Moi, Meriem, violée, ‘avortée’, tuée… et je ne suis pas la seule !


Le monde d’aujourd’hui est celui de l’indignation générale, et éphémère… Le Maroc d’aujourd’hui ne déroge pas à la règle. On apprend ce qui s’est produit, on s’indigne, on s’énerve… puis on oublie, et on attend la catastrophe d’après. Car il y en a toujours dans ce pays autoproclamé beau, qui est le nôtre. Le pays de l’indignation éphémère et de l’amnésie pérenne.



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Cette fois, c’est le cas de la jeune Meriem, feue Meriem. La jeune fille aurait été violée par un homme, qui serait électricien, et elle serait tombée enceinte suite à cette agression. Elle aurait subi un avortement clandestin, dont elle serait morte. L’usage du conditionnel se justifie car la justice ne s’est pas encore prononcée, bien que les faits semblent établis.

Messages sur les réseaux sociaux, émotion, excitation, irritation, énervement, articles dans les médias, « la justice se saisit de l’affaire »… puis on oublie. Sauf que ce qu’on oublie vraiment, et qui est le plus grave, est que la surmédiatisation de ce type d’affaires est l’arbre qui cache la forêt. Combien de femmes, de filles, de fillettes sont violées ou violentées chaque jour ? Le disent-elles à leurs parents, si elles ne tombent pas enceintes ? Et si d’aventure elles s’en plaignent à leurs parents, ces derniers « oseront-ils » aller porter plainte ?

La société marocaine, du moins la partie de la société qui apprend ce genre de crimes, semble vouloir croire que Meriem est un cas isolé, et que son calvaire est le fruit d’un détraqué qui a ou aurait été mis hors d’état de nuire. Or, les chiffres sont là, même indicatifs… Avec 600 avortements clandestins par jour, nous pouvons nous faire une idée, même vague, de la tragédie humaine qui se trame sous nos yeux. Oh, bien entendu, diraient les juristes et les puristes, tout cela est grandement exagéré.

Alors écoutons Madame Aïcha Ech-Chenna, en 2019 : « Le Maroc veut tout, c’est pourquoi nous vivons dans la schizophrénie. La réalité est que 50 000 enfants sont abandonnés chaque année, qu’en moyenne 24 bébés par jour sont trouvés dans les ordures et qu’il n’y a pas de chiffre officiel de mères célibataires, mais il y a 10 ans, il y en avait déjà plus d’un demi-million ».

Relisons, len-te-ment : 50.000 enfants abandonnés chaque année, 24 nouveau-nés trouvés chaque jour dans les poubelles, 500.000 mères célibataires en 2009 !!! Poursuivons l’autoflagellation : Qui pourrait vraiment et sérieusement penser que tous ces gens appartiennent aux catégories aisées de la population ? Personne… La double peine donc : précarité financière et fragilité sociale.

Continuons… L’année dernière, c’était le scandale à l’université, avec ces enseignants à la braguette facile… en 2018, le cas de Khadija, séquestrée, violée, et humiliée  à Beni Mellal… en 2020, le petit Adnane, à Tanger… voici quelques années, le viol dans le bus casablancais… et il y a une semaine, les médias ont rapporté le cas du professeur, des professeurs de collège qui auraient (toujours en attendant la justice) violé des adolescentes à Casablanca… hier, un élève violé au stylo dans la banlieue casablancaise.

Combien de femmes, de filles, de fillettes, de garçonnets sont-ils, chaque jour, victimes de ce genre d’agressions ignobles ? Combien de complices se taisent-ils/elles ? Selon les chiffres de la police et de plusieurs associations, 97% des cas de viols/agressions sexuelles ne sont pas dénoncés, ce qui revient à dire que, pour arrondir, les viols sont impunis au Maroc !

Dans les pays du monde auxquels nous voudrions ressembler, mais à qui nous ne ressemblons pas, il y a le mouvement MeToo, les dénonciations fusent, des grands et moins grands sont livrés à la vindicte publique (malgré les inévitables dérapages et les funestes abus) et paient le prix de leurs turpitudes, de leurs crimes. Chez nous, rien de tel, l’omerta mortifère est la seule règle.

Pas de débat sur les libertés sexuelles, pas de discussion sur les articles du code pénal attentatoires à  ces libertés, pas de réflexion sur l’avortement (alors même que le roi avait enjoint le gouvernement à légiférer sur la question en 2015), pas de cogitation sur l’introduction de cours sur l’éducation sexuelle dans nos écoles, collèges et lycées… Rien, le vide total, pendant que les violeurs violent, que les agresseurs agressent, que les détraqués et autres pervers pervertissent notre jeunesse !

Le modèle de développement tant loué prône « un Etat fort et juste avec une société forte et dynamique ». L’Etat est fort, mais pas encore tout à fait juste, par manque de lois équitables et par absence de personnels politiques courageux. Quant à la société, comment pourrait-elle être forte et dynamique alors que sa jeunesse est si cruellement, si tragiquement exposée à tant de pervers ?

Avec la logique du « pas vu, pas pris », ne soyons pas surpris des résultats obtenus et de l’hémorragie des jeunes, dont les deux tiers veulent émigrer sous des cieux plus cléments, des cieux qui abritent des amours légales et non interdites, des cieux qui protègent les jeunes et sévissent contre leurs tourmenteurs… … des cieux que nous ne voulons pas désespérer voir un jour chez nous !

Dans l’attente, des Meriem, il y en a tous les jours au Maroc. Et ce n'est plus des faits divers, mais un (mé)fait de société !

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panora Post 



Samedi 24 Septembre 2022


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