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Élections 2026 : un faux candidat peut désormais parler avec votre voix… mais la loi marocaine l’attend


Rédigé par le Dimanche 6 Septembre 2026

Faire dire demain à un candidat marocain une phrase qu’il n’a jamais prononcée ne demandera plus un studio de télévision. Quelques minutes, une photo, quelques secondes de voix et une intelligence artificielle peuvent suffire.



À l’approche des législatives du 23 septembre, le droit électoral marocain a donc commencé à s’adapter. Mais une difficulté demeure : la loi peut sanctionner un faux. Peut-elle aller aussi vite que sa propagation ?

Imaginez la scène.

Il est 20h30. Une vidéo apparaît sur TikTok, WhatsApp ou Facebook. On y voit parfaitement un candidat annoncer une mesure scandaleuse, insulter un adversaire ou tenir des propos qu’il n’a jamais prononcés.

À 21 heures, la vidéo compte déjà des dizaines de milliers de vues.
À 22 heures, le candidat dément.
À minuit, le faux a peut-être déjà gagné.

Ce scénario n’appartient plus à la science-fiction.

À quelques jours du début de la campagne officielle, le Maroc dispose justement d’un nouvel arsenal juridique destiné à combattre ce type de manipulation.

Jusqu’à cinq ans de prison

L’article 51-bis introduit par la loi organique 53.25 vise notamment l’utilisation des technologies numériques pour diffuser des propos, images, informations mensongères ou documents falsifiés lorsqu’ils servent à porter atteinte aux candidats, aux électeurs ou à la crédibilité du processus électoral.

La sanction peut atteindre deux à cinq ans d’emprisonnement et 50.000 à 100.000 dirhams d’amende. Le législateur a toutefois posé une limite importante : l’intention de nuire ou d’influencer illicitement le scrutin doit être caractérisée.

Autrement dit, satire, erreur journalistique, caricature et manipulation électorale volontaire ne peuvent être mécaniquement placées dans le même sac.

Mais qui démentira assez vite ?

C’est ici que commence le véritable problème. La justice fonctionne avec des procédures. Les réseaux sociaux fonctionnent avec des secondes.

Un deepfake diffusé trois jours avant le scrutin peut atteindre des centaines de milliers de personnes bien avant qu’un tribunal puisse intervenir.

La CNDP a d’ailleurs demandé que les contenus produits par IA soient signalés pendant la période électorale. Elle rappelle parallèlement aux partis les règles concernant données personnelles et opinions politiques.

Mais étiqueter les contenus honnêtement produits par IA ne résout évidemment pas le problème de ceux qui cherchent précisément à tromper.

La rédaction aussi devra apprendre car les médias marocains auront donc une responsabilité nouvelle.

Avant de reprendre une vidéo spectaculaire : retrouver la source, rechercher la version originale, vérifier la voix, examiner les images et surtout contacter la personne concernée.

Pendant cette campagne, être le premier pourrait parfois signifier être le premier à diffuser un faux.

Le Maroc vient de construire une première barrière juridique contre les deepfakes électoraux.

Il lui reste maintenant à construire la barrière opérationnelle : détection rapide, coopération avec les plateformes, fact-checking et réaction immédiate.

Car en démocratie, le problème d’un mensonge viral n’est pas seulement qu’il soit faux. C’est qu’il peut avoir fait son travail avant même que la vérité ait eu le temps d’arriver.





Dimanche 6 Septembre 2026

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