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Gnaoua, de la mendicité au patrimoine mondial !


En juillet 2014, tout le monde en a mémoire… le discours du roi Mohammed VI qui s’interrogeait, et interrogeait, sur le patrimoine immatériel du pays. Le Souverain se demandait où était passé notre richesse. Cinq années plus tard, en décembre 2019, un début de réponse est apporté, par la consécration de la culture gnaouie par l’Unesco comme patrimoine mondial.



Par Aziz Boucetta

En vingt ans, les gnaoua sont passés du statut de quasi mendiants à celui de porteurs d’une richesse immatérielle de l’humanité !

A l’initiative de l’association Yerma-Gnaoua, et comme le veut l’Unesco, le processus a été mené avec la participation des communautés, lors des festivals et des événements spéciaux. La Direction du patrimoine culturel du Ministère de la culture est l’organisme responsable de la gestion et de la mise à jour de l’inventaire.

Par ailleurs, le Nouveau Modèle de Développement du Maroc appelle
« à utiliser plus résolument la pluralité et la diversité culturelle comme levier de renforcement du lien social, d’ouverture, de dialogue et de cohésion ainsi que levier du soft power pour propulser le positionnement international du pays ». Le soft power…

Durant toute cette période de la décennie passée, le Maroc a déployé de louables efforts pour se hisser au rang des nations qui comptent. Mais comme notre PIB demeure plutôt rachitique et notre industrie aussi, malgré les fanfaronnades officielles, il reste le soft power. Alors résumons : l’UNESCO adoube la culture gnaoua, le NMD double la mise en insistant sur le soft power, mais de Gnaoua, nous n’entendons parler dans ce pays que de loin en loin, de juin en juin, quand le Festival éponyme se tient, et cela fait trois ans qu’il ne se tient pas. Bon, d’accord, on met cela sur le dos du virus, mais aujourd’hui ?

Aujourd’hui, ce festival de quatre jours est éclaté sur quatre villes au lieu de la grand-messe à Essaouira, quand Essaouira devient mondialement visible, quand les gnaoua chantent avec d’autres et fusionnent dans des jaillissements de sons et des éblouissements de couleurs quasi uniques dans le monde. La ville est en fête, et elle abrite différents sites de musique, de rencontres, d’échanges, de fusion et de communion qui essaiment dans les quartiers, les rues et ruelles, les riads et autres musées.

Cette fois, le Gnaoua Festival Tour tournera à Essaouira en plein air au pied des remparts comme toujours, mais dans des salles de cinémas et des théâtres à Marrakech et Rabat, et même sur l’esplanade d’un stade de foot à Casa ! Est-ce ainsi que ces autres villes traitent une culture mondiale ? Oui, semble-t-il, en la maltraitant et en la coinçant dans des endroits qui ne lui siéent guère. Et pourtant, c’est le premier festival après la consécration de l’UNESCO ! C’est une faute.

A qui cette faute revient-elle ? Est-ce la faute aux autorités toujours craintives d’une reprise de l’épidémie alors que les stades de foot sont plein à craquer ? Est-ce la faute aux élus de ces villes qui n’ont pas encore compris que dans leur ville aussi les Gnaoua sont à l’Unesco ? Le ministère de la Culture, désigné comme organisme responsable et dirigé par le très dynamique Mehdi Bensaïd devrait avoir une réponse.

A moins que cette réponse ne soit tout simplement, tout bêtement, et très malheureusement financière, certains responsables et plusieurs sponsors regardant ailleurs…La productrice du Festival, pionnière et cheville ouvrière Neila Tazi, avec son complice le Maâlem d’Essaouira Abdeslam Alikane, Président de l’Association Yerma Gnaoua, restent silencieux, heureux de pouvoir aller à la rencontre du public.

Les Gnaoua de Marrakech ne méritent-ils donc pas le Palais Badii ? Les Gnaoua de Rabat le Chellah? Les Gnaoua de Casablanca … le fameux Grand Théâtre ?

La culture c’est aussi des lieux et des récits, de la mémoire, des tranches de vie et la vie tout court. La culture peut faire des miracles et à tous ceux qui ont su résister ou même éclore au cours de ces dix années où la culture a été malmenée, il faut dire bravo ! Mais aujourd’hui les urnes ont parlé et nous attendons de nos élus et de nos responsables qu’ils soient au rendez-vous. Que le ministère de la Culture débloque les verrous, que la culture ait des moyens promis par Akhannouch, et que les sponsors se bousculent…

Nous voulons rêver à un Festival Gnaoua qui reprendrait sa forme initiale, celle qui a fait son succès mondial, celle qui a sorti les Gnaoua de la mendicité pour les placer au centre de la culture mondiale, celle qui a fait rayonner la ville d’Essaouira à travers le monde… De rêver que ce Festival s’exporte en Europe et en Afrique, sous quelque forme que ce soit, en Tours et différents retours… De rêver que cette richesse immatérielle soit encore plus opulente pour le public, devienne plus attractive pour les profanes, continue d’être une passerelle entre les peuples d’ici et d’ailleurs !

Dans l’attente de voir ces rêves un jour se concrétiser, rendez-vous à Essaouira, Marrakech, Casablanca et Rabat. Quatre petits plaisirs ne remplacent pas un grand mais des concerts Gnaoua et musiques du monde sont toujours un plaisir. Un grand plaisir !

Rédigé par Aziz Boucetta sur PanoraPost



Jeudi 2 Juin 2022


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