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L'Iran face à la géographie : la dangereuse illusion de la puissance...


Par Aziz Daouda.

Dans toute réflexion géopolitique sérieuse, il existe une donnée qui ne change jamais : la géographie. Les alliances évoluent, les régimes passent, les idéologies s'éteignent ou renaissent, mais la géographie demeure.

Elle impose ses contraintes, ses limites et parfois ses sanctions. L'Iran, en multipliant les actions militaires et les provocations contre plusieurs pays arabes de son voisinage, semble aujourd'hui ignorer cette règle fondamentale.



En bombardant ou en menaçant des territoires situés dans son environnement immédiat, Téhéran agit comme si ses adversaires étaient uniquement les États-Unis ou Israël et loge son voisinage à la même enseigne.

Or, dans les faits, ce ne sont pas Washington ni Tel-Aviv qui se trouvent à ses frontières immédiates.

Ceux qui vivent à côté de l'Iran aujourd'hui et qui continueront d'y vivre demain sont d'abord les États arabes de la région ayant réussi à construire une grande économie de confiance et qui accueillent des millions de ressortissants et d'investisseurs du monde entier.

La géographie est une donnée incontournable de la politique internationale. Les États peuvent changer de stratégie, mais ils ne peuvent pas changer de voisins.

Cette réalité est au cœur de la pensée de nombreux géopoliticiens, de Halford Mackinder à Nicholas Spykman, pour que la position géographique d'un État détermine largement ses marges de manœuvre stratégiques.

La géographie est une contrainte permanente de la puissance. Les voisins de l'Est du Maroc devraient aussi le comprendre.

L'Iran, puissance régionale indéniable, partage ses frontières ou son espace stratégique immédiat avec le monde arabe : l'Irak, les monarchies du Golfe, la péninsule arabique et, plus largement, l'ensemble du Moyen-Orient.

En s'engageant dans une politique d'affrontement permanent, Téhéran prend le risque de transformer cet environnement en un cercle d'hostilité durable.

Or l'histoire montre qu'aucune puissance ne peut prospérer durablement si elle est entourée d'ennemis.

L'illusion impériale est en train de lui jouer un vilain tour.

Les dirigeants iraniens semblent parfois agir comme si l'Iran pouvait redevenir la grande puissance impériale qu'il fut autrefois.

Pourtant, l’époque de l’Empire en soi est en révolution. Les structures politiques, économiques et démographiques du monde contemporain n'ont plus rien à voir avec celles de l'Antiquité ou même du XIXe siècle.

On ne conquiert plus le monde à dos de cheval accompagné de quelques éléphants. Ils ont eux mêmes conquit le pays avec des méthodes mises généreusement à leur disposition par les occidentaux...

L'Iran d'aujourd'hui est un État-nation complexe, traversé par de nombreuses diversités internes. Sa population n’est pas homogène.

Aux côtés des Perses vivent des Azéris, des Kurdes, des Baloutches, des Turkmènes et des Arabes, et ce ne sont pas des minorités négligeables. 

Cette mosaïque ethnique constitue une richesse culturelle, mais elle peut également se transformer en une fragilité politique si les tensions régionales viennent alimenter des fractures internes.

Dans ce contexte, mener une politique agressive contre les populations voisines peut apparaître comme une stratégie dangereuse.

Comment justifier un affrontement durable avec des peuples qui ont leurs propres représentants et communautés au sein même des frontières iraniennes ?

Depuis la mutation en République islamique en 1979, l'Iran s'est construit autour d'une ambition : exporter son modèle idéologique et politique et étendre son influence sur la région et au-delà.

Cette logique a conduit à la création de réseaux d'influence et de groupes armés dans plusieurs pays du Moyen-Orient.

Une sorte de vengeance pour un ressentiment lointain, qui ne trouve justification que sous les turbans noirs ou blancs d'un reliquat d'une vieille histoire.

Plus de quarante ans après, cette stratégie montre bien ses limites. L'idéologie « révolutionnaire » qui animait le régime en 1979 n'a plus la même capacité de mobilisation dans un Moyen-Orient profondément transformé.

Les sociétés de la région aspirent davantage à la stabilité, au développement économique et à la sécurité qu'à des projets révolutionnaires transnationaux.

Le piège de l'idéologie s'est vite refermé sur ses poseurs.

En persistant dans une politique d'expansion idéologique, l'Iran risque de se retrouver isolé non seulement sur la scène internationale, mais aussi dans son propre environnement régional.

Le risque d'une implosion interne n'est pas exclu non plus.

Une politique extérieure agressive peut parfois renforcer un régime à court terme en mobilisant le sentiment national.

Mais à long terme, elle peut produire l'effet inverse. Les sanctions économiques, l'isolement diplomatique et les tensions militaires finissent par peser lourdement sur les sociétés.

Ni les ressources pétrolières de l'Iran ni la « puissance » de ses forces armées, notamment celles de ses Gardiens de la révolution islamique, ne peuvent indéfiniment correspondre aux conséquences d'une confrontation permanente avec l'environnement régional et international.

L'histoire est pleine d'exemples d'États puissants qui se sont fragilisés en multipliant les ennemis.

L'expérience de l'Empire perse lui-même en constitue une illustration : son expansion excessive et l'accumulation d'adversaires ont contribué à sa chute face aux armées d'Alexandre le Grand.

L'Iran possède pourtant l'une des histoires les plus riches et les plus anciennes du monde.

Des dynasties prestigieuses, des traditions intellectuelles et culturelles profondes, ainsi qu'une longue expérience des relations internationales. Cette richesse rare aurait pu inspirer une politique de puissance plus prudente et plus réaliste. 

Les dirigeants actuels feraient peut-être bien de réviser chaque jour leur propre histoire nationale. Elle montre que la survie et la prospérité des États reposent rarement sur l'hostilité généralisée envers leur environnement.

La géopolitique rappelle une vérité simple : on peut choisir ses alliés, mais on ne choisit pas ses voisins. L'Iran est condamné, au sens géographique du terme, à vivre aux côtés du monde arabe.

S'il continue à alimenter les tensions et les conflits dans cet espace, il risque de créer un environnement durablement hostile qui finira par se retourner contre lui.

Une puissance régionale ne disparaît pas toujours sous les coups d'un ennemi extérieur ; elle peut aussi s'effondrer sous le poids des tensions qu'elle a elle-même contribué à créer.

L’avenir de l’Iran dépendra donc moins de sa capacité à projeter sa force que de sa capacité à accepter les réalités de la géographie.

Car en politique comme en géopolitique, ignorer la géographie revient souvent à préparer sa propre crise et à creuser sa propre tombe avant de s'y installer à jamais.

L'illusion de la puissance infinie n'est qu'une chimère, pas plus grande que la dimension d'un turban, qu'il soit noir ou blanc.

PAR AZIZ DAOUDA/BLUWR.COM



Mardi 17 Mars 2026


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