Menu
lodj lodj
séprateur .png
lodj
Twitter
YouTube
Digital TV
LinkedIn
Facebook
Instagram
Tiktok
search








La conférence de stress du ministre de la santé




Article à écouter en Podcast

5f5017618620b3_94255721.mp3 Podcast  (4.06 Mo)

Il est venu, il a vu, et il a peu convaincu… Lui, c’est Khalid Aït Taleb, le très diplômé ministre de la Santé, en charge de la sécurité sanitaire du royaume, venu expliquer, et surtout s’expliquer, sur la décision prise par lui, en commun avec son collègue de l’Intérieur, en charge de la sécurité tout court du pays, d’isoler huit villes du royaume. Or, le problème n’est pas de confiner, mais dans l’art et la manière d’affiner.
 

Ces deux hommes ont réussi ce que leurs prédécesseurs auront su éviter plusieurs décennies durant : la désobéissance civile. Voir des gens quitter Tanger à pied, et apprendre que d’autres gens ont bousculé des barrages de gendarmerie nous apprend des choses nouvelles sur la société de ce pays et sur la nouvelle psychologie collective de ses habitants. En gros, c’est « nous sommes prêts à tout faire, et même à nous taire, mais que l’on nous témoigne de la considération. S’il vous plaît ».
 

Et c’est donc dans une salle comble où étrangement aucune distanciation n’est maintenue que le ministre est venu dérouler ses chiffres, manifester de l’inquiétude, apporter des précisions et tenter de présenter une figure humaine ! Car, redisons-le, le problème n’est pas de reconfiner, d’isoler, de prendre des mesures et d’essayer de les faire respecter… non, cela est normal, et même vital. Le problème est dans la communication désastreuse et la préparation calamiteuse.
 

Puisque sur Casablanca uniquement, les chiffres des contaminations sont passés de 2.200 en trois mois à 2.900 en trois semaines, d’autres décisions auraient pu être prises, plus judicieuses, en l’occurrence la décision de ne pas célébrer la fête cette année. Il est vrai que cette période religieuse est économiquement importante, mais il aurait alors appartenu au gouvernement, et principalement à son furtif ministre de l’Agriculture, de trouver une solution. L’Etat a fait des miracles trois mois durant, il pouvait continuer…
 

De plus, la courtoisie et le respect les plus élémentaires auraient voulu que cette conférence de presse se tienne la veille, voire l’avant-veille, non pour annoncer l’isolement, mais pour suggérer son éventualité… Dans une société où les gouvernants respectent leurs administrés, on ne bloque pas des millions de personnes, en période de fête, par un communiqué laconique, déshumanisé, froid, et décliné tout aussi froidement, sur un ton comminatoire. On en a d’ailleurs vu le résultat.
 

Mais le ministre de la Santé, pour en revenir à lui, venu seul, son collègue de l’Intérieur ayant certainement mieux à faire après sa double engueulade saturnale et dominicale, n’est pas à l’aise avec la presse. Un tantinet contrarié et un tant soit peu nerveux, il a globalement dit que le relâchement citoyen est responsable de la propagation rapide du virus, et il a raison (en omettant tout de même d'évoquer aussi le relâchement des autorités) ; il a aussi dit que prévenir les gens à temps est contre-productif, et il n’a pas tort. Mais il n’a rien dit sur la non-préparation sécuritaire des routes et autoroutes, qui auraient dû recevoir des renforts de gendarmes. Et c’est là que le bât blesse… lâcher des centaines de milliers de gens sur les routes, nerveux, stressés, énervés, désemparés, et s’attendre à ce que tout se passe comme dans le meilleur des mondes.
 

Il n’a rien dit aussi sur ces hôtels dont les patrons demandent à leurs clients de vite partir en raison de l’imprévisibilité des autorités. Il n’a pas pipé mot sur les autoroutes, qui auraient pu faire un effort et lever les barrières aux péages. Le Pr Aït Taleb, au lieu de se présenter devant la presse avec les gens du comité scientifique qui auraient visiblement préféré se trouver ailleurs, aurait été avisé de se faire accompagner par ses amis ministres de l’Intérieur, du Transport, du Tourisme, de l’Agriculture et peut-être même de son chef Saâdeddine Elotmani.
 

Encore une fois, prendre des mesures est très certainement une bonne chose, mais que nos gouvernants admettent et assimilent une fois pour toutes que les Marocains peuvent comprendre mais qu’ils refusent de se faire surprendre par des gouvernants qui ne pensent à prendre aucune précaution avant d’asséner des remèdes de mammouth.
 

Par Aziz Boucetta sur www.panorapost.com  




Vendredi 11 Décembre 2020

Rokia Dhibat
Jeune journaliste, lauréate de l'ISIC. En savoir plus sur cet auteur

Dans la même rubrique :
< >

Lundi 16 Mai 2022 - 00:51 Cynisme et euphorie de Washington

Lundi 16 Mai 2022 - 00:27 Sahara, la lame de fond

Chroniqueurs invités | Coup de cœur



Magazine créé avec Madmagz.






Avertissement : Les textes publiés sous l’appellation « Quartier libre » ou « Chroniqueurs invités » ou “Coup de cœur” ou "Communiqué de presse" doivent être conformes à toutes les exigences mentionnées ci-dessous.

1-L’objectif de l’ODJ est de d’offrir un espace d’expression libre aux internautes en général et des confrères invités (avec leurs accords) sur des sujets de leur choix, pourvu que les textes présentés soient conformes à la charte de l’ODJ.

2-Cet espace est modéré  par les membres de la rédaction de lodj.ma, qui conjointement assureront la publication des tribunes et leur conformité à la charte de l’ODJ

3-L’ensemble des écrits publiés dans cette rubrique relève de l’entière responsabilité de leur(s) auteur(s).la rédaction de lodj.ma ne saurait être tenue responsable du contenu de ces tribunes.

4-Nous n’accepterons pas de publier des propos ayant un contenu diffamatoire, menaçant, abusif, obscène, ou tout autre contenu qui pourrait transgresser la loi.

5-Tout propos raciste, sexiste, ou portant atteinte à quelqu’un à cause de sa religion, son origine, son genre ou son orientation sexuelle ne sera pas retenu pour publication et sera refusé.

Toute forme de plagiat est également à proscrire.