail, 64 % des Marocains soutiennent l'égalité des chances entre les femmes et les hommes.
Un chiffre encourageant en apparence. Seulement voilà : cette proportion n'a pas progressé depuis la précédente enquête.
Et lorsque l'on demande aux citoyens ce qui empêche les femmes de travailler, les réponses deviennent beaucoup plus concrètes : absence de solutions de garde pour les enfants, réticences sociales, horaires rigides, discriminations au recrutement, insuffisance des emplois disponibles.
Le problème n'est donc pas seulement culturel. Il est également économique, organisationnel et institutionnel.
On peut proclamer l'égalité à longueur de discours et continuer à organiser la société comme si la carrière de l'homme était prioritaire et celle de la femme facultative.
Une crèche accessible peut parfois contribuer davantage à l'autonomie économique d'une femme qu'une conférence supplémentaire sur son émancipation.
Et une entreprise qui adapte intelligemment ses conditions de travail peut faire avancer l'égalité plus efficacement qu'une campagne de communication.
Le harcèlement : cette banalité que nous refusons encore de regarder
Le chiffre qui me frappe le plus est peut-être celui-ci : 71 % des Marocains considèrent que le harcèlement des femmes dans la rue est répandu.
Sept personnes sur dix. Et 58 % estiment que le phénomène est répandu dans le monde professionnel.
Certes, ces perceptions ont diminué par rapport à l'enquête précédente. Mais il serait irresponsable d'y voir automatiquement une baisse effective des actes de harcèlement.
Le fait demeure : une large majorité reconnaît l'ampleur du problème. Nous sommes donc face à une société qui sait. Qui voit. Qui reconnaît.
Mais dont les mécanismes de prévention, de protection et de sanction méritent encore d'être interrogés. Et lorsqu'une femme subit des violences, les répondants citent plus fréquemment un homme de sa famille comme recours possible que la police. C'est peut-être ici que se trouve l'une des contradictions les plus profondes de notre organisation sociale.
La famille demeure un refuge essentiel. Mais la protection d'une femme ne devrait jamais dépendre exclusivement de la disponibilité, de la bienveillance ou de l'autorité d'un père, d'un frère ou d'un mari.
Elle devrait aussi pouvoir compter sur des institutions accessibles et dignes de confiance.
Le patriarcat marocain ne disparaît pas. Il négocie.
Ce que je retiens de cette enquête, ce n'est ni la victoire du féminisme ni la défaite du conservatisme. C'est l'apparition d'une société plus complexe que les slogans qu'on lui impose.
Un Marocain peut défendre l'égalité professionnelle et continuer à considérer certaines responsabilités domestiques comme naturellement féminines.
Une Marocaine peut revendiquer son autonomie sans nécessairement rejeter toutes les traditions familiales.
Un citoyen peut soutenir l'accession des femmes aux responsabilités tout en contestant les quotas.
Les convictions ne se rangent pas toujours dans des cases idéologiques parfaitement cohérentes.
Le Maroc change, mais il change à sa manière : par négociations successives entre les générations, entre les nécessités économiques et les héritages culturels, entre les ambitions individuelles et les attentes collectives.
Il ne faut ni idéaliser cette transformation ni la minimiser. Car le véritable enjeu n'est pas de savoir si les Marocains deviennent suffisamment modernes aux yeux de tel ou tel observateur.
Il est de savoir si les femmes disposent réellement de davantage de liberté pour étudier, travailler, décider, entreprendre, diriger et vivre sans violence.
Une société ne devient pas égalitaire parce qu'elle répond correctement à un sondage. Elle le devient lorsque ses pratiques quotidiennes rejoignent enfin ses principes déclarés.
Et c'est peut-être là que commence la prochaine révolution marocaine.
Non pas dans la disparition des hommes de pouvoir, mais dans la disparition de cette idée étrange selon laquelle le pouvoir leur appartiendrait naturellement.
Source : Arab Barometer, « Morocco: Gender Attitudes at a Glance », publié le 1er octobre 2026, sur la base d'une enquête réalisée en 2025 auprès de 1 210 citoyens marocains.
