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Le temps, un enjeu politique et économique




Par Abdeslam Seddiki

Il y a quatre ans j’écrivais dans une chronique portant sur les conditions de l’émergence  ce qui suit : « nous sommes appelés à changer notre approche du facteur «temps» pour le considérer comme un facteur de production et de compétitivité. Notre attitude à l’égard du temps, que nous pouvons qualifier sans hésitation de rétrograde, est lourdement coûteuse : retard dans l’exécution des projets et non-respect des délais sont monnaie courante. L’indifférence par rapport à la variable temps est en passe de devenir une véritable gangrène qui risquerait d’anéantir les efforts accomplis ici et là.

Nous sommes appelés à une véritable révolution culturelle et une modification de notre comportement pour revoir un certain nombre de stéréotypes et de conformismes ambiants.

Le monde change et évolue à vive allure, la terre tourne à une vitesse qui s’impose à tout le monde et personne ne peut mettre en veille l’horloge de l’histoire. Rattrapons donc notre retard pour renouer avec le progrès ! Tel est le gage de la modernité. »

Cette question demeure entièrement  posée et pesante alors que le pays s’apprête à organiser les élections dans quelques semaines pour injecter, on l’espère, du sang neuf dans ses rouages institutionnels  et  huiler davantage sa machine démocratique.  Si le temps est apparemment le même partout, il n’est pas vécu et appréhendé de la même manière dans toutes les époques et dans toutes les sociétés. 

L’organisation de la vie des gens et de leurs activités n’a jamais été indépendante du temps. Dans les sociétés agraires, par exemple,  le temps est structuré en fonction des saisons et des conditions climatiques.  Il est  par conséquent en parfaite harmonie  avec les conditions de vie des populations.  Et les gens vivaient  en ayant dans leur imaginaire l’impression d’avoir  plus  de temps, à tel point qu’ils ne sont jamais pressés, ni stressés.

Dans les sociétés modernes et évoluées, on assiste à une véritable révolution dans notre comportement par rapport au temps  et qui s’est accentué avec la salarisation et l’introduction du salaire horaire, le calcul économique de la rentabilité, le développement des techniques de précision, l’exacerbation de la concurrence entre  différents pays et   agents économiques.

Cette dynamique  concurrentielle a donné lieu à la méthode   du « JAT » (juste à temps ) qui  consiste à fournir au client le nombre de produits qu'il demande au moment où il le souhaite, à l'endroit désiré et dans le standard de qualité et de coûts fixés. Bien sûr, ce n’est pas le lieu de discuter des bienfaits et des inconvénients de cette méthode, c’est juste pour marquer le changement qu’elle a introduit  en faisant de la variable temps une variable stratégique.

En effet, même si le temps  reste en apparence le même  dans la mesure où les mêmes unités de mesure restent en vigueur, dans le vécu et les faits, il n’est plus  le même, pour une raison simple : le monde connait beaucoup de changements sur les plans scientifique,  technologique et des modes de vie qui en  découlent.  

En quelques décennies, le monde a fait plus de découvertes et inventions scientifiques  que ce que l’humanité a produit depuis son existence. Qui aurait pensé  que le monde disposerait  d’un vaccin contre le covid-19 en  quelques mois alors qu’auparavant un vaccin exigeait une période de 5 ans en moyenne entre sa découverte et sa mise en œuvre effective ?

On assiste à une accélération  de l’histoire et on a l’impression que les jours,  les mois et les années  se déroulent devant nos yeux à une allure plus rapide qu’avant. D’où la nécessité de mettre en musique notre « temps politique » avec le temps réel. Le fait que les pays démocratiques ont procédé à la réduction du mandant électoral et même du nombre de mandats procède de ce souci  d’efficacité pour coller au réel qui  bouge en permanence.

Notre pays qui a l’ambition et les moyens de devenir un pays émergent doit  absolument se mettre à niveau  pour relever les défis et lever les obstacles, en étant plus réactif  à l’environnement économique,  social et politique  en prenant  en considération non le temps biologique mais le « temps réel » tel que nous l’avions précisé  précédemment. 

Par exemple,  on ne doit pas perdre beaucoup de temps à préparer et à mettre en œuvre des lois dont on sait à l’avance que leur espérance de vie est courte. D’ailleurs, on remarque que des lois d’importance, considérées   structurantes,  deviennent  obsolètes parfois avant même leur mise en application.  Même notre loi suprême n’y échappe pas : des voix  autorisées s’élèvent déjà pour appeler à une réforme politique –entendu constitutionnelle-  alors même que l’actuelle constitution reste encore vierge dans certaines  dispositions.  Pourtant, le pays a montré au cours des derniers mois comment on peut travailler vite et bien. De même, les décisions à prendre, sans sacrifier aux pratiques démocratiques et à la concertation nécessaire, doivent absolument tenir compte du temps.

L’offre politique ne doit-elle pas elle aussi obéir au principe de « JAT » ?

Notre pays doit et peut changer sur ce plan. Il en a les moyens comme il vient de le prouver  au cours de ces dernières semaines. Ainsi,  en un temps record,  et grâce à l’implication et à la volonté du Souverain, nous avons  réussi le pari en adoptant  trois loi- cadre de taille.  Voilà le chemin à suivre pour le prochain gouvernement ! 

Par Abdeslam Seddiki



Mardi 13 Juillet 2021

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