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Maroc 2030 : la Génération Alpha face à une société lente


Rédigé par le Jeudi 8 Janvier 2026



Maroc 2030 : la Génération Alpha face à une société lente
En 2030, le Maroc ne sera pas jugé uniquement sur ses infrastructures, ses stades ou ses chiffres de croissance. Il le sera sur quelque chose de plus discret, mais infiniment plus décisif : sa capacité à fonctionner à la vitesse mentale d’une nouvelle génération. Une génération née après deux mille dix (2010), qui n’a pas découvert l’intelligence artificielle, mais qui a grandi dedans. La Génération Alpha.

On la décrit souvent comme un futur problème de ressources humaines. C’est une erreur de diagnostic. La Génération Alpha n’est pas un enjeu RH. C’est un test de résistance pour l’ensemble des institutions marocaines : école, université, administration, justice, santé, collectivités, médias, et même politique.

Cette génération ne se demande pas si l’IA est bonne ou mauvaise. Elle la considère comme un fait. Un environnement. Un réflexe. Elle n’a pas appris à attendre. Elle a appris à comprendre, à comparer, à optimiser. Et surtout, elle a appris très tôt une chose dangereuse pour les systèmes lents : quand ça ne marche pas, on change d’interface.

Le Maroc de 2030 risque donc de se heurter à un choc silencieux. Pas une révolte, pas une contestation idéologique. Un décrochage.

L’État face à une génération sans patience procédurale

L’État marocain a longtemps fonctionné sur un principe implicite : le citoyen s’adapte au système. Dossiers, files d’attente, délais flous, décisions opaques. Cette logique a tenu parce que les générations précédentes n’avaient pas de point de comparaison permanent. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

La Génération Alpha vit dans un monde où une application explique, guide, anticipe, corrige. Où chaque action produit un feedback. Où l’erreur est immédiatement signalée et réparable. Face à cela, l’administration traditionnelle apparaît non pas autoritaire, mais incompréhensible.

Un formulaire sans explication claire n’est pas perçu comme une contrainte légale, mais comme un bug. Un silence administratif n’est pas interprété comme un délai normal, mais comme une panne. Un guichet qui renvoie d’un service à l’autre n’est plus une complexité, mais une incohérence.

Le danger pour l’État marocain n’est pas la contestation politique. C’est la perte de crédibilité opérationnelle.

École et université : le grand décalage cognitif

Le système éducatif est le premier lieu où ce choc se matérialisera. La Génération Alpha apprend déjà hors cadre. Elle teste, explore, simule. Elle interagit avec des contenus adaptatifs pendant que l’école reste largement fondée sur des programmes rigides, des rythmes uniformes et des évaluations tardives.

En deux mille trente, le problème ne sera pas que les élèves utilisent l’IA pour tricher. Le vrai problème sera que l’école semblera inutilement lente par rapport à ce qu’ils savent possible. Quand un élève peut obtenir une explication personnalisée en temps réel, pourquoi accepter un cours standardisé sans feedback immédiat ?

L’université marocaine, elle, est encore organisée autour de parcours longs, peu lisibles, avec une faible articulation entre compétences réelles et débouchés. Pour une génération habituée aux systèmes prédictifs, cette opacité devient anxiogène.

Si rien ne change, le risque est clair : une école respectée symboliquement, mais contournée cognitivement.

Santé, justice, services publics : l’expérience avant le discours

La Génération Alpha ne jugera pas les institutions sur leurs intentions, mais sur l’expérience vécue. Un hôpital débordé, sans information claire sur les délais, sera perçu comme mal organisé, indépendamment de la compétence médicale. Une procédure judiciaire interminable sera vue comme inefficace, même si elle est juridiquement fondée.

L’IA, en rendant visibles des alternatives plus rapides et plus lisibles ailleurs, agit comme un miroir cruel. Elle ne remplace pas le médecin, le juge ou le fonctionnaire. Elle expose les failles de l’organisation.

Le Maroc de 2030 devra comprendre une chose essentielle : la modernisation ne se joue pas seulement sur la digitalisation des services, mais sur la cohérence des parcours. Un portail en ligne qui débouche sur une attente physique interminable n’est pas une réforme. C’est une frustration amplifiée.

La politique face à une génération qui zappe

La Génération Alpha ne sera pas apathique. Elle sera sélective. Elle ne s’indignera pas longuement. Elle quittera. Elle ignorera. Elle passera à autre chose.

Le discours politique classique, fondé sur des promesses générales et des horizons flous, aura peu de prise sur une génération habituée aux indicateurs clairs, aux résultats mesurables et aux délais précis. Dire « nous travaillons sur le sujet » ne sera plus acceptable. La question deviendra : où en est-on, concrètement, maintenant ?

Le risque est celui d’une démocratie formelle, mais désertée émotionnellement. Non par rejet idéologique, mais par inadéquation fonctionnelle.

Maroc 2030 : un choix silencieux mais décisif

Le Maroc aime se projeter à l’horizon deux mille trente : grands projets, ambitions continentales, attractivité économique, événements internationaux. Tout cela compte. Mais aucun projet ne tiendra si les institutions qui les portent ne sont pas alignées avec la cognition des générations qui arrivent.

La Génération Alpha ne demande pas un État plus permissif. Elle demande un État lisible. Pas une école plus laxiste, mais une école qui explique. Pas une administration plus humaine au sens sentimental, mais une administration qui fonctionne.

L’intelligence artificielle n’est pas la menace. Elle est l’étalon. Elle fixe un nouveau standard implicite : rapidité, clarté, cohérence, feedback.

Le vrai risque pour le Maroc n’est pas de manquer la révolution technologique. C’est de rester prisonnier de modèles organisationnels conçus pour un monde sans comparaison instantanée.

En deux mille trente, la Génération Alpha ne demandera pas au Maroc d’être parfait. Elle lui demandera d’être à la hauteur de ce qu’elle sait possible. Et si l’État, l’école et les institutions ne suivent pas, elle ne protestera pas longtemps. Elle passera simplement à autre chose.





Jeudi 8 Janvier 2026

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