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Et si investir ne suffisait plus et que le Maroc devait transformer sa croissance en prospérité

Maroc 2030 : transformer la croissance en destin collectif


Rédigé par le Vendredi 26 Juin 2026

Notre démarche

À l'approche des prochaines élections législatives, la rédaction de L'ODJ Média a choisi de s'inviter dans le débat économique national. Non pas avec la prétention de se substituer aux partis politiques, aux think tanks, aux organisations professionnelles, aux universitaires ou aux acteurs de la société civile, mais avec l'humilité de remplir pleinement sa mission de média : informer, questionner, éclairer et nourrir la réflexion collective.

Parce qu'un média n'est pas seulement un observateur de la vie publique. Il est aussi un espace de dialogue, un passeur d'idées et, lorsque les circonstances l'exigent, un facilitateur du débat démocratique.

À travers cette série de vingt-sept articles, L'ODJ Média ne présente ni un programme politique, ni une plateforme électorale, ni un catalogue de promesses. Nous proposons des analyses, des pistes de réflexion, des constats, des interrogations et des suggestions concrètes, librement soumises à l'appréciation de tous.

Notre ambition est simple : contribuer, à notre manière et à notre place, à enrichir le débat public sur l'un des grands défis de la prochaine décennie : comment transformer la croissance économique du Maroc en prospérité partagée, en emplois durables et en opportunités pour tous ?

Nous sommes convaincus qu'au-delà des différences d'approche, un large consensus peut se construire autour d'une idée essentielle : le développement économique n'a de sens que s'il améliore concrètement la vie des citoyens.

Les élections législatives constituent un moment privilégié pour confronter les visions, comparer les propositions et imaginer le Maroc de demain. Il appartient naturellement aux formations politiques de présenter leurs projets et aux citoyens d'en décider démocratiquement. Notre rôle est différent. Il consiste à alimenter cette réflexion par des analyses indépendantes, des expériences internationales, des regards croisés et des propositions susceptibles d'inspirer le débat.

C'est dans cet esprit que nous ouvrons ce dossier spécial.

Non pas pour dire aux acteurs politiques ce qu'ils doivent faire.

Mais pour partager avec eux, et avec l'ensemble des Marocaines et des Marocains, une conviction profonde : le plus grand chantier de la prochaine législature ne sera pas seulement de faire croître l'économie, mais de faire en sorte que cette croissance devienne un véritable destin collectif.



Les vrais enjeux des prochaines élections législatives de septembre 2026 : comment faire passer le Maroc de la croissance promise à la prospérité vécue.

Il y a des mots qui reviennent souvent dans les conférences économiques : croissance, investissement, compétitivité, innovation, emploi, inclusion. À force d’être répétés, ils finissent parfois par perdre leur tranchant. Pourtant, derrière ces mots, il y a aujourd’hui l’une des questions les plus sérieuses posées au Maroc : comment faire pour que le pays n’avance pas seulement plus vite, mais avance mieux ?

Car le Maroc a changé. Il n’est plus ce pays qui se demande s’il doit construire des autoroutes, des ports, des plateformes industrielles, des infrastructures énergétiques ou des zones d’activité. Une grande partie de ce socle existe déjà. Le Royaume a investi, parfois massivement. Il a attiré des capitaux. Il a créé des filières. Il a renforcé sa présence dans l’automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables, la logistique, l’offshoring, l’agro-industrie et plusieurs secteurs exportateurs.

Mais une question persiste, presque têtue : cette transformation produit-elle suffisamment d’emplois ? Produit-elle suffisamment de mobilité sociale ? Produit-elle suffisamment de confiance ? Produit-elle suffisamment de dignité économique pour les jeunes, les femmes, les classes moyennes fragilisées, les petites villes et les territoires qui regardent encore le développement passer sans toujours y monter ?

C’est là que commence le vrai débat pour les cinq prochaines années

Le problème marocain n’est plus seulement de créer de la croissance. Il est de transformer la croissance en prospérité partagée. Et ce passage-là est plus difficile qu’il n’y paraît.

Pendant longtemps, on a cru qu’il suffisait d’investir pour créer automatiquement de l’emploi. On a cru que les grands projets allaient mécaniquement irriguer le tissu économique. On a cru que la modernisation des infrastructures allait entraîner, par capillarité, la modernisation sociale. Ce raisonnement n’était pas totalement faux. Mais il est devenu incomplet.

