L'ODJ Média

lodj






Le 2 août 2026, l’Europe étiquettera l’IA. Mais saura-t-elle reconnaître l’auteur ?

L’étiquetage des contenus générés par l’IA est une avancée. La prochaine étape sera de reconnaître l’origine de la pensée, du savoir, de l’expérience et de la responsabilité intellectuelle.


Par Dr Az-Eddine Bennani.

Le 2 août 2026 marque une étape importante dans l’application de l’AI Act européen. Les obligations de transparence relatives à certains contenus générés ou modifiés par l’intelligence artificielle entrent en vigueur afin de préserver la confiance du public. Cette évolution est nécessaire. Elle constitue un premier pas. Mais elle ne répond qu’à une partie du problème : elle identifie l’outil utilisé sans toujours reconnaître l’origine de la pensée.



J’utilise les technologies de l’information et de la communication depuis la fin des années 1970.

J’ai d’abord connu les mainframes et les solutions informatiques qui leur étaient associées.

Puis j’ai accompagné les générations successives de technologies numériques : les premiers micro-ordinateurs, les systèmes d’exploitation CP/M, puis DOS et MS-DOS, leurs applications encore très limitées, les premiers réseaux, les environnements de développement, les systèmes d’information d’entreprise, les progiciels de gestion, les bases de données, le Minitel, Internet, le Web, le cloud, les smartphones et, aujourd’hui, les solutions numériques intégrant des fonctionnalités qualifiées d’« intelligentes ».

J’ai également participé aux premiers développements du Minitel, bien avant l’arrivée d’Internet.

J’ai fait partie des rares ingénieurs ayant programmé en Lisp et en Prolog, les langages historiques de l’intelligence artificielle symbolique, lorsque celle-ci demeurait essentiellement un domaine de recherche.

Mon parcours professionnel m’a conduit à accompagner chacune de ces évolutions, non parce qu’elles étaient à la mode, mais parce qu’elles amélioraient progressivement notre capacité à concevoir, analyser, décider, communiquer et partager les connaissances.

Les applications dites « intelligentes » s’inscrivent naturellement dans cette continuité.

Comme j’ai utilisé les traitements de texte, les tableurs, les logiciels statistiques, les ERP, les bases de données, les moteurs de recherche ou les plateformes collaboratives lorsqu’ils sont apparus, j’utilise aujourd’hui toutes les solutions relevant des technologies de l’information et de la communication, y compris celles qualifiées d’« intelligentes ».

Elles me permettent de mieux structurer mes analyses, d’améliorer leur présentation, d’accélérer certains traitements et surtout de partager plus efficacement près de cinquante années de recherche, d’enseignement, d’innovation et de pratique professionnelle.

Les idées, les analyses, les positions, les exemples, les expériences et la responsabilité intellectuelle demeurent les miens.

Ce qui m’interpelle est ailleurs. Pendant près d’un demi-siècle, personne ne m’a jamais demandé de déclarer les technologies que j’utilisais pour écrire un livre, préparer un cours, rédiger un texte, conduire une recherche, réaliser une expertise ou développer un projet.

Personne ne demandait si un texte avait été rédigé avec un traitement de texte, préparé à l’aide d’une base de données, documenté grâce à Internet ou analysé avec un logiciel statistique. Aujourd’hui, l’arrivée des applications intégrant de l’intelligence artificielle conduit, à juste titre, à davantage de transparence. J’y suis favorable. Mais cette transparence ne devrait pas s’arrêter à l’outil.

Il convient désormais de distinguer la création humaine assistée par des outils numériques, la co-construction entre l’humain et des applications intégrant de l’intelligence artificielle et la génération principalement automatisée.

Ces trois situations ne devraient pas être traitées de manière identique sur les plans juridique, éthique et éditorial.

Un texte est indissociable de celui qui le signe. Son parcours, ses publications, ses travaux de recherche, ses responsabilités, ses réalisations, son expérience professionnelle, sa pratique artistique ou artisanale permettent au lecteur de situer une pensée. Ils ne garantissent pas qu’elle soit exacte, mais ils permettent d’en apprécier la crédibilité.

Je ne propose évidemment pas de réserver la parole aux seuls experts. Un citoyen, un artisan, un artiste, un entrepreneur ou un étudiant peuvent porter une réflexion originale née de leur propre expérience.

En revanche, aucune technologie ne devrait fabriquer artificement une expertise, un parcours, une réputation ou une crédibilité qui n’existent pas.

Je propose d’aller plus loin que la simple traçabilité technique en créant un Indice de Crédibilité Intellectuelle (ICI).

Il ne s’agirait pas de noter les personnes, mais de documenter la provenance de la pensée : les expériences mobilisées, les travaux antérieurs, les réalisations, le niveau d’intervention des outils numériques, le contrôle humain exercé, la responsabilité éditoriale assumée et la nature des sources utilisées.

