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Le problème Akhannou$h


Rarement un homme politique aura été autant rejeté par l’opinion publique, et encore plus rarement un premier ministre. Ils énervent, ils indiffèrent, ils amusent ou ils abusent, mais jamais un chef de gouvernement n’a cristallisé les passions et animé les tensions comme Aziz Akhannouch. Et pourtant, l’homme et son parti ont été régulièrement élus, largement vainqueurs, triomphalement désignés pour former la majorité et très institutionnellement investis par le parlement. Et pourtant, oui…



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Par Aziz Boucetta

Nous sommes en septembre 2021, le RNI écrase tout le monde aux élections, au terme d’une campagne rondement menée. Passant sur les conditions de l’élaboration du programme et de la manière de « convaincre » les électeurs, on arrive à octobre 2021, avec la formation d’un gouvernement dominé par le RNI. Oh, il y a bien eu un mauvais augure, une sorte de corbeau noir avec l’éviction une semaine après sa nomination de la ministre de la Santé, mais tout le monde a oublié, résolu à positiver. Puis il y a eu le reste, tout le reste, qui a fait que l’étoile de M. Akhannouch, un instant, un instant seulement au firmament, a pâli.

Les questions ont cédé la place au questionnement, le doute s’est instillé, puis installé dans les esprits, avant que le rejet ne grossisse et, face aux crises qui s’accumulent et surtout aux conflits d’intérêt qui pullulent, il semble être devenu irréversible. Et comme pendant le boycott, le fameux boycott de 2018, Aziz Akhannouch n'a rien dit, et il ne dit rien non plus aujourd'hui, pas plus qu’il n'en dira demain... sauf qu’aujourd'hui et demain, il est et sera chef de gouvernement, dont la connivence supposée s'allie au silence insoutenable.

Les Marocains sont certes râleurs, souvent hâbleurs et volontiers gouailleurs, mais ils sont patients et ont une longue tradition de résignation. Or, ils sont également porteurs de bon sens, lequel les trompe rarement, et aujourd’hui, le bon sens leur indique que quelque chose ne va pas dans le Royaume du Maroc, et que leur chef de gouvernement tangue, et tangue beaucoup, tant dans la forme que dans le fonds, se comportant à leur égard avec une certaine arrogance, l’arrogance du milliardaire habitué à une cour et non aux discours, et dont l’implication dans tant de conflits d’intérêts particuliers lui fait oublier l’intérêt général. Et après avoir été supposé apporter les solutions aux problèmes, le voilà aujourd’hui, désormais, qui pose problème.

Le voilà aujourd’hui au centre de ce qui menace d’éclater en un immense scandale, celui des prix des carburants qui flambent alors que les cours internationaux se tassent… Et le voilà aujourd’hui qui va fêter un festival alors que le Nord du pays est en feu et que ses populations sont en détresse et qui auraient été un peu rassurées de voir leur chef de gouvernement à leurs côtés (il est heureux que Nizar Baraka ait sauvé l’honneur dudit gouvernement en se transportant sur place !).

Dix mois après sa nomination et neuf mois après son investiture, voilà M. Akhannouch qui se défait de sa cellule de communication, en catastrophe, voyant la catastrophe prendre forme sur les réseaux. Quelques hashtags ne font certes pas une meute, mais les laisser prospérer, et c’est l’émeute. Ignorer les réseaux sociaux virtuels, c’est prendre le risque de les voir basculer en mouvements sociaux réels.

Ssi Akhannouch pose problème, incontestablement… Il pose problème pour le RNI, biberonné au dirham depuis presque six ans et dont le sevrage sera d’autant plus douloureux après la parenthèse Akhannouch. Il pose problème pour la majorité qui, d’ambitieuse, est devenue sombrement silencieuse, douloureusement anxieuse. Il pose problème au gouvernement dont les compétences individuelles n’émergent pas en force collective, au détriment de chacun et de chacune des ministres, dont plusieurs s’interrogent...

Il pose problème pour l’ensemble des institutions, mises à mal par une perte de confiance croissante des populations. Il pose problème aux électeurs qui regretteront un jour d’avoir voté et aux populations, qui ne le feront pas à l’avenir. Il pose problème au Maroc qui mérite mieux qu’une telle piètre représentation à l’international. Il pose problème au secteur de la distribution dont les ficelles et autres modes opératoires seront bientôt décortiqués, connus et dévoilés au grand public (raffinage, transport, assurances…). Il pose problème à nombre de ses députés et autres élus, locaux ou régionaux, dont la gestion est désormais passée à la loupe.

Ssi Akhannouch pose problème, donc… et il pose le problème du conflit d’intérêt multiple, dans la distribution d’hydrocarbures, dans le e-commerce, dans l’immobilier, et dans certainement d’autres secteurs d’activité qui apparaîtront tôt ou tard. Or, le Maroc a besoin de solutions, et non de problèmes, il a besoin de compétences à l’œuvre, et d’un vrai chef de gouvernement à la manœuvre.

Et le ciel s’obscurcit encore… Ahmed Rahhou promet de revenir sur le dossier des possibles ententes entre distributeurs, Ahmed Lahlimi dénonce vigoureusement la politique agricole (que M. Akhannouch a digéré 14 années durant…), appelle à la lutte contre la corruption et s'insurge contre les ententes et les cartels, notre confrère Nawfal Laarabi publie une enquête détaillée (et inquiétante) sur la nébuleuse Akhannouch (sans réaction connue du concerné), l'effeuillage de sa garde rapprochée a commencé, les amis ne sont plus des amis et les ennemis convergent avec les déçus et les désabusés, et même ses défenseurs dûment émolumentés semblent douter de lui et redouter ce qui suit… En attendant le rapport annuel du wali de Bank al-Maghrib.

Alors certes, les hashtags ne font pas l’automne mais le printemps d’Aziz Akhannouch est bien derrière lui, car ceux qui l’ont élu le rejettent et ceux qui l’ont investi le regrettent…

Rédigé par Aziz Boucetta sur PanoraPost 



Mardi 19 Juillet 2022


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