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France/Maroc, la visite d’Etat du Touquet


Le Maroc respire… Après sa visite officielle et d’amitié en Algérie, le président de la République française Emmanuel Macron a eu une pensée pour le Maroc. Il y viendra. Il l’a dit. Il l’a promis. Pour octobre.



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Par Aziz Boucetta

C’est acté. Hourrah ! Et donc, finalement, il n’y a pas de mauvaises relations ou de crise entre Paris et Rabat et tout ce qui en a été dit s’estompe, par la grâce de Dieu et la classe de M. Macron, suite à l’annonce de ce dernier. Sauf que…

… sauf que, en matière de relations internationales et de rapports entre Etats, il y a des règles. Et ces règles sont plus pointues, plus exigeantes, quand il existe un litige entre deux Etats, voire un froid, ce qui est le cas des relations entre Paris et Rabat. Et à quoi ce froid est-il dû ? A une attitude française faite de condescendance et de réminiscence coloniale, avec comme point d’orgue (et de départ) la volonté de la justice française d’interpeller en 2014 le directeur général de la Sécurité du territoire marocain alors qu’il se trouvait sur le sol français, pourtant au titre de la coopération sécuritaire entre la France et le Maroc.

Le Maroc avait alors suspendu toutes ses relations officielles avec Paris, jusqu’en 2015… et depuis cette date, les relations n’ont jamais retrouvé leur niveau d’antan, malgré les discours et les déclarations de fol amour.

Par la suite, plusieurs autres événements ont abîmé ce qui restait de ces relations, comme la réaction française au désormais fameux discours de Ryad, en avril 2016, quand le roi Mohammed VI avait annoncé le choix du Maroc de diversifier ses partenariats, ou encore en 2017, lorsque le Maroc avait (ré)intégré l’Union africaine et qu’il avait entrepris de déployer sa stratégie sur le continent, alors même que la France goûtait avec déplaisir les affres du « dégagisme » en Afrique.

Puis Emmanuel Macron a été hissé à l’Elysée, en 2017, avec son « en même temps », sa fameuse insouciance et ses gros sabots. Deux visites de travail (ou « d’amitié » ou « personnelle » selon le vocabulaire macronien) durant le premier mandat… Et une colère froide suite à la bascule géopolitique dans la région, initiée par la reconnaissance américaine de l’intégrité territoriale du Maroc. Depuis, rien ne va plus entre les deux pays.

En effet, Paris a initié un jeu malsain contre Rabat, et essentiellement en Europe, manœuvrant en coulisses au sein de l’Union européenne pour contenir la volonté d’émancipation du Maroc. Les différents arrêts de la Cour de justice européenne ou du parlement de Strasbourg ne peuvent advenir sans une bénédiction publiquement muette mais discrètement ferme de Paris et de Berlin. Car, malgré ce que l’on dit, aucun organisme européen n’est autonome dans ses décisions et il faut être aussi naïf qu’un Européen pour croire le contraire.

Puis les actes inamicaux ont commencé… Vote contre le Maroc au parlement européen en mai 2021, lors de la crise avec l’Espagne, avec une position du parti présidentiel français qui ne laissait la place à aucun doute, attitude hautaine et distante de Jean Yves Le Drian à l’égard de Rabat, maintien d’une position opaque sur le Sahara, utilisé comme une longe par Paris, fuite d’informations concernant le Maroc (images, photos…), instrumentalisation des médias du service public contre Rabat lors de l’affaire Pegasus*, activation des réseaux naïvement francophiles au Maroc (ils se reconnaîtront, s’ils le peuvent…).

Pour sa part, Rabat réagit à tout cela en effeuillant la « présence française » sur son sol, à travers un ensemble d’actions qu’il est inutile de développer ici.

Puis, suite aux spectaculaires évolutions diplomatiques espagnole et allemande et au renforcement des liens du Maroc avec Washington et Tel Aviv et, dans une moindre mesure avec Moscou et Pékin (toujours le discours de Riyad), Paris accélère…

Barbouzeries en tous genre, restrictions brutales et se voulant humiliantes sur les visas, organisation accrue de fuites et autres indiscrétions concernant le Maroc, et déplacement remarqué d’Emmanuel Macron en Algérie, voyage qui coïncide avec les aventures de Brahim Ghali et de Kaïs Saaïd à Tunis, étant entendu qu’en relations internationales, la coïncidence n’existe pas, surtout quand on sait la dépendance des deux compères envers Alger, où les présidents français et algérien rivalisaient au même moment de roucoulements amoureux…

Et c’est sur ces entrefaites que, la semaine dernière, sortant nuitamment de sa voiture avec son épouse pour se rendre à un festival de musique électronique au Touquet (photo) et répondant à des gens qui l’interrogeaient (comment peut-on donc s’approcher de si près du chef de l'Etat français ? ...), le locataire de l’Elysée annonce sa visite au Maroc en octobre. Insouciance ? Inconscience ? Irrespect ? Provocation ? Ou simple maladresse… Toujours est-il que même si cette visite était négociée entre les deux Etats (ce qui serait surprenant), la sortie d’Emmanuel Macron y aura mis un coup d’arrêt. La monarchie marocaine, comme la britannique ou la japonaise, est vieille, ancrée dans ses traditions et sourcilleuse de l’étiquette.

Il est important que les Marocains (surtout les inconditionnels de Paris) comprennent que cette relation avec la France n’est plus ce qu’elle était, et que dans ce monde devenu subitement dangereux, instable et incertain, elle ne le sera plus jamais. Pourquoi ?

Parce que le Maroc a besoin d’alliés forts, constants et fiables, ce que la France en déclin de M. Macron, et sans doute d’après, ne saurait plus être.

* Pour ceux qui douteraient encore de cette instrumentalisation, voici un extrait du discours de M. Macron devant les diplomates français, le 1er septembre 2022 : « Nous devons beaucoup mieux utiliser le réseau France Médias Monde, qui est absolument clé et qui doit être une force pour nous ». ''Beaucoup mieux''…

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panora Post



Lundi 5 Septembre 2022

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