La Banque mondiale (BM) actualise régulièrement ses perspectives économiques mondiales (Global Economic Prospects), offrant un baromètre indispensable pour mesurer les trajectoires des économies du Sud et du Nord. Sur la période 2026-2027, la croissance dans la région MENA devrait se redresser, portée notamment par le rebond de la production pétrolière et une activité privée plus dynamique dans certains pays importateurs.
Cette projection marque une amélioration significative après plusieurs années de croissance inférieure à la moyenne mondiale, notamment autour de 1,9 % en 2024. Elle reflète aussi l’impact des ajustements structurels et des politiques économiques, tant du côté de l’offre que de la demande.
Les moteurs du rebond : pétrole et secteur privé
La Banque mondiale met en avant deux principaux vecteurs de la reprise économique dans la région. D’une part, la production pétrolière a rebondi plus fortement que prévu, contribuant à soutenir l’activité des pays exportateurs. Cette donnée est essentielle dans un contexte où les cours énergétiques ont connu des fluctuations importantes ces dernières années, modulant l’investissement et les recettes publiques.
D’autre part, les pays importateurs de pétrole, souvent plus diversifiés et moins dépendants des hydrocarbures, affichent une progression plus vigoureuse de leur secteur privé, porté par la consommation interne et des investissements plus robustes. Les résultats restent toutefois hétérogènes : certains marchés émergents de la région profitent d’un climat d’affaires plus favorable, alors que d’autres continuent de lutter contre des dysfonctionnements structurels.
Pour les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), la croissance est encore plus marquée, portée par une expansion régulière de l’activité hors hydrocarbures et par une production énergétique accrue. Les projections indiquent ainsi une croissance d’environ 4,4 % en 2026 et 4,6 % en 2027 pour ces États, qui bénéficient de marges budgétaires plus larges et d’une transformation économique progressive.
Contrastes régionaux et défis persistants
Mais l’image idyllique s’arrête là. Parmi les pays exportateurs non membres du CCG, la croissance devrait rester relativement faible, autour de 2 % par an en moyenne sur 2026-2027. Cette lenteur s’explique par un ralentissement de l’activité dans certains marchés, aggravée par un durcissement des restrictions commerciales et une diminution du soutien budgétaire.
Dans les pays importateurs de pétrole, la croissance moyenne devrait légèrement progresser jusqu’à 4 % par an, avec des écarts notables selon les économies locales. La consommation privée, le rebond de certains secteurs comme l’agriculture et le tourisme, ainsi que la modération des pressions inflationnistes contribuent à ce panorama contrasté.
Ce paysage hétérogène n’est pas sans rappeler une discussion que j’ai eue récemment avec un jeune entrepreneur marocain à Casablanca : malgré une reprise timide, l’incertitude persiste, et beaucoup de PME locales restent tributaires de chaînes d’approvisionnement mondiales encore fragiles.
Perspectives et limites d’un rétablissement fragile
À l’échelle régionale, la trajectoire 2026-2027 esquisse un rebond certes mesuré de l’activité économique. Mais ce retour à la croissance cache des vulnérabilités persistantes : dépendance aux hydrocarbures pour certains, participation limitée des femmes à la vie active, capacités productives sous-utilisées, et tensions géopolitiques toujours présentes.
Dans ce contexte, la croissance ne sera durable que si elle s’accompagne de réformes économiques profondes et inclusives, favorisant non seulement les chiffres du PIB, mais aussi la création d’emplois décents et la réduction des inégalités.
La région MENA devrait connaître une reprise progressive avec une croissance projetée à 3,6 % en 2026 et 3,9 % en 2027, soutenue par la production pétrolière et le dynamisme de certains secteurs privés. Toutefois, les disparités entre pays exportateurs et importateurs de pétrole, les défis structurels et les incertitudes géopolitiques imposent une lecture nuancée. Pour le Maroc, ces perspectives soulignent l’importance de réformes structurelles ambitieuses pour dynamiser l’économie nationale dans un environnement régional en mutation.












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