Après la traçabilité technique des contenus viendra probablement la traçabilité intellectuelle.

Demain, les lecteurs ne voudront plus seulement savoir quelles technologies ont été utilisées. Ils voudront connaître l’origine des idées, l’expérience sur laquelle elles reposent, la personne qui les assume et la responsabilité qu’elle accepte d’en porter.

L’intelligence artificielle ne remet pas en cause un principe fondamental : les outils évoluent, les technologies se succèdent, mais la connaissance s’acquiert avec le temps, l’expérience se construit par la pratique, le jugement naît de la réflexion et la responsabilité demeure profondément humaine.

Identifier l’outil est une exigence de transparence. Reconnaître l’auteur, son parcours, son expérience et la responsabilité qu’il assume est une exigence de confiance.



Vendredi 31 Juillet 2026

La rédaction

Dans la même rubrique :
< >

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

L’ODJ Média

Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

Par ordre alphabétique. Retrouvez les articles de chaque auteur : FR en français, AR en arabe.

  • Abdallah BenzekriFR
  • Abdelaziz KoukasFRAR
  • Abdelfettah EssadikiAR
  • Abdelghani El ArrasseFR
  • Abdeslam SeddikiFRAR
  • Abdessamad AlhyanFRAR
  • Adel GhallabFR
  • Adil BenhamzaFRAR
  • Adnan DebbarhFR
  • Ali BouallouFRAR
  • Ali TounsiAR
  • Anissa Mekouar SenhadjiFR
  • Ayoub MechmoumAR
  • Aziz BoucettaFRAR
  • Aziz DaoudaFRAR
  • Aziz RabbahFRAR
  • Aziza BenkiraneFRAR
  • Badr Ben AllachAR
  • Badreddine AitlekhouiAR
  • Bargach LarbiFR
  • Dr Anwar CherkaouiFRAR
  • Dr Az-Eddine BennaniFR
  • Dr Hassan BennaniFR
  • Dr Idriss QorichAR
  • Dr Khalid FathiFRAR
  • Dr Mustapha BelaouniAR
  • Dr Zakaria Benomar FarèsFR
  • El Montacir BensaidFRAR
  • Fawzia Talout MeknassiFR
  • Hassan AbdelkhalekFRAR
  • Hicham El AadnaniFRAR
  • Lahcen HaddadFRAR
  • Marwane El BouzdainiFR
  • Mohamed El OuardiFRAR
  • Mohamed Yasser MoulineFRAR
  • Mustapha SehimiFRAR
  • Naïm KamalFRAR
  • Najib MikouFRAR
  • Omar HasnaouiFR
  • Rachid BoufousFRAR
  • Saâd FaouziFR
  • Saïd TemsamaniFRAR
  • Souad MekkaouiFR
  • Taoufiq BoudchicheFRAR
  • Yasser DerkouliFR
  • Younes AmimiAR
  • Zakaria BeralaFR


Bannière Lodj DJ

Avertissement éditorial — L’ODJ

Avertissement éditorial

Les textes publiés dans les rubriques « Quartier libre », « Chroniqueurs invités », « Coup de cœur » et « Communiqué de presse » doivent respecter la charte de L’ODJ ainsi que les règles suivantes.

  1. Un espace de libre expression. L’ODJ ouvre cet espace aux internautes et aux confrères invités, avec leur accord, afin qu’ils puissent s’exprimer sur les sujets de leur choix, dans le respect de sa charte éditoriale.
  2. Une publication soumise à modération. La rédaction de lodj.ma examine les contributions avant leur publication et veille à leur conformité avec la charte de L’ODJ.
  3. Des opinions qui engagent leurs auteurs. Les auteurs assument la responsabilité des propos et des informations contenus dans leurs contributions. Leur publication ne signifie pas que la rédaction de lodj.ma adhère aux opinions exprimées. Cette règle s’applique sans préjudice des responsabilités prévues par la législation applicable.
  4. Aucun contenu illicite ou abusif. Les propos diffamatoires, menaçants, abusifs ou obscènes, ainsi que tout contenu contraire à la loi, sont refusés.
  5. Aucune discrimination. Les propos racistes, sexistes ou portant atteinte à une personne ou à un groupe en raison de sa religion, de son origine, de son genre ou de son orientation sexuelle ne sont pas admis.
  6. Le respect du travail d’autrui. Toute forme de plagiat est proscrite. Les contributions doivent respecter les droits d’auteur et mentionner les sources des citations ou des contenus repris.
  7. Une rédaction à votre écoute. Vous pouvez nous signaler tout manquement éventuel à la charte éditoriale de L’ODJ Média en écrivant à radio.lodj@gmail.com. Merci de préciser le texte concerné et les raisons de votre signalement afin de permettre à la rédaction de l’examiner.







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html









Vos contributions
LODJ Vidéo