Facebook, TikTok, YouTube, X, sites officiels : plusieurs mois avant les législatives de septembre 2026, les partis politiques marocains occupaient déjà très inégalement l’espace numérique.
À partir du rapport de la HACA, qui observe cette communication politique entre janvier et mai 2026, L’ODJ Média a demandé à l’Alliance des Deux Intelligences (A2I) de conduire une expérimentation : confronter cette photographie numérique aux résultats sortis des urnes le 23 septembre.
Dix partis sont ainsi analysés à travers leurs audiences, publications, vues, interactions et performances électorales. Des indices expérimentaux et des matrices comparatives permettent d’identifier les phénomènes de sur-conversion, de sous-conversion, les « silencieux efficaces » et les angles morts du numérique.
Le résultat interdit les conclusions faciles. Certaines performances électorales semblent avoir été précédées par de véritables signaux numériques. Ailleurs, la puissance des réseaux sociaux n’a pas trouvé son équivalent dans les sièges obtenus. Et plusieurs résultats rappellent le poids déterminant du terrain, des candidats, des structures locales et de la mobilisation électorale.
Le dossier propose donc moins un classement qu’une grille de lecture d’une politique marocaine devenue simultanément physique et numérique.
L'ODJ Média vous propose ce dossier en trois formats :
1- Mini-site immersif et interactif
2-Feuilletable en ligne
3-PDF téléchargeable ci-dessous
Une autre façon de lire ce dossier : immersive, interactive et scrollable
Dossier Spécial L'ODJ Média iWeek
LE CLIC ET LE VOTE
Les réseaux sociaux avaient-ils annoncé les résultats des législatives 2026 ? Une analyse approfondie de la corrélation entre présence numérique et performance électorale.
Préambule
Quand les données numériques rencontrent les urnes
À la lecture du rapport de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) consacré aux réseaux sociaux et à la communication politique, la rédaction de L'ODJ Média a été interpellée par une question simple en apparence, mais redoutablement complexe : ce que nous observons sur les écrans permet-il, même partiellement, d'anticiper ce qui se produit ensuite dans les urnes ?
C'est précisément à partir de cette frontière que L'ODJ Média a sollicité l'Alliance des Deux Intelligences (A2I). La mission confiée à l'A2I a consisté à reprendre ces données publiques, à les organiser, les normaliser et les confronter, après le scrutin du 23 septembre 2026, aux résultats effectivement obtenus par les formations politiques. Non pas pour refaire l'élection après l'élection, mais pour rechercher d'éventuelles correspondances, divergences et anomalies entre puissance numérique et puissance électorale.
De cette expérimentation est né ce dossier spécial.
Principe du Dossier
Confronter la photographie numérique dressée par la HACA entre janvier et mai 2026 à la hiérarchie issue des législatives du 23 septembre 2026. Le dossier ne cherche pas à prouver que les réseaux sociaux font gagner une élection : il mesure les écarts entre visibilité, engagement, mobilisation et représentation parlementaire.
Règle Méthodologique
HACA = observation quantitative et descriptive hors campagne. Résultats électoraux = données définitives du ministère de l'Intérieur. Toute relation entre performance numérique et sièges est interprétée comme une association ou un signal, jamais comme une causalité.
10 Partis à la loupe
Analyse Numérique vs. Électorale
Un examen détaillé de la performance des principaux partis politiques marocains sur les réseaux sociaux et dans les urnes.
PAM - Parti Authenticité et Modernité
Le convertisseur intégral
IDN
80,3
ICE
59,8
SIÈGES
97
Diagnostic L'ODJ : Puissance numérique élevée et première place électorale : convergence nette, sans démontrer de causalité.
Analyse : Le parti arrive en tête des législatives. Il domine Facebook en volume d'interactions. Sur TikTok, il capte à lui seul près de 80% des vues cumulées des six formations observées. Cette cohérence multicanale constitue probablement le fait le plus solide à retenir.
Istiqlal - Parti de l'Istiqlal
La revanche du terrain
IDN
44,1
ICE
73,6
SIÈGES
65
Diagnostic L'ODJ : Une empreinte numérique concentrée sur Facebook, mais une représentation parlementaire très forte.
Analyse : L'Istiqlal est le contre-exemple le plus utile. Malgré une présence numérique modeste, le parti conserve une force parlementaire très supérieure à ce que pourrait laisser imaginer son empreinte digitale, illustrant que le terrain et l'organisation locale priment sur les métriques sociales.
