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Le robot humanoïde Isaac GR00T : si je peux, je l’achèterai en 2027

Un mètre quatre-vingt d’IA physique : faut-il déjà économiser pour acheter son humanoïde ?




Après ChatGPT, le robot debout : NVIDIA veut donner un corps à l’intelligence artificielle

Il y a des annonces technologiques qui ressemblent à des promesses lointaines. Et puis il y a celles qui donnent immédiatement envie de vérifier son compte bancaire, de mesurer la largeur de son couloir et de se demander, très sérieusement : “est-ce que ce robot pourrait tenir debout dans mon salon ?”

L’annonce faite par NVIDIA autour de son Isaac GR00T Reference Humanoid Robot appartient clairement à cette seconde catégorie. À l’occasion du grand rendez-vous technologique de Taipei, le géant américain des puces a présenté ce qui ressemble moins à un gadget futuriste qu’à une nouvelle plateforme de départ pour l’âge des robots humanoïdes.

L’objet intrigue. Il mesure près d’un mètre quatre-vingt, pèse environ soixante-huit kilos, possède un corps fourni par le chinois Unitree, des mains tactiles à cinq doigts conçues par Sharpa, et un cerveau électronique signé NVIDIA. Autrement dit : un corps asiatique, une intelligence américaine, des mains de précision, et une ambition mondiale. Difficile de faire plus symbolique dans un monde où l’intelligence artificielle quitte progressivement les écrans pour entrer dans les usines, les laboratoires, les entrepôts et, peut-être un jour, les maisons.

La tonalité officielle est grandiose. Jensen Huang, patron de NVIDIA, parle d’une opportunité économique de plusieurs milliers de milliards de dollars. La formule est typique de la Silicon Valley : énorme, brillante, presque trop parfaite. Mais derrière l’emphase marketing, il y a une vraie rupture. Jusqu’ici, fabriquer ou programmer un robot humanoïde relevait souvent du parcours du combattant : matériel propriétaire, logiciels dispersés, données difficiles à produire, simulation complexe, passage laborieux du monde virtuel au monde réel.

NVIDIA veut simplifier tout cela. Son idée est de proposer un modèle de référence ouvert, une sorte de “PC standard” de la robotique humanoïde. Un chercheur, un laboratoire, une entreprise ou une université pourrait partir de la même base technique, entraîner ses modèles, tester ses scénarios en simulation, puis les transférer vers le robot physique. C’est peut-être là que se cache la vraie révolution : non pas dans le robot lui-même, mais dans la standardisation de son apprentissage.

Car ce robot n’est pas seulement une machine qui marche. C’est une plateforme d’entraînement pour l’IA physique. Le mot est important. Après l’IA générative qui écrit, dessine, code et répond, voici l’IA qui agit. Celle qui doit comprendre un ordre, reconnaître un objet, tendre le bras, saisir sans casser, manipuler sans trembler, se déplacer sans tomber. En clair : passer de la phrase à l’action.

Le “cerveau” embarqué, Jetson Thor, est impressionnant sur le papier. Il promet une puissance de calcul digne d’un mini-supercalculateur, capable de traiter en temps réel des flux vidéo, des instructions, des capteurs et des commandes motrices. Cela ne veut pas dire que le robot pourra préparer un tajine, ranger une bibliothèque ou servir le thé dès sa sortie du carton. Mais cela veut dire que l’architecture commence à devenir sérieuse.

Le plus insolite, finalement, est peut-être cette question : à quoi servirait un tel robot si un particulier pouvait l’acheter en 2027 ? Pour l’instant, la réponse honnête est : pas encore à grand-chose dans une maison ordinaire. Il ne faut pas confondre un robot de recherche avec un majordome domestique. Il faudra de l’espace, de la sécurité, de la maintenance, des mises à jour, des compétences techniques et probablement beaucoup de patience. Ce n’est pas un aspirateur autonome. C’est plutôt un laboratoire mobile sur deux jambes.

Mais l’envie d’achat n’est pas absurde. Elle dit quelque chose de l’époque. Hier, on rêvait d’acheter le dernier smartphone. Aujourd’hui, certains se demandent déjà s’ils pourront acheter un humanoïde programmable. Non pas forcément pour qu’il fasse le ménage, mais pour expérimenter, apprendre, filmer, créer, tester des services, produire du contenu, imaginer de nouveaux usages. Pour un média, un studio, une école, un laboratoire privé ou une entreprise de formation, un tel robot pourrait devenir un objet éditorial, pédagogique et stratégique.

Reste le prix. Le H2 Plus n’a pas encore de tarif public confirmé. Mais Unitree commercialise déjà certains humanoïdes à des prix qui donnent une indication : plusieurs milliers de dollars pour les modèles les plus accessibles, plusieurs dizaines de milliers pour les plateformes avancées. Avec les mains tactiles, le calcul embarqué NVIDIA, les logiciels, les options, la livraison, les droits de douane et la maintenance, le ticket réel pourrait vite grimper. Acheter un tel robot en 2027 ne sera sans doute pas un caprice d’amateur, mais un investissement.

Il y a aussi l’ombre géopolitique. Unitree est chinois, NVIDIA est américain, Sharpa est basée à Singapour, et les premiers utilisateurs visés sont des laboratoires de recherche internationaux. Dans un monde traversé par les tensions technologiques entre Washington et Pékin, même un robot qui marche devient un sujet stratégique. Qui contrôle les mises à jour ? Où vont les données ? Qui garantit que le robot ne devient pas une porte d’entrée numérique dans un laboratoire ? NVIDIA insiste sur la cybersécurité, le démarrage sécurisé et la protection des données. C’est rassurant, mais cela montre surtout que l’humanoïde n’est plus un jouet : c’est une infrastructure sensible.

Le plus fascinant dans cette histoire est que le robot humanoïde entre dans une phase comparable à celle des ordinateurs personnels dans les années quatre-vingt, ou des drones il y a quinze ans. Au début, ce sont les passionnés, les laboratoires et les professionnels qui achètent. Puis les prix baissent, les usages se clarifient, les logiciels deviennent plus simples, les écosystèmes se structurent. Et un jour, ce qui semblait extravagant devient presque banal.

Alors, faut-il l’acheter en 2027 si on peut ? La réponse raisonnable serait : seulement si l’on sait pourquoi. Pas pour impressionner ses invités. Pas pour jouer au futuriste dans son salon. Mais pour apprendre, tester, produire, former, comprendre de l’intérieur ce que sera l’IA physique.

Car le vrai sujet n’est pas de savoir si un humanoïde pourra bientôt nous apporter un café. Le vrai sujet est de savoir qui apprendra à travailler avec ces machines avant qu’elles ne deviennent courantes. Ceux qui attendront que le robot soit parfait risquent d’arriver trop tard. Ceux qui l’achèteront trop tôt risquent de payer cher les bugs de l’avenir.

Mais quelque part entre ces deux attitudes, il y a une curiosité légitime. Si NVIDIA, Unitree et Sharpa tiennent leurs promesses, 2027 pourrait être l’année où le robot humanoïde cessera d’être une vidéo virale pour devenir un objet que l’on peut commander, programmer, tester, critiquer et peut-être adopter.

Et là, franchement, si je peux, je l’achèterai. Pas parce qu’il remplacera l’humain. Mais parce qu’il nous obligera à comprendre ce que devient l’intelligence artificielle quand elle se met enfin debout.
 



Mercredi 3 Juin 2026


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