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Elections 2021 : le leurre et l’argent du leurre




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elections_2021_le_leurre_et_l_argent_du_leurre.mp3 Elections 2021 le leurre et l’argent du leurre.mp3  (4.18 Mo)

Tout le monde n’aura pas les poches vides avec le Covid, à l’image des partis politiques qui s’en mettront donc plein les poches. Alors que les uns et les autres débattent sur le bien-fondé de tenir des élections cette année ou de procéder à une sorte de moratoire à imaginer, le temps de remettre l’attelage Maroc sur ses rails, les lois vont déjà bon train pour renflouer les partis. On pourrait s’en réjouir, ou pas.
 

Un Conseil de ministres s’est tenu la semaine dernière, à l’issue duquel plusieurs lois organiques seront encore amendées à l’approche des élections… Il faut croire que la société bouge très vite, pour que les lois électorales soient changées à chaque élection. Cette fois, en plus des détails d’ingénierie (seuil et quotient électoraux, liste nationale ou régionale, incompatibilité…), l’argent fait officiellement son entrée dans la campagne.
 

Officiellement, donc, c’est pour la bonne cause que l’Etat réviserait sa dotation annuelle aux partis et c’est pour la très bonne cause aussi que les dons de particuliers passeraient de 300.000 à 500.000 DH par donateur. Et c’est là où le bât blesse… Augmenter ces donations des deux tiers est de nature à dénaturer toute l’opération électorale, car comme pour les prétoires, quand l’argent entre en politique, l’éthique en sort. L’historien français Michelet avait bien raison de dire que « la politique est l'art d'obtenir de l'argent des riches et des suffrages des pauvres, sous prétexte de les protéger les uns des autres »…
 

Avec cet apport financier revu à la hausse, comment être sûr que la morale politique sera meilleure, ou plutôt moins mauvaise, qu’avant ? N’est-ce pas une manière de favoriser les « grands » partis – au sens de « riches » – au détriment des autres (la part du financement public dans le total des ressources des partis du RNI est de seulement 15%, et 35% pour le PJD) ? Le donateur sera-t-il une personne physique ou une personne morale, auquel cas nous serions en droit de craindre tous les dérapages et les abus, par la création en cascade de sociétés donatrices ou la multiplication d’actes privés entre sociétés d’un même groupe ?...
 

Mieux encore, ou pire, les partis auront le droit de créer des agences de communication et d’activités digitales. Cela aurait le mérite, au moins, d’officialiser une pratique qui a déjà lieu, avec les « armées » numériques dont disposent les « grands » partis, lesquels multiplient les trolls et les comptes sur les réseaux, les insultes et les coups bas, les invectives et les attaques.
 

Ainsi, la politique partisane et électorale dans le royaume sera passée de la politique idéologique (années 60 et 70) à la politique numérique (années 2020), après être passée par la politique que l’on pourrait qualifier de chimérique (années 1990,2000 et 2010). Les programmes et les leaders de partis deviendront plus vaporeux, plus furtifs et encore plus fugaces, car tout se jouera sur les réseaux et à travers les écrans. On en viendrait presqu’à regretter les meetings électoraux, les fameux « mihrajanate khitabia ».
 

Il semblerait qu’on s’achemine vers une erreur… celle d’organiser l’élection et de prendre le risque d’une participation citoyenne étriquée aux élections, et donc d’une scène parlementaire qui vacille car mal élue, et donnant elle-même naissance à une majorité bancale et peu entreprenante. Nous avons l’habitude de cela, pourrions-nous dire… Certes, mais d’habitude, nous ne sortons pas d’une crise majeure comme l’actuelle pandémie, et nous n’avons pas à gérer une nouvelle donne géopolitique planétaire, continentale et régionale. Nous obtiendrons donc une majorité peu représentative qui ne décidera de rien de bien important en dehors du quotidien, ce qui éloignera encore plus la population de la chose politique, créant un vide porteur de dangers multiples.
 

En plus d’être une erreur dans le timing, cette élection sera un leurre, mais un leurre fortement financier, sachant que les partis en règle avec la Cour des Comptes sont plutôt rares (le PJD a remis ses comptes annuels hors-délai !) et que la règle de l’usage des fameux et fumeux « notables » est devenue incontournable. L’argent se déversera sur la population, sans que nul ne sache comment cette population réagira le jour dit du vote. Et après.
 

Rédigé par Aziz Boucetta sur https://panorapost.com








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