Un chiffre encourageant en apparence. Seulement voilà : cette proportion n'a pas progressé depuis la précédente enquête.
Et lorsque l'on demande aux citoyens ce qui empêche les femmes de travailler, les réponses deviennent beaucoup plus concrètes : absence de solutions de garde pour les enfants, réticences sociales, horaires rigides, discriminations au recrutement, insuffisance des emplois disponibles.
Le problème n'est donc pas seulement culturel. Il est également économique, organisationnel et institutionnel.
On peut proclamer l'égalité à longueur de discours et continuer à organiser la société comme si la carrière de l'homme était prioritaire et celle de la femme facultative.
Une crèche accessible peut parfois contribuer davantage à l'autonomie économique d'une femme qu'une conférence supplémentaire sur son émancipation.
Et une entreprise qui adapte intelligemment ses conditions de travail peut faire avancer l'égalité plus efficacement qu'une campagne de communication.
Le harcèlement : cette banalité que nous refusons encore de regarder
Le chiffre qui me frappe le plus est peut-être celui-ci : 71 % des Marocains considèrent que le harcèlement des femmes dans la rue est répandu.
Sept personnes sur dix. Et 58 % estiment que le phénomène est répandu dans le monde professionnel.
Certes, ces perceptions ont diminué par rapport à l'enquête précédente. Mais il serait irresponsable d'y voir automatiquement une baisse effective des actes de harcèlement.
Le fait demeure : une large majorité reconnaît l'ampleur du problème. Nous sommes donc face à une société qui sait. Qui voit. Qui reconnaît.
Mais dont les mécanismes de prévention, de protection et de sanction méritent encore d'être interrogés. Et lorsqu'une femme subit des violences, les répondants citent plus fréquemment un homme de sa famille comme recours possible que la police. C'est peut-être ici que se trouve l'une des contradictions les plus profondes de notre organisation sociale.
La famille demeure un refuge essentiel. Mais la protection d'une femme ne devrait jamais dépendre exclusivement de la disponibilité, de la bienveillance ou de l'autorité d'un père, d'un frère ou d'un mari.
Elle devrait aussi pouvoir compter sur des institutions accessibles et dignes de confiance.
Le patriarcat marocain ne disparaît pas. Il négocie.
Ce que je retiens de cette enquête, ce n'est ni la victoire du féminisme ni la défaite du conservatisme. C'est l'apparition d'une société plus complexe que les slogans qu'on lui impose.
Un Marocain peut défendre l'égalité professionnelle et continuer à considérer certaines responsabilités domestiques comme naturellement féminines.
Une Marocaine peut revendiquer son autonomie sans nécessairement rejeter toutes les traditions familiales.
Un citoyen peut soutenir l'accession des femmes aux responsabilités tout en contestant les quotas.
Les convictions ne se rangent pas toujours dans des cases idéologiques parfaitement cohérentes.
Le Maroc change, mais il change à sa manière : par négociations successives entre les générations, entre les nécessités économiques et les héritages culturels, entre les ambitions individuelles et les attentes collectives.
Il ne faut ni idéaliser cette transformation ni la minimiser. Car le véritable enjeu n'est pas de savoir si les Marocains deviennent suffisamment modernes aux yeux de tel ou tel observateur.
Il est de savoir si les femmes disposent réellement de davantage de liberté pour étudier, travailler, décider, entreprendre, diriger et vivre sans violence.
Une société ne devient pas égalitaire parce qu'elle répond correctement à un sondage. Elle le devient lorsque ses pratiques quotidiennes rejoignent enfin ses principes déclarés.
Et c'est peut-être là que commence la prochaine révolution marocaine.
Non pas dans la disparition des hommes de pouvoir, mais dans la disparition de cette idée étrange selon laquelle le pouvoir leur appartiendrait naturellement.
Source : Arab Barometer, « Morocco: Gender Attitudes at a Glance », publié le 1er octobre 2026, sur la base d'une enquête réalisée en 2025 auprès de 1 210 citoyens marocains.












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