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Le défi d’un Maroc à une seule vitesse


Par Saïd Temsamani.

Dans son dernier discours adressé à la Nation à l’occasion de la Fête du Trône, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a rappelé avec une clarté remarquable une exigence devenue centrale dans la trajectoire du Royaume : le développement ne peut se satisfaire de performances macroéconomiques ou de réalisations infrastructurelles, aussi spectaculaires soient-elles, s’il ne se traduit pas par une amélioration tangible des conditions de vie des citoyens.



Le Souverain l’a exprimé avec une force qui marque durablement le débat national :

« Aucun niveau de développement économique et infrastructurel ne saurait Me contenter s’il ne concourt pas effectivement à l’amélioration des conditions de vie des citoyens, de quelque frange sociale et de quelque région qu’ils appartiennent. »

Dans le même esprit, Sa Majesté le Roi a posé un principe qui s’impose désormais comme une véritable boussole stratégique : « Il n’y a de place, ni aujourd’hui ni demain, pour un Maroc avançant à deux vitesses. »

Par ces mots, le Souverain ne formulait pas seulement un constat ; il fixait une orientation claire pour l’action publique : celle d’un développement indissociable de l’équité territoriale et de la cohésion sociale.

Car si le Maroc peut légitimement revendiquer, au cours des deux dernières décennies, des avancées remarquables — modernisation des infrastructures, montée en puissance industrielle, affirmation géo-économique en Afrique et au-delà — une réalité demeure :

La diffusion de ces progrès reste encore inégalement répartie dans l’espace national.

Certaines régions ont pleinement bénéficié de cette dynamique, tandis que d’autres continuent de faire face aux contraintes de l’enclavement, à la fragilité de leurs tissus économiques ou à un accès plus limité aux services essentiels. C’est précisément cette fracture que la vision royale invite à dépasser.

Dans cette perspective, la justice sociale et la justice territoriale apparaissent comme les deux faces d’un même défi :

Celui de construire une économie nationale capable de créer de la richesse tout en garantissant une distribution plus équilibrée de ses fruits. Les inégalités sociales, au Maroc comme ailleurs, sont souvent l’expression d’inégalités géographiques.

Là où les infrastructures, l’investissement et l’activité économique sont concentrés, les opportunités se multiplient ; ailleurs, elles se raréfient. Répondre à la question sociale implique donc, inévitablement, de repenser la géographie du développement.

C’est dans ce contexte que plusieurs acteurs politiques tentent aujourd’hui de traduire cette orientation stratégique en propositions concrètes.

Le Parti de l’Istiqlal, sous l’impulsion de son secrétaire général Nizar Baraka, met ainsi en avant l’objectif de bâtir « un Maroc à une seule vitesse ».

Pour le dirigeant istiqlalien, l’enjeu consiste précisément à rompre avec un modèle de croissance qui tend parfois à produire ce qu’il qualifie de « destins divergents » entre espaces urbains dynamiques et territoires ruraux en quête d’opportunités.

Dans cette perspective, la feuille de route défendue par le parti s’articule autour d’un ensemble cohérent de priorités.

Elle repose d’abord sur une gouvernance territoriale renouvelée, fondée sur une décentralisation plus effective et sur des mécanismes de convergence régionale capables de mieux coordonner les politiques publiques et les investissements entre les différentes régions du Royaume.

Elle plaide également pour une nouvelle ambition en faveur du monde rural, où l’accès aux services publics, l’inclusion numérique et le désenclavement économique doivent devenir les piliers d’une véritable égalité territoriale.

Sur le plan économique et social, cette approche met l’accent sur la diversification des activités productives et sur l’émergence de nouvelles dynamiques entrepreneuriales — qu’elles soient vertes, numériques ou sociales — capables de créer de l’emploi et de renforcer la résilience du tissu économique.

Elle s’inscrit également dans la continuité des réformes visant à consolider la protection sociale et à élargir les mécanismes de solidarité nationale.

Enfin, cette vision accorde une place centrale à l’inclusion des jeunes et des femmes, considérés non seulement comme des bénéficiaires des politiques publiques, mais comme les véritables moteurs d’une transformation économique et sociale durable.

Au-delà des orientations politiques, l’enjeu est d’abord national. Les grands défis auxquels le Maroc est confronté — sécurité hydrique, souveraineté alimentaire, transition énergétique ou création d’emplois — ne pourront être relevés durablement sans une mobilisation équilibrée de l’ensemble des territoires.

Autrement dit, l’équité territoriale n’est plus seulement une question de justice sociale ; elle est devenue un facteur essentiel de stabilité, de compétitivité et de résilience.

C’est précisément le sens de l’orientation tracée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Le développement du Maroc ne pourra être pleinement accompli que lorsque chaque région, chaque ville et chaque territoire participera réellement à la dynamique nationale et en partagera équitablement les bénéfices.

L’ambition est claire : faire en sorte que le progrès national ne soit pas seulement visible dans les statistiques ou dans les grands projets structurants, mais qu’il soit ressenti concrètement dans la vie quotidienne de chaque citoyen.

C’est à cette condition que pourra se réaliser le véritable défi posé aujourd’hui au Royaume : celui d’un Maroc qui avance, résolument, à une seule vitesse.

Par Saïd Temsamani.



Lundi 16 Mars 2026

La rédaction

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