Au cœur de cette scène : Michel Kuka Mboladinga, supporter de la RD Congo, surnommé « Lumumba » dans les tribunes du stade Moulay El Hassan.
Vêtu avec soin, coiffure et lunettes étudiées, il a suivi les rencontres de son pays, debout, immobile, main droite levée vers le ciel, regard fixe devant lui, une silhouette quasi statuaire.
Ce rituel silencieux, répété match après match, a transcendé le folklore des gradins pour incarner dignité, constance et résistance. La CAF elle-même l'a saluée : son président a rencontré Michel Kuka, consacrant la portée de ce « Lumumba » des tribunes.
Au départ, peu y ont vu clair, y compris certains commentateurs sportifs. Certains parlaient d'une célébration originale, d'autres d'une provocation ou d'une excentricité virale.
Ce malentendu révèle une réalité profonde : pour la jeunesse d'aujourd'hui, la mémoire politique du XXᵉ siècle s'efface derrière le flux médiatique. Patrice Lumumba, absent de l'imaginaire collectif, survivant chez les historiens et militants ; pour beaucoup, son nom reste abstrait.
Assassiné le 17 janvier 1961, après avoir été le premier Premier ministre du Congo indépendant (30 juin 1960), Lumumba incarne la lutte anticoloniale.
Sa disparition, dans le contexte de la Guerre froide et des convoitises sur les richesses congolaises, à privé l'Afrique d'une voix souveraine. Le 17 janvier 1961 il est arrêté; son corps mutilé et dissous pour effacer jusqu'à sa trace physique.
Marginalisé depuis par les récits dominants et manuels réécrits, en fait il effrayait les occidentaux et autres puissances coloniales, craignant son intransigeance. Le discours qu'il prononça devant le Roi des belges avait signé son arrêt de mort.
Rappeler Lumumba à la CAN 2025, au Maroc, prend un relief particulier. En août 1960, peu après l'indépendance congolaise, il s'y rendit comme Premier ministre, saluant le Royaume et ses efforts de soutien aux indépendances africaines, sous feu Mohammed V.
Le Maroc d'alors est l'hôte des mouvements de libération africains, et milite avec quelques partenaires engagés pour l'unité continentale, contre les ingérences et pour une souveraineté authentique.
En incarnant Lumumba, Michel Kuka a transformé le football en espace de mémoire et de transmission. Le stade est devenu agora : un corps dressé, un silence assumé, une main levée ont fait resurgir l'histoire.
Ce geste impose un rappel brutal : l'Afrique à ses martyrs, penseurs et dirigeants inachevés. Parfois, un simple support suffit à raviver une mémoire enfouie.
Dans ce contexte, le geste de Mohammed Amoura, joueur algérien, mérite mention hélas. Lors d'une célébration après la qualification de son équipe au quart de finale, il a imité la posture de Kuka puis s'est laissé tombé d'un geste moqueur et déplacé, critiques entraînantes et plus sur les réseaux.
Tourner en dérision Lumumba, même par ignorance, offense sa mémoire et l'idéal d'une Afrique insoumise. La bassesse est à son comble, l'indigence morale à son paroxysme. Le continent est aujourd’hui scandalisé.
Cela trahit un vide éducatif criant : le sport ici hélas par ce geste ignoble, tolère la légèreté là où il devrait porter une conscience historique minimale et des valeurs de respect.
Un joueur de football se doit d'avoir un minimum d'éducation ou s'abstenir de manifester quand il ne maîtrise pas les codes ou n'est pas habité par les valeurs du sport et du fair-play.
Le comble est que dans la quasi totalité des chaînes algériennes l'attitude de ce pauvre joueur de ballon est glorifiée et rapportée accompagnée de railleries et de moqueries de mauvaise goutte.
On ne peut exiger du football africain qu'il soit fondateur d'unité, qu'il soit éducatif et élever le niveau des gens, tout en laissant railler les symboles de l'émancipation africaine.
Cette schizophrénie révèle des manifestations et des images à l'appui, à l'affaissement culturel et de civisme de tout un peuple. Une presse de caniveaux ne peut élever un peuple bien au contraire. Elle l'enfonce dans la petitese, la médiocrité et accélère sa déchéance.
Le jouer de ballon s'est excusé sous la pression mais cela ne suffira pas. Le mal est fait.
La CAN 2025 au Royaume du Maroc, restera sans doute gravée pour sa qualité et pour ses exploits sportifs.
Mais grâce à un supporter congolais lucide et un public marocain respectueux et éduqué, elle offre une leçon de mémoire : Lumumba irrompe au présent, rappelant qu'on ne se projette pas sans assumer son passé.
Dans un continent post-1961, ce geste était vital. Les héros ne meurent que si on cesse de les incarner, dans des stades comme ailleurs.
Sur la terre marocaine où Lumumba défendit en 1960 une Afrique libre, son ombre renaît, portée par un supporter. Stade plein, caméras braquées, millions de regards : sa mémoire guide encore les consciences.
PAR AZIZ DAOUDA/BLUWR.COM












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