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États-Unis 2026: quand la Coupe du monde se heurte aux frontières


Rédigé par le Mercredi 10 Juin 2026

À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, plusieurs incidents liés aux contrôles migratoires et sécuritaires américains viennent assombrir l’image d’un tournoi censé célébrer l’universalité du football.



L’Iran, l’Irak, la Somalie, le Sénégal ou encore l’Ouzbékistan ont tous été confrontés à des difficultés d’entrée ou à des contrôles particulièrement stricts sur le territoire américain. Une situation qui suscite de nombreuses interrogations alors que la FIFA affirme vouloir faire du Mondial 2026 l’édition la plus inclusive de l’histoire.


Le cas iranien est sans doute le plus emblématique. Qualifiée pour sa quatrième Coupe du monde consécutive, la sélection iranienne prépare son entrée dans la compétition dans un climat d’incertitude. Treize membres de sa délégation, parmi lesquels des responsables techniques et administratifs, n’ont toujours pas obtenu les visas nécessaires pour rejoindre les États-Unis. À cela s’ajoute une autre polémique: la Fédération iranienne de football affirme que l’intégralité du quota de billets qui lui était réservé pour les matchs de la phase de groupes a été annulée sans explication officielle.


Face aux inquiétudes grandissantes, le président de la FIFA, Gianni Infantino, avait pourtant multiplié les assurances ces derniers mois. Lors du congrès de la FIFA à Vancouver, il avait affirmé publiquement que l’Iran participerait bien au tournoi et jouerait ses rencontres aux États-Unis. Selon les autorités iraniennes, Infantino aurait également donné des garanties personnelles concernant la participation de la sélection.


Malgré ces déclarations, l’équipe a dû adapter toute sa préparation. Les Iraniens ont choisi d’installer leur camp de base à Tijuana, au Mexique, juste de l’autre côté de la frontière américaine, afin de limiter au maximum leur présence sur le territoire des États-Unis. Une décision exceptionnelle qui illustre les difficultés rencontrées par la délégation.


L’Iran n’est toutefois pas la seule sélection concernée. L’Irak, de retour en Coupe du monde pour la première fois depuis 1986, a également vécu un début de tournoi mouvementé. Son attaquant vedette, Aymen Hussein, héros de la qualification irakienne grâce à son but décisif lors des barrages intercontinentaux, a été retenu pendant près de sept heures à son arrivée à l’aéroport O’Hare de Chicago.


Selon plusieurs médias arabes, les autorités américaines l’auraient confondu avec une autre personne portant un nom similaire. Après de longues heures d’interrogatoire et de vérifications, le joueur a finalement été autorisé à entrer sur le territoire. L’incident a néanmoins provoqué une vive réaction dans les médias irakiens, certains dénonçant un traitement disproportionné à l’égard d’un sportif accrédité pour participer à la compétition.


La délégation irakienne a également été privée de son photographe officiel. Talal Salah, pourtant détenteur d’un visa valide et d’une accréditation délivrée par la FIFA, a été retenu durant plusieurs heures avant de se voir refuser l’entrée sur le territoire américain. Contraint de quitter le pays, il a dû entreprendre un long voyage de retour via Madrid et Le Caire avant de rejoindre Bagdad.


Autre épisode particulièrement marquant: celui de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan. Sélectionné parmi les 52 arbitres retenus par la FIFA pour officier lors du Mondial, il devait devenir le premier Somalien de l’histoire à arbitrer une Coupe du monde. Mais son rêve s’est brutalement arrêté à l’aéroport de Miami, où l’entrée sur le territoire lui a été refusée.


Âgé de 34 ans, Omar Artan est pourtant considéré comme l’un des meilleurs arbitres du continent africain. Élu arbitre africain de l’année 2025 par la Confédération africaine de football, il avait notamment dirigé la finale de la Ligue des champions africaine et plusieurs rencontres majeures lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations. Son refoulement a suscité l’incompréhension des autorités sportives somaliennes, qui y voient une atteinte aux principes d’équité et de mérite défendus par le football.


D’autres délégations ont également signalé des contrôles renforcés. Des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux montrent des joueurs sénégalais soumis à des fouilles corporelles approfondies lors de leur arrivée aux États-Unis. De son côté, la sélection d’Ouzbékistan, accompagnée de son sélectionneur Fabio Cannavaro, a été soumise à des contrôles impliquant des agents fédéraux et des chiens policiers avant un match de préparation.


Ces incidents interviennent dans un contexte politique particulier. En 2025, l’administration du président Donald Trump a renforcé certaines restrictions migratoires visant plusieurs pays, dont l’Iran et la Somalie. Bien que les autorités américaines rappellent que tous les voyageurs sont soumis aux mêmes procédures de contrôle, les événements survenus ces derniers jours alimentent le débat sur les conditions d’accueil des participants à une compétition mondiale.

Alors que la FIFA met régulièrement en avant les valeurs d’universalité, de diversité et de rapprochement entre les peuples, ces épisodes rappellent que le football n’échappe pas aux réalités géopolitiques. À quelques jours du premier coup de sifflet, le Mondial 2026 se retrouve ainsi confronté à une question sensible: comment garantir que la plus grande fête du football mondial reste réellement ouverte à tous ses acteurs, quels que soient leur nationalité ou leur pays d’origine?






Salma Labtar
Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC. Dompteuse de mots, je jongle avec... En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 10 Juin 2026

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