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C'était parti pour la saison du branle-bas et des coups-bas




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L'incertitude sur la tenue des élections à leur terme s'est encore plus estompée après le discours d'ouverture du parlement adressé vendredi 9 octobre par le roi Mohammed VI aux parlementaires. Le chef de l'Etat a parlé de la dernière année de la législature et du face-à-face des candidats avec les électeurs. La saison électorale est donc annoncée, les coups bas pleuvent et peuvent, vont, accélérer !

Cela fait quelque temps déjà qu’une élection n’est plus cette période qui revient tous les 4 ou 5 ans, où les politiques déroulent leurs programmes, confrontent leurs idées, s’affrontent au besoin, besognent dur, mobilisent leurs ouailles, comptent les bulletins et se déclarent vainqueurs, ou perdants, dans une compétition plus ou moins honorable… Ces dernières années, au Maroc et ailleurs, ces périodes deviennent l’occasion de tous les mauvais coups et les coups bas, des bassesses et des fake news, une expression apparue récemment et très à-propos.
 

Les modes opératoires ont sensiblement évolué en une génération. Dans les années 70 et 80, au-delà de quelques affaires éclatantes, les attaques se déclinaient en petites phrases où le dosage de perfidie était soigneusement calculé. Au Maroc ou ailleurs, les répliques cinglantes et commentaires acerbes foisonnaient, ciblant les cœurs et les esprits, maintenant élevé le niveau du combat et des débats où les vies, les intimités, et choix personnels étaient épargnés.
 

Puis vinrent les réseaux, la facilité, la férocité et l’instantanéité, qui ouvrirent d’autres possibilités, faites de méchanceté, de vulgarité et d’attaques ad hominem. En Amérique, les mails persos d’Hillary Clinton étaient sortis au moment de l’élection, et les saillies misogynes de Donald Trump apparurent aussi très opportunément. En France, l’ancien premier ministre François Fillon s’est fait prestement rhabiller pour des questions de costumes et d’emplois familiaux fictifs… étrangement quelques semaines avant la présidentielle. En Tunisie, l’un des deux candidats pour le second tour de l’élection présidentielle a été emprisonné, et relâché 48h avant le scrutin…
 

Et au Maroc, nous ne dérogeons pas à la règle ; dans ce genre de choses, nous sommes toujours sur le pont, et nous n’attendons pas toujours les élections. Ainsi, en juin 2016, une « affaire » avait secoué les réseaux, prenant la forme d’une tempête dans un dé à coudre à moitié vide… La fille d’Abdelilah Benkirane avait été recrutée au sein de la fonction publique. Renseignements pris, le parcours de la jeune femme avait respecté les formes et les règles. Deux ans plus tard, c’était au tour de Mohamed Yatim, l’un des chefs du PJD, d’être(sur)pris la main dans… la main d’une jeune femme qui n’était pas son épouse. Mais elle était sa fiancée on ne peut plus officielle, et l’affaire, présentée comme un scandale d’état et d’ébats, fit piteusement pshiiit…
 

Pour les élections à venir, cela commence aussi… titiller le PJD avec ses jeunes hargneux qui demandent inexplicablement la tenue d’un congrès extraordinaire, officiellement pour recadrer le parti, officieusement pour désarçonner Saâdeddine Elotmani avant les élections et remettre en selle leur champion (pour l’instant) muet, Abdelilah Benkirane. Cela n’ayant visiblement pas pris, on passe à autre chose, en l’occurrence le quotient électoral, qu’on veut « moderniser », au risque de délégitimer le scrutin tout entier.
 

Aziz Akhannouch, en sa qualité de capitaine d’industrie et de général en chef du RNI, reçoit aussi sa part de coups bas. Cela a commencé avec le boycott de son entreprise en 2018, boycott dont on ne sait pas encore grand-chose sauf qu’il n’était pas si spontané qu’on le présentait. Et aujourd’hui, voilà que Forbes, que nous ne sommes pas forcément obligés de croire, affirme la main sur le portefeuille et contre toute logique connue que la fortune du ministre a doublé en un an, oubliant que toutes ses affaires sont sévèrement touchées par le Covid-19 (hydrocarbures, immobilier, commerce…).
 

La saison des coups bas et autres bassesses a donc commencé, bien que tout et tous peuvent être davantage attaqués sur des sujets honorables que sur leurs personnes ou leurs existences. Nizar Baraka devrait se montrer plus irréprochable que d’habitude, Abdellatif Ouahbi devrait s’attendre à quelque coup venu de quelque part, Saâdeddine Elotmani est sûr et lisse mais devrait prendre garde aux murmures et aux coulisses. Personne ne doit sortir des clous, ni cracher par terre, ni même exister.
 

Nous voulions une élection et des idées. Nous risquons fort de n’obtenir qu’une érection d’egos, du mauvais spectacle et des tacles.
 

Publié le 12 octobre 2020 par Aziz Boucetta sur www.panorapost.com  







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