Aujourd’hui, il faut poser une question plus exigeante : quel est le rendement économique, social et territorial de chaque dirham investi ?

Un investissement peut améliorer les indicateurs macroéconomiques sans changer suffisamment la vie des citoyens. Il peut renforcer l’image internationale du pays sans absorber assez de main-d’œuvre. Il peut créer de la valeur ajoutée sans créer d’ascension sociale. Il peut moderniser une filière sans entraîner les PME locales. Il peut produire de la croissance, mais pas forcément de la cohésion.

C’est pourquoi le Maroc doit entrer dans une nouvelle étape : celle de l’investissement le plus intégré possible.

Un investissement intégré, ce n’est pas seulement un investissement rentable. C’est un investissement qui relie la production, l’emploi, la formation, l’innovation, les territoires et la souveraineté économique. C’est un investissement qui ne se contente pas de bâtir une usine, mais qui crée autour d’elle un écosystème : sous-traitants, compétences, recherche, services, logistique, PME, formation professionnelle et débouchés durables.

L’investissement de demain devra être jugé sur sa capacité à créer de la valeur, mais aussi sur sa capacité à créer des emplois décents. Et surtout, sur sa capacité à créer des emplois accessibles. Car l’un des grands risques de la nouvelle économie est de produire une croissance réservée à une minorité très qualifiée, pendant qu’une grande partie de la population active reste coincée entre informalité, précarité, sous-emploi ou déclassement.

C’est ici que l’intelligence artificielle entre brutalement dans le débat.

On parle encore de numérique comme si nous étions simplement dans une phase de modernisation administrative ou de digitalisation des services. Or nous sommes déjà dans une rupture beaucoup plus profonde. L’intelligence artificielle ne va pas seulement créer de nouveaux métiers. Elle va aussi transformer, déplacer, simplifier ou supprimer certaines tâches. Elle va modifier la productivité, les compétences, la formation, les modèles d’affaires et même la manière dont les entreprises décident d’investir.

Demain, la vraie question ne sera plus seulement : quels secteurs créent le plus d’emplois ? Elle sera aussi : quels secteurs créeront encore des emplois humains nombreux, qualifiés et utiles ?

Cette question est essentielle pour le Maroc. Car si le pays mise exclusivement sur des secteurs très capitalistiques, très automatisés et très technologiques, il risque de gagner en compétitivité tout en créant peu d’emplois directs. À l’inverse, s’il reste uniquement attaché aux secteurs traditionnels sans les moderniser, il risque de préserver des emplois peu productifs, faiblement rémunérés et fragiles.

La solution n’est donc pas de choisir entre les deux Maroc : le Maroc industriel, technologique, exportateur, et le Maroc agricole, touristique, artisanal, commerçant, territorial. La solution est de les relier.

L’agriculture doit bénéficier de la donnée, de l’irrigation intelligente, de la logistique froide, de la transformation locale et de la traçabilité. Le tourisme doit monter en gamme grâce au numérique, à la culture, à l’expérience client, à la formation et aux territoires. L’artisanat doit accéder au design, à l’e-commerce, à la labellisation et aux marchés internationaux. Le commerce doit se formaliser sans être étouffé. Le bâtiment doit intégrer l’efficacité énergétique, les matériaux locaux, la formation et la qualité.

Les secteurs d’avenir ne doivent pas remplacer les secteurs traditionnels. Ils doivent les augmenter.

Voilà le cœur du modèle marocain à construire : une économie capable de créer de la haute valeur ajoutée sans abandonner les grands réservoirs d’emploi. Une économie qui ne sacrifie ni la compétitivité ni l’inclusion. Une économie qui comprend que l’emploi n’est pas une conséquence secondaire de la croissance, mais l’une de ses finalités politiques majeures.

À cela s’ajoute une deuxième mutation : la recomposition géoéconomique mondiale.

Le monde change de carte. Les chaînes de valeur se réorganisent. L’Europe cherche des partenaires proches, fiables et compétitifs. L’Afrique devient un espace stratégique. L’énergie verte redessine les avantages comparatifs. Les tensions commerciales poussent les entreprises à diversifier leurs implantations. La souveraineté industrielle revient au centre des politiques publiques.