PJD - Parti de la Justice et du Développement
Le revenant connecté
IDN
64,6
ICE
61,4
SIÈGES
54
Diagnostic L'ODJ : Facebook et le site officiel dessinent une infrastructure numérique dense avant le fort rebond électoral.
Analyse : Le PJD est probablement le cas le plus stimulant pour une lecture en termes de « signal faible ». En 2021, il subit un effondrement historique, passant à 13 sièges. En septembre 2026, il en obtient 54. Son rebond électoral avait-il commencé sur les écrans?
RNI - Rassemblement National des Indépendants
L'audience ne suffit pas
IDN
83,6
ICE
54,0
SIÈGES
66
Diagnostic L'ODJ : Très forte présence multicanale, mais l'intensité d'interaction n'est pas proportionnelle au volume publié.
Analyse : Le RNI possède l'une des empreintes numériques les plus larges, mais perd 36 sièges entre 2021 et 2026. L'analyse démontre le principe : Audience ≠ Influence ≠ Électorat. Dans l'économie de l'attention, la présence est une condition ; elle n'est plus une garantie.
Autres Partis Analysés
MP - Mouvement Populaire
Petit réseau, gros taux
Le MP illustre à merveille pourquoi un taux d'engagement spectaculaire doit toujours être rapporté à la taille de la base. Son taux d'engagement Facebook de 135,6% est un piège des pourcentages.
USFP - Union Socialiste des Forces Populaires
La petite anomalie X
Une audience modeste sur X mais proportionnellement réactive ; cela ne représente pas le corps électoral.
PPS - Parti du Progrès et du Socialisme
Le grand paradoxe
Un des plus forts taux d'engagement sur Facebook, mais une faible conversion en sièges. Le clic ne devient pas bulletin.
UC - Union Constitutionnelle
Plus forte dans l'urne que sur l'écran
Représentation parlementaire honorable malgré une présence numérique presque inexistante, surtout sur les plateformes émergentes.
MDS - Mouvement Démocratique et Social
L'angle mort du modèle
Inactif sur Facebook et TikTok, le parti est un angle mort pour un modèle basé sur l'engagement numérique.
FFD - Front des Forces Démocratiques
Ni visibilité ni conversion
Faible visibilité, faible représentation. Le cas de cohérence où la faiblesse numérique correspond à la faiblesse électorale.
Outils de lecture
Glossaire, Méthode et Indices
Mode d'emploi du dossier
Le fil rouge de ce dossier tient en cinq mots: visibilité, engagement, mobilisation, conversion, sièges. À chaque étape, une partie de l'audience numérique peut se perdre, se transformer ou être compensée par des ressources hors ligne : implantation territoriale, élus locaux, militants, etc.
Glossaire des métriques numériques
Définitions des concepts clés utilisés dans l'analyse : Audience, Engagement, Mobilisation, Conversion.
Indices L'ODJ : IDN et ICE
Présentation des deux indices expérimentaux conçus pour ce dossier : l'Indice de Puissance Numérique (IDN) et l'Indice de Conversion Électorale (ICE), leurs formules, pondérations et limites.
Conclusion Générale
Ce que les clics disent et ne disent pas du vote
Le follower ne vote pas, mais il laisse des traces. Ce dossier montre que si la puissance numérique ne se traduit pas mécaniquement en sièges, elle offre des signaux précieux sur la vitalité, la stratégie et la capacité de mobilisation des partis politiques.
La corrélation la plus forte n'est pas entre l'audience et le vote, mais entre un engagement numérique soutenu et une infrastructure politique réelle. Le numérique amplifie ce qui existe déjà sur le terrain, il ne le crée pas ex nihilo.
La réponse à la question centrale est donc nuancée : non, les réseaux sociaux n'avaient pas "annoncé" les résultats, mais ils en avaient montré les dynamiques sous-jacentes, les forces en présence et les stratégies émergentes pour qui savait les lire.
Point de Vigilance Essentiel
Corrélation n'est pas Causalité
Ce dossier met en lumière des associations, des tendances et des signaux entre l'activité numérique et les résultats électoraux. En aucun cas, il ne faut interpréter ces corrélations comme des liens de cause à effet. Le vote est un acte complexe influencé par une multitude de facteurs (socio-économiques, territoriaux, personnels) que l'analyse numérique seule ne peut capturer. Cette expérimentation est un outil de lecture, pas une boule de cristal.


