La Russie : puissance arctique sous contrainte
Au cœur de cette recomposition, le Groenland occupe une place singulière. Territoire autonome sous souveraineté danoise, immense par sa superficie mais faible par sa population, il est surtout un pivot géostratégique entre l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Arctique russe. Les Européens l’ont bien compris : en réaffirmant leur solidarité avec Copenhague, ils cherchent moins à défendre un symbole qu’à préserver un équilibre fragile face aux appétits américains.
Pour Moscou, l’Arctique n’est pas un terrain nouveau. Depuis le début des années 2000, Vladimir Poutine a fait du Grand Nord un axe central de la stratégie énergétique et militaire russe. Près de 80 % du gaz russe provient de cette région. Les routes maritimes arctiques, notamment la Route maritime du Nord, sont aussi perçues comme des alternatives stratégiques aux passages contrôlés par l’Occident.
Mais la guerre en Ukraine a changé la donne. Sanctions, isolement technologique, manque de capitaux : les ambitions russes sont aujourd’hui freinées. La militarisation se poursuit, mais l’expansion économique est ralentie. L’Arctique reste un bastion défensif plus qu’un espace de projection offensive.
La Chine : présence discrète, mais persistante
La Chine, elle, avance à pas feutrés. Sans façade arctique, Pékin s’est autoproclamée « État proche de l’Arctique » et développe sa Route polaire de la soie. Recherche scientifique, investissements portuaires, partenariats énergétiques : la stratégie est de long terme. C’est précisément cette montée en influence indirecte qui inquiète Washington.
Trump et le Groenland : posture ou stratégie ?
Dans ce contexte, les déclarations de Donald Trump sur l’annexion du Groenland relèvent autant de la rhétorique politique que d’une véritable doctrine opérationnelle. Comme le souligne Hervé Baudu, il n’y a pas aujourd’hui de conflit ouvert sur l’appropriation des ressources. Les tensions portent davantage sur le contrôle des routes maritimes, la surveillance militaire et l’anticipation des rapports de force futurs.
L’Arctique n’est donc pas encore un front chaud, mais il est devenu un espace de dissuasion, de signaux politiques et de rivalités silencieuses. Un terrain où l’on se positionne, où l’on teste, où l’on préempte. La question n’est peut-être pas de savoir si l’Arctique sera le prochain champ de confrontation directe, mais plutôt à quel moment il cessera d’être une périphérie pour devenir un centre stratégique assumé.












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