Portée avec une jubilation contagieuse par notre grande actrice marocaine Mouna Fettou, la pièce Poulet aux olives propose bien plus qu’un divertissement :
Sur les planches, quatre comédiens s’emparent de sujets lourds — la religion, l’amour à contre-âge, la maternité possessive, l’irresponsabilité adulte — pour les transformer en éclats de rire libérateurs.
Le rire, ici, n’édulcore pas le sérieux ; il l’éclaire.
Le public, bigarré — croyants de toutes confessions, athées assumés, curieux de passage — rit à l’unisson.
Ce chœur joyeux témoigne d’une vérité simple : l’humour est parfois le plus sûr chemin vers l’intelligence du monde.
Les situations frôlent le vaudeville, mais les thèmes, eux, touchent au cœur du lien social.
La pièce ressuscite avec tendresse un voisinage aujourd’hui menacé d’oubli : celui des juifs et des musulmans qui s’échangeaient sel, cumin et coriandre par la fenêtre.
Une géographie intime qui rappelle les mellahs de Salé ou de Rabat, où la promiscuité n’était pas un fardeau mais une richesse.
Ici, la cuisine devient métaphore : partager un plat, c’est accepter l’autre dans ce qu’il a de plus quotidien, de plus vrai.
Elle ne joue pas un rôle : elle convoque une culture, une sensibilité, une manière d’être au monde.
À ses côtés, les autres comédiens offrent une partition précise, rythmée, où chaque réplique claque comme une olive sous la dent : savoureuse, parfois salée, toujours nécessaire.
On sort du théâtre avec le sourire, certes, mais aussi avec une conviction : le vivre-ensemble n’a pas besoin de grands discours.
Il suffit parfois d’une scène, d’un texte bien ciselé, d’acteurs généreux, et d’un plat symbolique pour rappeler que la coexistence est une pratique, pas une abstraction.
Il est permis de formuler un vœu — presque une évidence : voir Poulet aux olives traverser la Méditerranée et s’inviter sur les planches du Théâtre Mohammed V de Rabat.
Ce serait un juste retour des choses.
Là où les épices ont longtemps circulé entre les maisons, que les mots et les rires circulent à nouveau.
Car, décidément, le poulet aux olives a toujours le goût de la paix partagée.
Par Anwar Cherkaoui.












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