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Entre les jeunes et le jeûne, quel développement voulons-nous ?


« Ô les croyants! On vous a prescrit as-Siyam comme on l'a prescrit à ceux d'avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété, pendant un nombre déterminé de jours. Quiconque d'entre vous est malade ou en voyage, devra jeûner un nombre égal d'autres jours. Mais pour ceux qui ne pourraient le supporter (qu'avec grande difficulté), il y a une compensation : nourrir un pauvre »


Sourate al-Baqara, versets 183-184



Par Aziz Boucetta

Société décidément fort complexe que celle de ce pays appelé Maroc… Le grand écart permanent entre modernité et tradition, entre liberté(s) et répression, entre tout et rien. Plusieurs jeunes ont été interpelés ces dernières 24 heures à Casablanca alors qu’ils étaient attablés dans un café du centre-ville de Casablanca, qui sirotant un jus ou une boisson chaude, qui mordillant une quelconque pâtisserie, qui fumant une cigarette…

Dura lex, sed lex, disaient les Latins… la loi est dure, mais c’est la loi. Que dit cette loi, et plus précisément le code pénal marocain, en son article 222 ? « Celui qui, notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du ramadan, sans motif admis par cette religion, est puni de l'emprisonnement d'un à six mois et d'une amende de 200 à 500 DH ». Fort bien, mais que dit la religion, deux fois mentionnée dans ces quelques lignes d’un article stupide ?
 
Sourate al-Baqara, versets 183-184 :
« Ô les croyants! On vous a prescrit as-Siyam comme on l'a prescrit à ceux d'avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété, pendant un nombre déterminé de jours. Quiconque d'entre vous est malade ou en voyage, devra jeûner un nombre égal d'autres jours. Mais pour ceux qui ne pourraient le supporter (qu'avec grande difficulté), il y a une compensation : nourrir un pauvre ».

Voilà pour la loi divine et celle des hommes. On sait qu’il existe une hiérarchie des normes, et puisqu’il s’agit de religion, gageons que la norme divine est supérieure à celle des hommes. Comment donc ces derniers sauraient-ils les raisons d’un individu pour ne pas jeûner, s’il compense, s’il est malade, s’il est en voyage, et quelle est la nature de ce voyage ? Est-il musulman, de bonne foi, ou sa foi en la foi est-elle insuffisamment puissante ?

Autant de questions à poser… pour perdre son temps ! Autant de questions à poser pour faire perdre confiance en ce pays, son devenir et ses libertés. Interpeler un(e) jeune pour ne pas jeûner, vérifier (comme il se dit) que des jeunes femmes ont été examinées pour vérifier qu’elles étaient indisposées au moment des faits… est tout simplement une faute. Celles et ceux qui sont montés dans l’estafette monteront plus tard dans l’avion, pour un vol sans retour.

Peut-on leur en vouloir ? Non.

Doit-on reprocher à la police d’avoir interpelé ces jeunes ? Encore non, les agents ont appliqué la loi (et qui ont néanmoins relâché les jeunes dans le courant de la soirée). Il reste la justice, qui peut créer une jurisprudence, et bien évidemment les politiques, qui pourraient abroger cet article 222 que l’on impute à Lyautey.

Mais ils ne le feront pas, car trop pusillanimes, car n’ayant rien compris au sens du développement d’un pays, comme le dit le modèle de développement : « Le développement du Maroc repose sur une jeunesse libre, épanouie, compétente, entreprenante, citoyenne qui s’accomplit, réalise ses potentialités, et contribue au développement de son pays ». Plus encore, et au-delà des seuls jeunes, le NMD recommande de « sanctuariser les libertés individuelles et collectives dans un cadre de confiance et de responsabilité ». Il semblerait que nous en soyons loin !

Un jeune en préparation d’examen dans un café avec ses amis doit-il passer par la case prison pour expier ? Un pilote d’avion décidant de ne pas jeûner est-il en faute ? Un policier astreint à des horaires et/ou tâches extrêmes peut-il envisager de ne pas jeûner ? Un conducteur d’engins ? Un chirurgien ? Une femme enceinte ? Un individu lambda n’a-t-il donc aucun droit sur son estomac, s’ajoutant ainsi aux femmes qui n’ont que peu de droits sur leur corps ?

Et si on devait absolument tenir compte du trouble à l’ordre public, est-il le fait de celui qui boit ou mange durant le ramadan, qui mène sa vie, travaille et paie ses impôts, ou de celui qui, le ventre vide mais le cœur empli de rancœur, les yeux exorbités, l’haleine fétide, les nerfs en boule, hurle dans la rue contre celle ou celui qui ne jeûne pas ? Il faut donc se dissimuler pour échapper aux foudres de la loi, laquelle loi, ce faisant, entérine la culture du « pas vu, pas pris ». Navrant.

Il appartient à l’Etat d’agir puisque le gouvernement et le parlement ne sauront ni ne voudront réagir. Il est important de dire, et il faut le dire, qu’une société qui fonctionne sur des canons et des critères religieux ne saurait se développer et être à la hauteur des défis que se fixe son Etat, voire qu’elle se fixe elle-même. Et rester dans la logique de "respecter la société" va à l'encontre du respect que cette société a pour ses membres...

Faut-il donc résolument croire que le modèle de développement appartient de plus en plus à l’histoire ? Sans doute. Et c’est dommage car notre volonté collective au développement et notre aspiration à l’émergence ne saurait être dans une société qui accorde plus d’importance au jeûne qu’aux jeunes et moins jeunes.

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panora Post



Vendredi 29 Avril 2022


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