Sous une pression clairement organisée, le chef du gouvernement a reçu les avocats.
Les robes noires ne se mobilisent pas sans raison.
Lorsqu’elles le font, c’est qu’elles jugent l’équilibre institutionnel menacé.
Leur atout majeur réside dans leur cohésion : instances identifiées, discours unifié, stratégie coordonnée.
Grèves maîtrisées, tribunes médiatiques, présence forte dans l’espace public : la pression était lisible, structurée, efficace.
Face à un corps organisé et capable d’impacter le fonctionnement judiciaire, la réponse politique devenait inévitable.
L’audience accordée aux avocats relevait ainsi d’une nécessité institutionnelle plus que d’un simple geste d’apaisement.
Mais qu’en est-il des médecins ?
Réforme hospitalière, généralisation de la couverture sociale, tensions fiscales, déséquilibres tarifaires, surcharge de travail, perte d’attractivité… Les sujets d’inquiétude ne manquent pas.
Pourtant, une différence majeure apparaît : le corps médical marocain est dispersé.
Multiplicité de syndicats, d’associations, d’ordres régionaux et de coordinations ponctuelles.
Voix fragmentées.
Messages parfois dissonants.
Absence d’un interlocuteur unique, fort, incontestable, capable de parler au nom de l’ensemble du corps médical.
Et en politique, la pression ne se mesure pas seulement à la gravité d’un problème.
Elle se mesure à sa capacité d’organisation.
Là où les avocats ont présenté un front cohérent, les médecins apparaissent divisés.
Là où la toge noire parle d’une seule voix, la blouse blanche semble se répondre à elle-même.
Ce morcellement constitue un véritable handicap stratégique.
Car un gouvernement réagit à une pression structurée, à un rapport de force clair, à un risque institutionnel perceptible.
Or, faute d’unité et d’un leadership fédérateur, la tension médicale demeure diffuse.
Soyons lucides : si la pression exercée par les médecins n’atteint pas le niveau de visibilité, de cohésion et d’impact de celle des avocats, il est peu probable que le chef du gouvernement ouvre les portes de la Primature aux blouses blanches dans les mêmes conditions.
Non pas parce que la santé est secondaire.
Mais parce que la force d’interpellation dépend de la capacité d’organisation.
Et pourtant, l’enjeu sanitaire est immense.
La réforme du système de santé est l’un des chantiers sociaux les plus ambitieux du Royaume.
Sa réussite dépend de l’adhésion des praticiens.
Aucun modèle de couverture universelle ne peut fonctionner durablement si les médecins se sentent fragilisés, marginalisés ou désunis.
Le médecin est l’interface directe entre la politique publique et le citoyen.
Quand il doute, la confiance du patient vacille.
Quand il adhère, la réforme prend corps.
Mais pour être écouté, encore faut-il parler d’une voix claire.
Le problème n’est donc pas seulement institutionnel.
Il est interne au corps médical lui-même.
Tant que persisteront la dispersion, les rivalités de représentativité, les clivages public-privé, générationnels ou territoriaux, le pouvoir exécutif n’éprouvera ni urgence ni contrainte à organiser une audience solennelle.
En politique, le silence du pouvoir est souvent proportionnel au désordre de ses interlocuteurs.
Les avocats défendent les droits.
Les médecins protègent les vies.
Les premiers ont su transformer leur inquiétude en force collective.
Les seconds peinent encore à convertir leur malaise en levier institutionnel.
La question n’est donc plus seulement : le chef du gouvernement recevra-t-il les médecins ?
La question devient plus exigeante : les médecins marocains sont-ils prêts à parler d’une seule voix pour être entendus ?
Car dans un pays en pleine mutation sociale, le dialogue est une nécessité.
Mais l’écoute, elle, se mérite aussi par l’unité et la cohérence.
Par Dr Anwar CHERKAOUI












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