Dans ce contexte, le Maroc dispose d’une fenêtre historique. Sa position géographique, sa stabilité, ses infrastructures, ses accords commerciaux, ses énergies renouvelables et sa profondeur africaine peuvent faire de lui une grande plateforme euro-africaine de production, de services, d’innovation et de transition énergétique.

Mais une fenêtre historique ne reste jamais ouverte indéfiniment. Il faut savoir l’exploiter vite, avec méthode, et surtout avec cohérence.

Le Maroc ne doit pas seulement attirer les investissements. Il doit choisir les investissements qui renforcent son autonomie productive, son tissu entrepreneurial national et ses compétences internes. Il ne suffit pas d’être une terre d’accueil. Il faut devenir une terre de montée en gamme.

Cela suppose une politique plus fine envers les PME. On ne bâtira pas une prospérité partagée uniquement avec de grands groupes, même performants. Les PME sont le vrai cœur de l’emploi. Mais elles restent souvent trop petites, trop fragiles, mal financées, mal accompagnées, exposées aux délais de paiement, à la complexité administrative, au foncier rare ou cher, à la concurrence informelle et à l’insécurité juridique.

Un pays émergent ne se reconnaît pas seulement à ses grandes infrastructures. Il se reconnaît à la densité de son tissu de PME capables de grandir, d’innover, d’exporter et de recruter.

La bataille de l’emploi est donc aussi une bataille d’écosystèmes.

Il faut des universités plus connectées aux entreprises. Des formations professionnelles plus réactives. Des régions capables de penser leurs propres vocations économiques. Des centres de recherche plus utiles à l’industrie. Des incubateurs moins décoratifs et plus exigeants. Des financements adaptés aux cycles réels des entreprises. Des administrations qui facilitent au lieu de ralentir. Et une commande publique capable d’aider les entreprises nationales à franchir des seuils.

La régionalisation devient ici un levier décisif. On ne créera pas une croissance inclusive depuis un seul centre. Chaque région doit devenir un moteur spécialisé : industrie, agriculture durable, tourisme culturel, économie bleue, énergies renouvelables, artisanat, services numériques, logistique, formation, économie circulaire. Le Maroc de 2030 ne pourra pas être un Maroc où quelques métropoles concentrent l’essentiel de la valeur pendant que le reste du territoire attend les retombées.

L’émergence globale suppose une émergence territoriale.

Il faut également intégrer une troisième mutation, trop souvent sous-estimée : la démographie. Le Maroc change silencieusement. Les jeunes n’ont plus les mêmes attentes. Les femmes aspirent davantage à l’autonomie économique. Les familles subissent la pression du coût de la vie. La classe moyenne se sent parfois prise entre ambition et vulnérabilité. La baisse de la fécondité, le vieillissement progressif et les transformations du marché du travail vont peser lourdement sur les politiques économiques.

Dans ce contexte, l’emploi féminin n’est pas un sujet social secondaire. C’est un impératif national de croissance. Un pays qui laisse une grande partie de ses femmes en dehors de l’activité économique se prive d’un immense potentiel de production, d’innovation, de revenu familial et de cohésion sociale.

La question de l’emploi des jeunes est tout aussi centrale. Elle ne peut plus être traitée seulement par des programmes ponctuels. Elle exige une refonte profonde du lien entre école, formation, entreprise et territoire. Former pour former ne suffit plus. Il faut former pour insérer, pour évoluer, pour entreprendre, pour créer, pour s’adapter.

Le Maroc de 2030 devra donc répondre à une question simple : voulons-nous une croissance qui impressionne les tableaux statistiques ou une prospérité qui se voit dans les foyers ?

C’est toute la différence entre un pays qui accumule des projets et un pays qui construit un modèle.

Le débat permanent peut justement servir à cela : non pas seulement dresser un diagnostic, mais ouvrir une conversation stratégique sur le Maroc que nous voulons devenir.

Un Maroc plus productif, mais aussi plus juste.
Plus compétitif, mais aussi plus inclusif.
Plus technologique, mais aussi plus humain.
Plus ouvert sur le monde, mais aussi plus souverain.
Plus rapide, mais aussi mieux équilibré.

L’investissement intégré doit devenir une doctrine nationale. Chaque projet devrait être interrogé à travers quelques questions simples :

Combien d’emplois directs et indirects ?
Quelle qualité d’emploi ?
Quelle part pour les PME locales ?
Quelle contribution à la formation ?
Quel impact territorial ?
Quelle réduction de dépendance extérieure ?
Quelle capacité d’innovation ?
Quelle valeur ajoutée nationale ?
Quelle utilité sociale ?

