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L'Académie du Royaume lance un vaste chantier pour redéfinir les fondamentaux des littératures africaines


Rédigé par La rédaction le Jeudi 11 Juin 2026

L’Académie du Royaume du Maroc ouvre un nouveau cycle intellectuel ambitieux consacré aux « Essentiels des littératures africaines et diasporiques ». À travers cinq grandes rencontres programmées entre juin 2026 et juin 2027, l’institution entend contribuer à l’émergence d’un socle commun de références littéraires africaines, capable de mieux transmettre, préserver et valoriser un patrimoine culturel souvent fragmenté.



Le 12 juin 2026, la Chaire des littératures et des arts africains de l’Académie du Royaume du Maroc inaugurera officiellement à Rabat un nouveau cycle de séminaires intitulé « Les Essentiels des littératures africaines et diasporiques ». L’initiative s’adresse aux étudiants, doctorants, chercheurs, enseignants et plus largement à tous les passionnés des cultures africaines désireux d’approfondir leur connaissance de l’immense bibliothèque du récit africain.

Créée en 2022, la Chaire des littératures et des arts africains poursuit ainsi sa mission de valorisation, de circulation et de réappropriation du patrimoine culturel du continent. L’ambition affichée est de dépasser les cloisonnements linguistiques, géographiques ou académiques qui ont longtemps limité la visibilité des productions intellectuelles africaines.

Au cœur du projet figure une idée simple mais ambitieuse : établir progressivement une bibliothèque africaine minimale composée d’une centaine d’œuvres considérées comme essentielles à la compréhension des littératures du continent et de ses diasporas. Cette sélection ne vise pas à figer un canon définitif mais à offrir un point d’appui commun pour les chercheurs, les institutions culturelles et les nouvelles générations d’étudiants.

Les organisateurs partent d’un constat largement partagé : malgré leur richesse historique et leur puissance créative, les littératures africaines demeurent dispersées dans leurs archives, fragmentées dans leur transmission et souvent marginalisées dans les circuits internationaux de légitimation culturelle. Le nouveau cycle entend répondre à cette situation en favorisant l’archivage, la numérisation, la diffusion et la mise en réseau des ressources documentaires africaines.

L’un des apports majeurs du programme réside dans sa volonté de replacer les littératures africaines dans la longue durée historique. Les responsables du séminaire refusent l’idée selon laquelle la littérature africaine commencerait avec la colonisation ou l’introduction de l’imprimé.

Au contraire, ils rappellent que les traditions orales, les chroniques médiévales, les récits épiques, les systèmes symboliques et les archives culturelles du continent constituent des fondations intellectuelles anciennes et toujours vivantes. Les organisateurs citent notamment les traditions du Fa en Afrique de l’Ouest, les chroniques de Tombouctou, les écrits éthiopiens ou encore les récits swahilis parmi les grandes matrices de la pensée narrative africaine.

Cette approche conduit à mettre en lumière des figures historiques parfois absentes des parcours universitaires classiques, telles qu’Apulée, Ibn Khaldoun, Léon l’Africain, Ahmad Baba, Anton Wilhelm Amo ou encore les grands chroniqueurs de l’Afrique médiévale.

L’hybridité comme marque de fabrique des lettres africaines

Le concept central du cycle est celui d’« hybridité narrative ». Selon les concepteurs du programme, les littératures africaines se caractérisent par leur capacité à faire dialoguer oralité et écriture, mémoire et fiction, mythes et archives, langues locales et langues internationales.

Cette hybridité n’est pas présentée comme une exception mais comme un principe fondateur de la création littéraire africaine. Elle constitue une manière originale d’appréhender l’histoire, les identités et les transformations sociales à travers le récit.

Le programme entend également accorder une place importante aux grandes voix féminines africaines, aux écritures diasporiques ainsi qu’aux regards extérieurs portés sur l’Afrique. Des auteurs comme Mariama Bâ, Chimamanda Ngozi Adichie, Nadine Gordimer ou Assia Djebar figurent parmi les références évoquées dans les documents préparatoires.

Un premier rendez-vous placé sous le signe des « matrices »

Le premier volet du cycle, organisé le 12 juin 2026, sera consacré aux « matrices et puissances littéraires du continent ». La conférence inaugurale sera animée par l’écrivain camerounais Eugène Ébodé, administrateur de la Chaire, autour du thème : « Pour une théorie africaine des continuités et des hybridités narratives ».

La journée réunira également de nombreuses personnalités du monde académique et culturel africain venues du Mali, de Guinée, du Sénégal, du Burkina Faso, de la Mauritanie, du Nigeria, du Canada, d’Afrique du Sud ou encore du Maroc. Des ateliers de réflexion permettront ensuite d’examiner de manière critique le corpus proposé, d’identifier les éventuelles absences et de débattre des mécanismes de transmission des œuvres africaines.

Le cycle se clôturera en juin 2027 par une rencontre spécifiquement consacrée aux littératures marocaines. Cette dernière étape réunira plusieurs figures majeures des lettres nationales, parmi lesquelles Abdelfattah Kilito, Fouad Laroui, Abdellatif Laâbi, Aïcha Bassry, Samira El Ayachi et Hajar Azell.

L’objectif est de mettre en valeur la diversité linguistique et culturelle du Royaume tout en l’inscrivant dans le vaste mouvement de réflexion engagé sur les productions littéraires africaines et diasporiques.

Au-delà de la littérature, un enjeu de souveraineté culturelle

À travers ce nouveau cycle, l’Académie du Royaume du Maroc affirme une vision qui dépasse largement le champ littéraire. Il s’agit aussi de contribuer à une meilleure maîtrise des récits africains par les Africains eux-mêmes, dans un contexte où les débats sur la restitution des patrimoines, la circulation des savoirs et la souveraineté culturelle occupent une place croissante.

En proposant de bâtir un référentiel partagé, ouvert et évolutif, l’institution marocaine entend participer à une entreprise intellectuelle de longue haleine : redonner aux lettres africaines la place centrale qu’elles méritent dans l’histoire mondiale des idées et des imaginaires.

Télécharger Le programme complet en PDF






Jeudi 11 Juin 2026

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