En observant cette transformation historique, ma mémoire m'a ramenée à l'année 1991.
Mon ambition n'était pas seulement de proposer des recettes de cuisine ou les dernières tendances de la mode. J'étais convaincue que la femme marocaine méritait une tribune consacrée à la pensée, à la culture, à l'opinion et au débat public.
Mais la société n'était pas encore totalement prête à accueillir cette ambition.
Lorsque j'ai demandé mon adhésion au Syndicat National de la Presse, celle-ci m'a été refusée.
On m'a fait comprendre, directement, que la presse féminine n'était pas un véritable journalisme. Au ministère de l'Information, il m'a même été dit que les femmes avaient davantage besoin de pages consacrées à la cuisine et à la mode.
Ce n'était pas simplement une position individuelle. C'était le reflet d'une époque entière. Une époque où la femme devait quotidiennement prouver sa légitimité à exister dans l'espace public.
Aujourd'hui, alors que nous voyons une femme diriger le pouvoir exécutif, cette période semble appartenir à un passé lointain. Pourtant, le chemin parcouru n'a pas été court.
De Malika El Fassi aux filles du Maroc
Lorsque l'on évoque la femme marocaine, il est impossible d'oublier Malika El Fassi, unique femme signataire du Manifeste de l'Indépendance.
Il est également impossible d'oublier les femmes d'Akhawat Assafa qui, dès les années quarante, revendiquaient le droit des filles marocaines à l'éducation.
Ces pionnières avaient compris très tôt que l'école n'était pas seulement une salle de classe, mais la première clé de la dignité, de l'autonomie et de la citoyenneté.
Depuis lors, un long parcours s'est engagé sans jamais s'interrompre.
Pékin... et la petite fille marocaine qui n'a jamais quitté ma mémoire
Plus de trente mille femmes venues des quatre coins du monde y étaient réunies.
Malgré l'importance de cet événement mondial, deux images ne quittaient pas mon esprit.
La première était celle de Malika El Fassi et de toute une génération de pionnières marocaines.
La seconde était celle d'une petite fille du monde rural marocain portant sa cruche d'eau et parcourant plusieurs kilomètres avant même de pouvoir penser à aller à l'école.
Entre ces deux images se résumaient toutes les grandes interrogations du Maroc.
Comment transformer les droits inscrits dans les textes en une réalité vécue ?
Comment faire parvenir le développement jusqu'aux femmes éloignées des centres de décision ? Comment faire de la femme un véritable acteur du développement et non une simple bénéficiaire ?
La révolution silencieuse qui a transformé le Maroc : Quatre générations de bâtisseuses
La première a conquis le droit à l'éducation.
La deuxième a structuré le mouvement associatif et les espaces de plaidoyer. La troisième a investi les institutions et les lieux de décision. Et La quatrième est aujourd'hui appelée à exercer pleinement le pouvoir et à contribuer à la transformation du pays.
Cette évolution n'aurait pas été possible sans le rôle majeur joué par Son Altesse Royale la Princesse Lalla Aicha lors de son discours historique à Tanger en avril 1947.
Puis le rôle de l'Union Nationale des Femmes du Maroc, créée sous la présidence de Son Altesse la Princesse Lalla Fatima Zahra en 1968, puis portée avec constance et modernité par la Présidence effective de Son Altesse Royale la Princesse Lalla Meryem depuis 2003.
Elle n'aurait pas été possible non plus sans l'engagement de nombreuses associations qui ont fait émerger les questions de droits, d'éducation, de participation économique et de représentation politique.
Au cours des dernières décennies, une révolution silencieuse s'est produite au Maroc.
Ce n'était pas une révolution dans les rues. C'était une révolution dans les écoles, les universités, les institutions, les coopératives et les ateliers d'artisanat.
Des millions de jeunes filles ont accédé à l'éducation. Des milliers de femmes sont devenues médecins, ingénieures, professeures d'université, magistrates et cheffes d'entreprise.
Les femmes ont intégré le Parlement, les collectivités territoriales et les centres de décision.
Leurs droits ont été renforcés par la réforme du Code de la famille en 2004, puis par la Constitution qui a consacré les principes d'égalité, de citoyenneté et de parité.
Mais la plus grande réussite est peut-être celle que les chiffres évoquent rarement.
C'est la profonde transformation du regard que la femme marocaine porte sur elle-même.
Après avoir longtemps cherché sa place, elle est devenue capable de créer sa propre place. Après avoir attendu les opportunités, elle est devenue capable de les créer.
De la représentation à la décision
Des figures telles que Badia Skalli et Latifa Bennani-Smires ont démontré que les femmes avaient toute leur place dans le débat législatif et dans la conduite des affaires publiques.
Depuis, les Marocaines ont progressivement investi les conseils communaux, les régions, les administrations, les entreprises publiques, les universités et les institutions constitutionnelles.
Cette progression n'a pas toujours été linéaire. Elle a souvent été lente. Mais elle a été constante.
Et c'est cette continuité qui explique les avancées d'aujourd'hui.
De Dar Maalma à la Chef du Gouvernement
L'autonomisation ne commence pas uniquement par les lois.
Elle commence d'abord par la confiance en soi. J'ai vu des femmes qui n'avaient jamais quitté leur village représenter ensuite le Maroc dans des salons internationaux.
J'ai vu des artisanes modestes devenir des actrices économiques contribuant à la subsistance de leurs familles tout en préservant le patrimoine national.
C'est pourquoi l'arrivée d'une femme à la tête du gouvernement ne représente pas la victoire d'une seule personne. C'est la victoire de chaque Marocaine et Marocain, qui a cru en la femme malgré les difficultés.
La victoire de chaque mère qui a insisté pour que sa fille poursuive ses études.
La victoire de chaque enseignante qui a semé l'espoir dans le cœur de ses élèves.
La victoire de chaque femme qui a choisi d'être actrice plutôt que spectatrice.
Le gouvernement n'a pas de sexe
Le gouvernement n'a pas de sexe. Il a une vision. Il a un programme. Il a une responsabilité.
Il a surtout un engagement envers les citoyennes et les citoyens.
Le véritable enjeu aujourd'hui n'est pas de juger cette expérience parce qu'elle est dirigée par une femme. Pas davantage de lui accorder un succès anticipé parce qu’elle est une femme.
Un seul critère doit prévaloir :
Que va-t-elle apporter au Maroc ?
Car la véritable démocratie ne repose pas sur le sexe du responsable, mais sur sa compétence et sa capacité à produire des résultats.
Le Maroc que nous voulons pour nos filles
C'est le début d'une nouvelle étape. Une étape où l'accès des femmes aux plus hautes responsabilités devient naturel et non exceptionnel.
Une étape où les jeunes Marocaines n'auront plus à justifier leur droit de rêver.
Une étape où la réussite sera liée à la compétence et au mérite, non au genre.
D'Akhawat Assafa à la tête du gouvernement, les femmes marocaines ont écrit de brillantes pages de l'histoire de notre pays.
Et l'espoir demeure que les générations futures écrivent des pages encore plus lumineuses dans un Maroc où les opportunités sont ouvertes à tous et où la réussite devient un droit légitime pour toute personne ayant la volonté et la capacité de servir son pays.
Et peut-être que le plus beau message que nous puissions adresser aujourd'hui aux filles du Maroc est celui-ci :
Les portes se sont ouvertes... à vous désormais de poursuivre le chemin.












L'accueil




Sahara marocain… Guterres tient le rapport, New York tient la plume