C’est à ce prix que la croissance deviendra autre chose qu’un chiffre. Elle deviendra un contrat.

Un contrat entre l’État, les entreprises, les territoires, les universités, les investisseurs, les syndicats, les jeunes, les femmes et les citoyens. Un contrat autour d’une idée forte : l’économie n’a de sens que si elle élargit les possibilités de vie.

Le Maroc n’a pas à choisir entre performance et justice sociale. Il doit inventer sa propre synthèse. Celle d’un pays qui investit pour produire, qui produit pour employer, qui emploie pour dignifier, qui innove pour inclure, et qui inclut pour durer.

L’émergence ne sera pas seulement le moment où le Maroc deviendra plus riche. Elle sera le moment où chaque Marocain pourra sentir que cette richesse le concerne.

C’est peut-être cela, finalement, les vrais enjeux des prochaines élections législatives de septembre 2026 : comment faire passer le Maroc de la croissance promise à la prospérité vécue.

La rédaction de L'ODJ a décidé de s'inviter aux débats économiques pour ces élections législatives à travers une série d'articles de réflexion.

  1. Croissance et emploi : le divorce marocain
  2. Pourquoi la croissance ne crée plus assez d'emplois
  3. PME : le moteur oublié de l'emploi
  4. Capital humain : forme-t-on pour les métiers de demain ?
  5. L'emploi, dernière frontière de la dignité sociale
  6. Économie informelle : combattre ou intégrer ?
  7. Femmes et emploi : le plus grand gisement de croissance
  8. Territoires oubliés et croissance concentrée
  9. IA, robotisation et futur du travail
  10. Énergie verte et nouveaux emplois
  11. Tourisme et création d'emplois
  12. Agriculture, premier employeur du pays
  13. Entreprises familiales et transmission
  14. Start-up Nation ou PME Nation ?
  15. Investissement public et effet d'entraînement
  16. Un New Deal marocain pour l'emploi
  17. Les classes moyennes face à la croissance
  18. Le Maroc dans la nouvelle géographie industrielle mondiale
  19. L'économie de la connaissance
  20. Investir dans les machines ou dans les humains ?
  21. Peut-on créer un million d'emplois durables ?
  22. Protection sociale et compétitivité
  23. Emploi des jeunes
  24. Formation professionnelle et excellence métier
  25. La commande publique comme levier d'emploi
  26. Gouvernance économique : exécuter plutôt qu'annoncer
  27. Les indicateurs de la croissance inclusive

Pourquoi ? Parce que nous sommes convaincus que :

Le Maroc possède un leadership Royal éclairé, volontariste et visionnaire.
Le Maroc possède les talents.
Le Maroc possède les infrastructures.
Le Maroc possède les institutions.
Le Maroc possède la stabilité.
Le Maroc possède une jeunesse ambitieuse.
Le Maroc possède désormais une occasion historique de devenir l'une des grandes économies émergentes de la Méditerranée et de l'Afrique.

Mais cette ambition ne pourra être atteinte que si chaque point de croissance se transforme en opportunités concrètes pour les citoyens. Le développement ne peut plus être mesuré uniquement par les kilomètres d'autoroutes, les mégawatts installés ou les milliards investis.

Il devra être mesuré par le nombre de femmes qui travaillent.
Par le nombre de jeunes qui trouvent leur premier emploi.
Par le nombre de PME qui deviennent des entreprises solides.
Par le nombre de territoires qui retrouvent confiance.
Par le nombre de familles qui vivent mieux grâce à leur travail.

Parce qu'au bout du compte, une économie n'a qu'une seule raison d'être : permettre à chaque citoyen de construire dignement son avenir.

Alors, avec votre permission, nous continuerons ....................

Nous continuerons à analyser les politiques publiques avec exigence.
Nous continuerons à soutenir les entrepreneurs qui créent de la valeur.
Nous continuerons à défendre une croissance fondée sur l'innovation, l'inclusion et la responsabilité.
Nous continuerons à penser et à écrire des solutions plutôt que des slogans.

Parce que nous sommes convaincus d'une chose : L'émergence du Maroc ne sera véritable que lorsqu'elle deviendra une réussite collective.





Vendredi 26 Juin 2026

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